L’impact du Brexit : les retombées économiques

L’enjeu économique derrière le Brexit, quelque peu voilé par le symbole politique, et d’une complexité significative altérant la bonne négociation de la sortie britannique.

Par Théo El Ayachi-Le Mat.

L’article 50 du traité de l’Union européenne entend que « Tout État membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de l’Union. ».

Le 23 Juin 2016, sous l’influence d’un contexte global où la souveraineté nationale ne cesse de gagner des sympathisants, le Premier ministre anglais David Cameron soumet au peuple du Royaume-Uni un vote par référendum sondant sa volonté de quitter l’Union Européenne : 51,9% des votes y sont favorables et le processus de sortie de l’Union européenne s’enclenche alors.

Ce scénario était redouté par l’ensemble des membres de l’Union européenne, tant pour l’impact symbolique qu’implique l’abandon du troisième PIB de cette union, mais essentiellement pour les retombées économiques et le climat d’incertitude auxquels cette sortie risque d’aboutir au sein d’une Europe en crise d’identité qui se désire plus que jamais soudée.

Les dirigeant européens entre eux

Les dirigeants européens sont aujourd’hui les uns face aux autres. Theresa May, Première ministre britannique aux traits politiquement conservateurs, consciente des enjeux économiques d’un Brexit, souhaite une sortie économique la plus inobservable empiriquement, à savoir sans impacts réels négatifs sur son économie.

Néanmoins, les avantages économiques sous-jacents à l’appartenance à l’Union européenne – dont profitait jusqu’alors le Royaume-Uni sous un régime spécial similaire à la Suisse – sont soumis à des conditions.

Ces conditions sont circonscrites par des réglementations claires, telles que des directives sur le monde financier (Markets in Financial Instruments Directive pour exemple) sous la supervision d’autorités telles que l’ESMA (European Securities and Market Authority), des directives liées aux flux d’actifs au sein même de l’Union telles que les UCITS (Undertakings for Collective Investments in Transferable Securities) permettant, via le “passporting”, d’harmoniser les marchés européens grâce à un échange d’informations plus transparent rendant la gestion d’actifs beaucoup plus aisée, pour les fonds d’investissement notamment.

Enfin, des réglementations à caractère éthique et économique telles que la libre circulation des travailleurs et des marchandises certifiées par l’article 45 du Traité de Lisbonne, ayant un ascendant économique certain, seront autant d’avantages certainement perdus par le gouvernement britannique conservateur et pour lesquels l’adhésion à l’Union à travers ses quatre principes fondamentaux n’est pas optionnelle.

Nous comprenons donc tout l’enjeu économique derrière ce Brexit, quelque peu voilé par le symbole politique, et d’une complexité significative altérant la bonne négociation de la sortie britannique.

Inflation

Le lien puissant entre les marchés financiers et le monde réel n’a su retarder la chute du taux de change Livre Sterling-Euros (prix d’une £ en €) puisque dès le jour des résultats du référendum le 23 Juin 2016, la valeur de la monnaie britannique s’est dépréciée passant alors de 1,31€ pour une £, à environ 1,11€ pour une £ moins de quatre mois plus tard1, soit une chute de 15,2% en valeur2.

Une telle « faiblesse » de la monnaie n’a su être observée depuis une trentaine d’années. De manière « économiquement empirique », cette dépréciation de la monnaie face à l’euro implique une baisse de la valeur des actifs détenus auprès de l’Union Européenne par le Royaume-Uni et un « gonflement » de son passif vis-à-vis des membres de l’Union Européenne.

Bien que la particularité des exportations britanniques soit leur faible sensibilité aux prix, une baisse de la valeur de la Livre Sterling rend le Royaume-Uni plus compétitif à l’export lui permettant davantage d’établir un pricing-to-market (ou tarification de marché3) sur ses produits d’exportations améliorant le solde commercial4, et il convient de rappeler une nouvelle fois que la moitié des exportations britanniques sont destinées à l’Europe5.

