Trump, Macron, Corbyn, même combat ?

En Grande-Bretagne, aux États-Unis et en France, les grands leaders politiques n’hésitent pas à prendre des risques idéologiques pour le meilleur et pour le pire. Inversement, ceux qui restent dans l’équivoque, à l’image de Theresa May, sont en difficulté.

Par Henri Astier.

En apparence, aucune tendance particulière ne se dégage du choix des électeurs en Grande Bretagne, au États-Unis et en France depuis un an.

Avec le Brexit, une nation marchande a décidé de se libérer des chaînes bureaucratiques où elle se considère empêtrée, espérant conclure des accords commerciaux avec le vaste monde. En élisant Donald Trump, les États-Unis ont en revanche renoué avec une ancienne tradition d’isolationnisme et de nationalisme économique.

La France, de son côté, a choisi avec Macron la voie du multilatéralisme. Le nouveau président est un chaud partisan de la mondialisation et voit l’avenir du pays pleinement au sein de l’UE.

Mais au-delà de ces différences éclatantes, les trois résultats sont liés par un fil conducteur, qui pourrait trouver des prolongements dans les élections législatives de jeudi en Grande-Bretagne.

Des prises de position audacieuses

Les vainqueurs de ces scrutins n’ont pas eu peur de prendre des positions claires et audacieuses, au mépris des partis et politologues.  On peut dire ce qu’on veut de Trump ou des partisans du Brexit, mais on ne peut pas les accuser d’avoir couvert leurs arrières ou biaisé avec les électeurs.

C’est un mérite qu’on ne reconnaît pas assez à Macron, qui il est vrai a fait figure de favori dans les derniers mois de la campagne. Mais s’il avait joué la sécurité, il n’aurait pas créé de toutes pièces un parti contre sa famille socialiste, un an avant les élections. Personne ne donnait cher de ses chances à l’automne dernier.

S’il avait joué la sécurité, il n’aurait pas prôné le libéralisme dans le pays occidental le plus antilibéral de tous. S’il avait joué la sécurité, il ne serait pas, à quelques jours d’un premier tour serré, allé devant des ouvriers en grève menacés de délocalisation pour leur expliquer qu’il ne dépenserait pas un centime d’argent public pour préserver leur emploi.

Macron iconoclaste

Loin d’être le candidat du « consensus mou », Emmanuel Macron a mené une campagne tout aussi iconoclaste que Trump dans le contexte américain (je rappelle que je ne compare pas leurs programmes, ni la sagesse de ces programmes, mais leur degré d’audace).

Leur succès respectifs confirme le vieil adage qui veut que l’électorat ne croit en rien, mais qu’il croit en ceux qui croient en quelque chose.

Bien sûr, il y a des limites à l’avantage que peuvent conférer la conviction et le culot.  Toutes les idées n’ont pas le même potentiel de séduction, et on peut pécher par surcroît d’hétérodoxie. Aux Pays-Bas, Geert Wilders, homme de certitude s’il en est, a été battu aux législatives de mars par un centriste opportuniste. Au second tour de la présidentielle française Macron l’a largement emporté devant une candidate encore plus anticonformiste que lui.

Le courage est risqué

En Grande-Bretagne, vers 1990, la capacité de Margaret Thatcher à défier l’establishment et les sondages a fini pas lasser son peuple.

Par définition, le courage est risqué. Mais en ces temps de polarisation et de recomposition politique, la prudence et l’équivoque le sont également. Theresa May, Première ministre britannique en mal de légitimité, en a fait les frais ces dernières semaines.

Ses palinodies sur la taxation des travailleurs indépendants ou la contribution des personnes âgées aux soins dont elles bénéficient, sans parler de son retournement de veste originel concernant le Brexit, lui ont valu une chute spectaculaire de popularité avant les législatives. Mise à part l’intransigeance envers l’UE, beaucoup d’électeurs ignorent ce que Theresa May incarne. Elle paraît trop molle pour ce qu’elle a de dur, et trop dure pour ce qu’elle a de mou.

Corbyn, clair comme Mélenchon

Avec le leader travailliste Jeremy Corbyn, par contre, les Britanniques savent à quoi s’en tenir : nationalisations en masse, fort relèvement du salaire minimum, relance par la dépense publique, hausse d’impôts pour les entreprises et les riches… Corbyn est tout aussi clair qu’un Jean-Luc Mélenchon, dont il partage la méfiance envers l’OTAN et l’admiration pour Hugo Chavez et Fidel Castro (qualifiant ce dernier de « champion de la justice sociale »).

Si les électeurs savent où ils vont avec Corbyn, le nombre de ceux qui veulent l’y suivre semble insuffisant pour lui assurer la victoire. Il est probable que ses idées font partie de celles qui repoussent plus de monde qu’elles n’attirent, et les Tories conserveront leur majorité aux Communes.

Mais une telle victoire à la Pyrrhus, dans un contexte qui paraissait il y a peu de temps si favorable à Mme May, démontrerait les risques qu’encourent les politiques qui répugnent à en prendre.