Progressistes et conservateurs : tous dirigistes

Le dirigisme n’a pas seulement contaminé la droite, il se révèle très présent au sein de la présidence Macron qui se voulait pourtant « révolutionnaire ».

Par Erik Tegnér.

Mon objectif est que la génération qui naît aujourd’hui soit la première génération sans tabac.

Ce sont les mots de la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, exprimés peu après l’annonce par Édouard Philippe d’une hausse du prix du paquet de cigarettes à 10 euros. Une mesure infantilisante et injuste, dont les premières victimes seront les classes populaires.

Le dirigisme n’a pas seulement contaminé la droite, il se révèle très présent au sein de la présidence Macron qui se voulait pourtant révolutionnaire. Qui eût cru qu’on puisse trouver un point commun aussi net entre En Marche! et une partie de cette droite conservatrice pourtant si décriée par les adeptes d’Emmanuel Macron ?

Leur unique différence repose sur leur conception de la moralité, de ce qu’ils jugent bien ou mal. Mais tous les deux s’accordent sur le fait d’imposer à autrui une vision morale de ce que doit faire ou ne pas faire l’individu. Rien que ça.

En ce sens, ni Emmanuel Macron ni François Fillon n’ont tenu un discours libéral durant cette campagne présidentielle. L’un voulant imposer aux individus sa vision progressiste de la société, l’autre sa vision conservatrice.

Redonner du pouvoir au peuple sur l’avenir de la société

Il convient aujourd’hui de redonner au peuple la conduite de sa propre vie et de laisser respirer les différentes strates de notre société au rang desquelles la famille tient une place prépondérante. La famille, mais aussi les associations, les différents représentants religieux et les intellectuels sont là pour guider l’individu vers le bien. Le rôle de l’État n’est pas de se substituer à eux.

L’État entend aujourd’hui régir de son chef la vie intime des citoyens, par des décrets ou des lois votées sans débat. Il est urgent de redonner au peuple le pouvoir de décision sur les questions de société. Ces lois ne doivent pas être imposées par un État tout-puissant, au risque de conduire notre société dans une posture tendant à diviser la France en deux, entre ceux qui seraient les « réactionnaires », et ceux qui seraient les « visionnaires », autant de qualificatifs trop souvent exagérés.

Si une partie des Français ont manifesté contre la loi sur le mariage pour tous, c’est avant tout contre la façon avec laquelle ce débat a été mené.

Emmanuel Macron avait d’ailleurs eu la clairvoyance de l’admettre dans un entretien à l’Obs en février dernier. Les porteurs de cette loi ont voulu le faire au nom d’une forme de moralisme, et ont souhaité imposer aux autres leur vision de la société. Le débat a donc vu opposer deux camps : les moralisateurs progressistes contre les moralisateurs conservateurs.

Deux caricatures qui s’auto-alimentent laissant les authentiques défenseurs de la liberté sur le banc. Personne n’a ainsi su défendre l’idée de la suppression du mariage civil et du PACS au profit d’un simple contrat d’union civile qui aurait été le véritable progrès.

Il est d’ailleurs assez amusant de voir aujourd’hui certains catholiques conservateurs défendre ardemment le mariage civil, alors que celui-ci, instauré en France en 1792, répondait à une volonté des Révolutionnaires de dégager l’institution du mariage de l’influence des institutions religieuses pour affaiblir le mariage religieux.

Être libéral ce n’est être ni progressiste ni conservateur

C’est non seulement souhaiter que l’individu décide seul ce qui est bon pour lui, mais également que cet individu participe activement au débat sur le vote des lois de société si une loi semble malheureusement inévitable.

Car la loi ne doit pas être le préalable à tout. Elle ne doit être exceptionnellement établie que lorsqu’un comportement enfreint la liberté d’autrui et non pour édicter une conduite morale à suivre.

Il est donc urgent d’établir un système de contrôle des lois de société, via des instances composées d’associations pluralistes et de professionnels, pour évaluer si tel ou tel projet de loi ne risque pas de porter atteinte à la liberté des individus et aux droits fondamentaux.

Le comité d’éthique n’a aucune légitimité à partir du moment où ses membres sont en grande partie désignés par le chef de l’État. Des lois de société ayant déjà été votées pourront également être évaluées a posteriori. Le progrès ne doit pas être la règle : c’est la liberté qui doit primer.

Car, après tout, de véritables questions sur ces sujets de société sont légitimes. Si nous prenons l’exemple de la GPA, quid des droits de l’enfant ? Lui impose-t-on quelque chose ? Est-ce contraire à sa liberté individuelle ? Encore une fois, une approche libérale des questions de sociétés n’ira pas forcément dans le sens de ce qu’on nomme le progrès.

Une liberté d’expression bafouée au profit du progrès

Aujourd’hui néanmoins, une chose m’inquiète davantage : la liberté d’expression se réduit de plus en plus face à la dictature des progressismes et des conservatismes.

J’aimerais une société où chacun puisse dire ce qu’il pense, où chacun puisse dire en quoi il croit, et ce jusqu’aux questions aussi délicates que celle de l’avortement. Nous n’avons pas à obliger les individus à y adhérer personnellement. Si certains n’en sont pas à titre personnel enchanté, c’est leur droit de l’exprimer. Tant qu’ils ne veulent pas l’imposer aux autres.

Ce qui compte c’est de garantir la liberté de choix. De quel droit pourrions-nous décréter ce qui est bien ou mal pour autrui ? De quel droit devrions-nous jeter l’anathème sur quiconque ?

On n’est pas « réac » parce que, comme le disait François Fillon, on n’est pas « personnellement pour l’avortement ». Tout comme on n’est pas « gauchiste » parce qu’on peut être favorable à la PMA. Le meilleur exemple en la matière est Simone Veil : à l’initiative de l’IVG, elle a pourtant exprimé des réticences sur le mariage pour tous. Peut-on pour autant la qualifier de réac ? Personne n’osera le prétendre.

Depuis des décennies, la liberté d’expression a reculé parce qu’on a imposé le progrès par la procédure. Il faut y prendre garde. Ce n’est qu’en créant un engouement populaire pour le progrès, et en suscitant une réelle adhésion, que nous lui donnerons un sens profond et que nous saurons l’imprimer durablement .

Revitaliser le débat sur la PMA

Le président Macron va devoir prendre en compte cette aspiration de la société à plus de liberté et de démocratie : un vrai débat devra être engagé sur la PMA, et pas seulement entre politiciens adeptes des postures, mais avec des professionnels, des membres de la société civile, des représentants des associations familiales.

La question devra être engagée sur l’ensemble des sujets, de la GPA au transhumanisme. L’argument selon lequel il faut légaliser pour mieux contrôler ne suffit plus, et pour éviter cela il faut être en mesure de se projeter sur plusieurs années et non se contenter d’avancer pas à pas.

Quelle droite pour demain ?

La droite va devoir trancher cette question aux prochaines élections internes : souhaite-t-elle être un parti aussi moralisateur que l’a pu être le parti socialiste ou peut-elle réellement remettre la liberté au cœur de son projet, rompant ainsi avec la culture du dirigisme ?

En cela, sans tomber dans le sectarisme et parler d’exclusion, la place d’un mouvement comme Sens Commun, qui prône avant tout une culture du religieux, devra être tranchée.

Non pas que ce ne soit pas une bonne chose d’être croyant ou d’y puiser une inspiration, mais cette croyance ne doit pas être brandie comme un argument politique. Nous n’avons pas besoin d’une Terra Nova de droite… ni de gauche.