Politique énergétique : les deux grands axes du nouveau quinquennat

Eoliennes By: OliBac - CC BY 2.0

Quelle stratégie énergétique pour le gouvernement Macron ?

Par Romain Ryon.

Le programme énergétique du nouveau président de la République s’articule selon deux grands axes : le développement des énergies renouvelables ainsi que l’amélioration de l’efficacité énergétique sur l’ensemble du territoire.

La vision d’Emmanuel Macron s’inscrit dans la droite ligne de la loi de transition énergétique votée en avril 2015 avec comme objectifs tant la réduction de la consommation énergétique que le recours à des sources décarbonées et diversifiées de mix énergétique.

Le Développement des énergies renouvelables

À la lecture de son programme, on comprend que le président de la République a pour ambition de réduire de 50% la part du nucléaire dans la production d’électricité à l’horizon 2025.

À hypothèse constante de consommation électrique, ce scénario aurait pour conséquence de réduire d’environ un tiers la production actuelle, entraînant la fermeture de plus de 17 réacteurs. Pour rappel, en 2016, la production d’énergie nucléaire s’est élevée à 384 TwH (Térawattheure) sur une production d’énergie électrique totale de 531 Th, soit 72% de la production.

Dans le même temps, Emmanuel Macron prévoit dans les 5 ans de doubler la capacité des parcs solaires et éoliens et de fermer les dernières centrales à charbon. Cet objectif correspond à une augmentation de la production d’énergie renouvelable de 32 TWh, inférieur à ce qui était prévu initialement par la programmation pluriannuelle de l’énergie (au moins 70 TWh en 2023).

En résumé, la trajectoire de production d’énergie renouvelable ne servira pas à combler le déficit laissé par l’objectif de baisse de production d’énergie nucléaire à 50% en 2025. Le programme d’Emmanuel Macron manque de précision sur ces questions ; or la politique énergétique ambitieuse de la France doit être pensée dans une logique de stratégie adaptive et non de pari pascalien.

Il est aujourd’hui indispensable de maximiser le développement des énergies « vertes » sous toutes leurs formes. Il ne s’agit pas là d’abandonner l’énergie nucléaire qui sera toujours nécessaire afin de pallier l’intermittence et les aléas de ces nouvelles sources d’énergies, mais de diversifier notre mix énergétique, tout en faisant de la France un leader en matière d’énergie verte.

Cependant, qu’en est-il du coût de financement de ces nouvelles technologies ? Dans les zones propices, l’éolien présente des coûts actualisés (LCOE) comparables à celui d’une centrale nucléaire.

À la différence fondamentale, que si l’énergie nucléaire présente un coût marginal faible (environ 5,80 euros/MwH pour le combustible), celui de l’éolien est nul. Cela contribue à diminuer le facteur de charge des centrales nucléaires et à augmenter le coût du MWh. En effet, plus les énergies intermittentes se développent, plus la compétitivité du nucléaire se détériore.

La poursuite des effets d’apprentissage permet de réduire le coût des énergies renouvelables de manière continue. En effet, les coûts de production diminuent grâce à l’expérience accumulée, les processus de production sont affinés, les erreurs sont rectifiées. À titre d’exemple, le coût moyen actualisé pour l’éolien terrestre a diminué par 3 entre la fin des années 80 et le début des années 2000.

L’Amélioration de l’efficacité énergétique

Emmanuel Macron prévoit d’investir 4 milliards d’euros pour diviser par deux le nombre de « passoires énergétiques » d’ici 2022, projet s’inscrivant dans un grand plan d’investissement de 50 milliards d’euros. On peut se satisfaire de cette proposition.

Cependant, le président de la République devrait s’atteler à développer la domotique afin d’optimiser la consommation énergétique et lutter contre toutes les formes de gaspillage.

Les leviers d’actions ne manquent pas : développement de la domotique programmable, effacement électrique… L’ensemble de ces procédés vise avant tout à optimiser les productions énergétiques locales (biomasses ou géothermie) ou irrégulières (solaire et éolien) et à les arbitrer au plan financier avec les énergies des réseaux nationaux en décidant, de recourir à l’un plutôt qu’à l’autre.

Il s’agit là d’une formidable opportunité d’optimisation de nos consommations alors même que la Ville de Paris a lancé, le 29 mai dernier, son premier « smart grid » au cœur du quartier Clichy-Batignolles.