Balance commerciale déficitaire

Mais le Royaume-Uni ayant une balance commerciale déficitaire depuis les années 19806, c’est plutôt un renchérissement du prix des importations de l’étranger au-delà du gain de compétitivité sur les exportations qu’il faut attendre, laissant apparaître l’ombre d’une des conséquences les plus redoutées de la dévaluation : l’inflation (la hausse du niveau général des prix). Son impact sur l’économie réelle et sur la consommation est fort. La baisse de la valeur de la Livre Sterling implique donc une baisse de la valeur du pouvoir d’achat des britanniques ralentissant globalement la consommation et l’ensemble de la chaîne macroéconomique.

Ce conglomérat de facteurs altère la psychologie des investisseurs rendant le climat des affaires britanniques à priori moins favorable, aboutissant peut être à une baisse de la croissance.

Des conséquences sur les flux de capitaux

Le Brexit s’accompagne évidemment d’une dissociation du point de vue des investisseurs, nettement renforcée cette fois entre le Royaume-Uni et l’Europe, mais qui paradoxalement renforce l’incertitude sur les choix d’investissements. Nous analyserons ici, à partir de faits empiriques, les conséquences que cela peut engendrer dans le cas d’une sortie définitive.

Comme le montre le graphique suivant, l’Europe constitue environ 30% des investissements du Royaume-Uni dans le monde. Il s’agirait même de 40% d’après l’Office National des Statistiques (ONS).

Dans le sens inverse, les entrées de capitaux sur le sol britannique seraient issues à environ 50% de l’Union Européenne d’après l’ONS. Par ces valeurs, nous comprenons donc l’envergure sous-jacente du problème.

Le Royaume Uni dépendant de l’étranger

Comme nous l’avons évoqué précédemment, le Royaume-Uni a un solde commercial déficitaire ce qui la rend dépendante de financements venant de l’étranger qui contribuent à sa production nationale.

L’incertitude créée auprès des investisseurs est dû à l’instabilité politico-économique à court terme, la complexité des négociations, et également au fait que l’appartenance au Marché Unique est un gage de qualité pour un investisseur et une assurance de sa contrepartie.

En effet, la possibilité d’accès au marché européen à travers l’un de ses membres est un atout essentiel pour l’investissement étranger. Le Marché Unique permet un flux de capitaux assez libre, contribuant au développement des investissements réalisés en son sein. Investir au sein du Marché Unique permet également de lever les barrières douanières envers les investisseurs.

Climat de confiance pour les investisseurs au Royaume Uni

De même, le Royaume-Uni véhicule un climat de confiance pour les investisseurs. L’ascendant libéral y est fort, ce qui rassure la gestion des investissements, et donc les investissements directs de l’étranger.

En outre, une sortie de l’UE peut être néfaste pour le Royaume-Uni puisqu’une fois la libre circulation des travailleurs entravée, la réputation de souplesse du marché du travail britannique serait écornée et pourrait ralentir la volonté d’investissement vers un pays véhiculant les préludes d’une croissance en diminution : une crainte des investisseurs engendrera une baisse des investissements, ralentissant alors l’investissement productif et donc la production.

Justement, cette incertitude est particulièrement représentée aujourd’hui dans le milieu bancaire, et plus généralement dans le monde financier, qui en fonction des prochains temps politiques (présidentielles en France, finalité des négociations, …) tendrait à se déplacer vers Paris, Amsterdam ou encore Francfort : il s’agirait d’une immense perte pour le Royaume-Uni, fief de la finance européenne et mondiale.

Toutefois, l’ESMA7 a aujourd’hui besoin de plus de temps pour récolter des informations afin d’établir un diagnostic post-Brexit, mais les réglementations européennes comme MiFiD 2 (Markets in Financial Instruments Directive) sont en constant mouvement, essayant d’anticiper au mieux les changements dans la gestion des transactions financières.

  1. www.bdm.insee.fr
  2. (1,11-1,31)/1,31 = -0,152=15,2%
  3. Maintien des prix par les entreprises exportatrices, lors de la dépréciation, en monnaie étrangère afin de conserver leur marge
  4. Si la condition de Marshall-Lerner est vérifiée
  5.  Mathieu, OFCE : seules 10% des exportations françaises vont au Royaume-Uni
  6. http://perspective.usherbrooke.ca/
  7. Il s’agit de l’autorité européenne des marchés financiers.