Accord sur le climat : Trump face à l’hypocrisie

Le Président Donald Trump a annoncé que les États-Unis se retiraient de l’Accord de Paris. Le tollé qu’il suscite est-il vraiment justifié ?

Par Patrick Aulnas.

On est assez gênés par les gesticulations pitoyables de la classe politique française après le retrait des États-Unis de l’accord de Paris sur le climat. Il s’agit d’un non événement, mais nos politiciens doivent jouer le jeu de la dramatisation climatique pour mettre en évidence la colossale réussite française que représente ce fameux accord.

L’accord de Paris, un engagement purement moral

Comme chacun le sait, cet « accord historique » n’est qu’une déclaration d’intentions ne comportant aucun engagement juridique effectif. Selon l’article 2, le réchauffement climatique devra être contenu « bien en deçà de 2°C » par rapport à l’ère préindustrielle. Pour atteindre cet objectif, les émissions de gaz à effet de serre devront atteindre « un pic aussi rapidement que possible ». Tous les cinq ans, un bilan sera effectué.

Les pays pauvres redoutant de retarder leur développement économique, il a été convenu qu’il serait tenu compte des « circonstances nationales différentes » pour apprécier les progrès. Les 100 milliards de dollars promis aux pays pauvres ne figurent pas dans l’accord proprement dit mais dans une annexe.

Autrement dit, il s’agit d’un engagement moral de mieux faire, rien de plus.

L’honnêteté de Trump

Dans ce contexte, le retrait des États-Unis représente l’honnêteté et les hauts cris des politiciens français, de droite comme de gauche, un exemple historique d’hypocrisie. Trump avait en effet annoncé la couleur au cours de sa campagne électorale. Il était opposé à tout ce galimatias de bonnes intentions. Il a eu le courage de mettre fin au mensonge que constituent des promesses qui, de toute évidence, ne seront pas tenues. Et il fallait un certain courage pour affronter les gourous de l’écologisme mondial qui ont fait beaucoup d’émules parmi les politiciens.

La réalité économique résiste

Évidemment le retrait américain gêne tous les adeptes de la nouvelle religion. Les adorateurs de Gaïa n’ont que le levier politico-éthique pour agir. Ils ont réussi à circonvenir un certain nombre de scientifiques et font désormais étalage des « conclusions scientifiques » sur le réchauffement climatique dans tous les médias.

Ils sont également parvenus à imposer de multiples normes concernant les produits industriels (automobiles, appareils de chauffage, appareils électroménagers, etc.) par une propagande moralisatrice à laquelle l’opinion publique occidentale a été sensible. Les politiciens ont donc suivi par électoralisme. Mais la réalité économique leur résiste. Lorsqu’il s’agit de fabriquer, de créer une entreprise, d’innover, de trouver des salariés compétents, de se déplacer sur notre petite planète, les contraintes du réel l’emportent sur les bonnes résolutions idéologiques.

Les bons et les méchants

Il en résulte qu’obliger les États à s’engager moralement a une grande importance pour les idéologues de l’écologisme militant. Même si les engagements de l’accord de Paris restent flous, il sera possible à l’avenir de stigmatiser publiquement les pécheurs.

Par exemple, dans cinq ans, un premier bilan permettra de trier le bon grain de l’ivraie : les bons seront les pays ayant progressé (réduit leurs émissions) et les mauvais tous les autres. La propagande pourra ainsi se poursuivre sur les bases statistiques donnant un semblant de scientificité aux idéologues.

Une méthode éprouvée

Cette méthode éprouvée a déjà été utilisée récemment avec les constructeurs automobiles. Des normes très ambitieuses ayant été adoptées au niveau européen pour les rejets de particules des moteurs diesels, il était impossible pour les constructeurs de maintenir les performances des véhicules tout en respectant la norme. Ils ont donc utilisé des subterfuges techniques pour contourner le problème.

Après des contrôles, Volkswagen (et d’autres) ont pu être dénoncés comme fraudeurs et stigmatisés sur tous les médias planétaires. Ceux qui savent construire des voitures confortables et rapides appartiennent ainsi au camp du mal. Ceux qui se contentent de rédiger quelques pages de normes techniques et de les faire avaliser par le conseil européen siègent dans le camp du bien.

Avec l’accord de Paris, l’enjeu était beaucoup plus important. Il s’agissait de permettre au clergé écologiste de classer les États eux-mêmes du côté du diable ou du côté du bon Dieu. On comprend la déception des dévots qui n’auront plus la suprême jouissance de faire des États-Unis le grand Satan.

Puissance idéologique de l’écologisme

La puissance de l’écologisme résulte ainsi de sa capacité à synthétiser une dimension religieuse, une dimension idéologique et une dimension scientifique. L’aspect religieux réside dans le manichéisme : le bien écologique s’oppose au mal industriel. L’aspect idéologique consiste à théoriser la société future puis à chercher à la construire par l’influence politique.

Cette société aura une caractéristique dominante : la science, la technique et l’économie seront entièrement déterminées par le politique (lois, normes, fiscalité, etc.). En général, les individus n’ayant pas perdu toute capacité de réflexion qualifient de dictature un tel régime politique. Mais la capacité de réflexion recule…

La science elle-même vient au secours de l’écologisme car elle lui fournit de multiples observations dans de très nombreux domaines. Il suffit de choisir les observations les plus significatives et de les compiler conformément à un résultat imposé idéologiquement pour obtenir les rapports du GIEC.

Relativiser le dogme écologiste

Trump, le rustre bien connu, n’a pas respecté le subtil agencement juridico-politico-éthique de l’écologisme militant. S’il ne s’agissait que de Trump, nos idéologues ne s’alarmeraient pas. Mais il s’agit de la première puissance économique mondiale. L’économie aurait-elle l’audace de relativiser le dogme écologiste ?