Ces banques qui ont besoin des contribuables

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Banco Popular By: Fran Devinney - CC BY 2.0

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Ces banques qui ont besoin des contribuables

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 19 juin 2017
- A +

Par Simone Wapler.

Bail-in, bail-out, système de résolution bancaire, directive de résolution bancaire, recapitalisation préventive des banques, créanciers juniors ou seniors…

En fait, la seule chose qui nous intéresse dans tout ça, c’est notre argent.

Une banque sans déposants peut faire faillite, la belle affaire !

Le problème des déposants, c’est qu’ils votent aussi, les bougres. Et un déposant plumé a plus de mémoire qu’un contribuable saigné. En d’autres termes, faire supporter la faillite d’une banque par les contribuables est plus facile que de la faire payer par les déposants. Malheureusement, tous les bidules réglementaires européens mis en place interdisent désormais le sauvetage des banques par leurs États (c’est-à-dire les contribuables).

Donc, il faut exécuter quelques contorsions pour donner la sensation de glisser élégamment sur le parquet de la salle de bal des banques zombies.

Un rachat bidon en Espagne

Commençons par l’Espagne et Banco Popular. Banco Popular n’avait que peu de déposants… et les rares qui lui restaient étaient en fuite.

En revanche, Banco Popular possède pour 37 milliards d’euros de prêts immobiliers que les emprunteurs n’arrivent pas à rembourser. Ce portefeuille de créances douteuses a conduit à 3,5 milliards d’euros de pertes nettes en 2016.

Banco Popular est finalement rachetée pour 1 € symbolique par Banco Santander la plus grosse banque espagnole — et par conséquent trop grosse pour faire faillite. L’honneur et les réglementations sont saufs : l’État espagnol n’est pas intervenu.

  • Les rares déposants restants et les détenteurs de dette senior (les obligations les plus sûres) sont épargnés ;
  • Les détenteurs d’obligations de Banco Popular perdent presque tout ;
  • Les porteurs d’actions perdent tout ;
  • Les emprunteurs insolvables qui ont contracté des prêts immobiliers auront toujours Banco Santander et les huissiers à leurs trousses.

Un avenir incertain pour une banque encore plus grosse

Évidemment, il va falloir que Banco Santander fasse avec le boulet Banco Popular. Une banque trop grosse pour faire faillite est devenue encore plus grosse. Banco Santander doit lever 7 milliards d’euros pour se recapitaliser.

Trouvera-t-elle de vaillants actionnaires ? Est-ce suffisant pour combler les pertes 2017 du portefeuille immobilier pourri ? Si j’avais des dépôts chez Banco Santander et si j’étais un contribuable espagnol, je me poserais ces questions…

Passons maintenant à l’Italie et à la banque Monte Dei Paschi di Siena. Le problème est que ladite banque avait bien plus de déposants que la petite Banco Popular.

En plus, 42 000 de ces déposants étaient devenus créanciers malgré eux. De zélés « conseillers financiers » leur avaient fait souscrire des obligations juniors à haut rendement au travers de produits d’épargne sans risque.

Le joli petit tas de réglementation bruxelloise a donc été mis de côté.

Une nationalisation illégale en Italie

L’État italien sera a priori autorisé à injecter 6,6 milliards d’euros dans le cadre d’une augmentation de capital de 8,8 milliards d’euros. Il détiendra alors 70% du capital de la banque.

Un dédommagement des épargnants est prévu à hauteur de 2 milliards d’euros.

C’est donc une proprette nationalisation, comme au bon vieux temps.

  • Les déposants restants et les épargnants sont… épargnés ;
  • Les contribuables paient.

Mais il y d’autre banques italiennes zombies dans la salle de bal : Banca Popolare di Pienza et Veneto Banca dont il convient d’organiser aussi le sauvetage. L’idée pour éviter la faillite est d’appeler les autres banques à la rescousse de leur malheureuse consoeur. Il faut trouver 6,4 milliards d’euros, mais la Commission européenne veut que les banques italiennes injectent préalablement 1,2 milliard d’euros proportionnellement à la taille des dépôts de chacune des zombies.

La solidarité ou la charité forcée

Les autres banques ne sont pas chaudes-bouillantes pour cette opération vu qu’elles ont déjà mis 3,4 milliards d’euros au pot au travers du fonds Atlante. Du coup, le gouvernement italien met le pistolet sur la tempe des deux plus grosses banques, Intesa Sanpaolo et UniCredit, pour qu’elles dansent chacune avec une des cavalières nécessiteuses et appliquent le modèle du couple parfait Banco Santander – Banco Popular…

Que retenir de ce bal des banques zombies ?

  • Que dès que les déposants sont suffisamment nombreux, il faut contourner les textes et trouver le moyen de faire payer la casse aux contribuables. Comme au bon vieux temps…
  • Donc, pour votre banque abritant un compte courant, préférez une grosse banque de réseau qui a beaucoup de déposants. N’y laissez évidemment pas plus de 100 000 euros et même plutôt le minimum.
  • Fuyez comme la peste ou le choléra les comptes rémunérés et super livrets.
  • N’oubliez pas que si les banques espagnoles et italiennes sont infestées par les créances douteuses, les banques françaises et allemandes sont vulnérables aux produits dérivés et aux pertes dans leur activité de trading sur compte propre. Donc si les taux remontent ou si les marchés baissent, il vous faudra redoubler de vigilance.

Et le fameux « risque systémique », me direz-vous ? Justement, c’est au travers des pertes de trading sur compte propre qu’il peut se matérialiser.

Après 4 000 milliards d’euros de création monétaire et neuf années de taux bas, les banques zombies ont toujours besoin des contribuables pour faire croire qu’elles peuvent continuer à vivre.

Pour plus d’informations de ce genre, c’est ici.

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  • Le contribuable est contraint de renflouer les banques, en ignorant allègrement les règlementations européennes, et il n’a aucun retour sur investissement lui. S’il avait le choix, il ne mettrait aucun euro dans ces brèches béantes !
    En France, les banques ont été « sauvées » par l’Etat, et les déposant-contribuables n’ont gagné que des clopinnettes. Le ‘pognon gratuit des autres », se dissout très facilement quand il va en banque.

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