La croissance et les emplois de demain viendront des petites entreprises

C’est loin des honneurs de la presse et du monde politique que se développent les entreprises de demain et parmi elles, les futurs géants qui détrôneront bientôt ceux d’aujourd’hui.

Par Guillaume Nicoulaud.

Une grande entreprise, c’est une entreprise qui a déjà grossi. Ça ne signifie nécessairement pas qu’elle n’a plus aucune marge de manœuvre pour investir, embaucher et gagner encore plus d’argent mais, en général, c’est ce qu’on observe : les grands groupes investissent et embauchent peu — ils se contentent souvent de renouveler prudemment l’existant — et ce n’est, sauf exceptions, pas sur eux qu’ils faut compter pour les croissances de résultats spectaculaires. Lorsque vous observez une grande entreprise aujourd’hui, dans la plupart des cas, vous observez le résultat d’une croissance passée.

Il y a une foule de raisons à cela. Parmi elles, et cette liste est loin d’être exhaustive, on peut citer le poids de la bureaucratie et des procédures qui tendent à croître plus vite que les ventes et une certaine frilosité des actionnaires qui préfèrent souvent se reposer sur leurs lauriers plutôt que de prendre des risques.

Les grandes entreprises innovent peu

Quoi qu’il en soit, les grandes entreprises tendent à gérer l’existant plutôt qu’à chercher à se développer ; raison pour laquelle elles investissent relativement peu, se focalisent sur le pilotage de leurs coûts (le lean management) et tendent à verser des dividendes plutôt que de réinvestir leurs gains passés.

Ce n’est donc pas des grands groupes d’aujourd’hui que nous sommes fondés à attendre la croissance et les emplois de demain. Au mieux, ils parviendront à se maintenir : certains connaîtront encore quelques années de croissance modeste, d’autres sont déjà dans leur phase de déclin.

C’est ainsi, les entreprises aussi ont un cycle de vie et c’est rarement de celles qui s’approchent de la retraite qu’il faut attendre les idées révolutionnaires, les investissements massifs et les créations d’emplois par milliers.

Google il y a 20 ans

Ça, ce sont des sports de jeunes. Les investissements, la croissance et les emplois de demain viendront des petites entreprises d’aujourd’hui et même d’entreprises qui ne sont, à l’heure où j’écris ces lignes, encore que des projets. Songez, par exemple, à ce qu’était Google il y a 20 ans.

C’est là, loin des honneurs de la presse et du monde politique que se développent les entreprises de demain et parmi elles, les futurs géants qui détrôneront bientôt ceux d’aujourd’hui.

Parmi ces milliers de petites entreprises, beaucoup disparaîtront, certaines vivoteront et quelques-unes seulement connaîtront des destinées spectaculaires. Toute la difficulté, et les capital-risqueurs m’en sont témoins, c’est que personne ne sait lesquelles.

Le fait est que nous ne connaissons pas le futur et que tous ceux qui prétendent le contraire sont au mieux incompétents, au pire des charlatans. En réalité, personne n’en sait rien comme personne ne pouvait deviner, il y a 20 ans, le succès phénoménal qu’a connu Google depuis. Nous avons tous notre petite idée, des convictions plus ou moins étayées mais de là à savoir, il y a un gouffre.

Que faire ?

Concrètement, pour ce qui nous concerne aujourd’hui, ça signifie deux choses. D’une part, il faut laisser les grandes entreprises poursuivre leur chemin. Qu’elles optimisent leurs coûts, qu’elles cessent d’embaucher ou réduisent leurs effectifs, qu’elles versent des dividendes à leurs actionnaires : peu importe.

Si le déclin est inévitable, il vaut mieux qu’il soit graduel plutôt que précipité par des investissements hasardeux, mais il faut qu’il arrive plutôt que de dépenser des milliards d’aides publiques en pures pertes.

Le plus important, ce sont les petites et parmi elles les futures grandes. La création de richesse étant un processus d’essais et d’erreurs, le mieux que nous ayons à faire c’est de les laisser essayer.

Il ne s’agit pas leur verser des subventions, de leur créer des passe-droits ou je ne sais quel machin public supposé les promouvoir : il s’agit juste de les laisser faire. Ce dont ces entreprises ont besoin, c’est d’un environnement juridique et fiscal stable, de financements privés et de marchés véritablement ouverts, à l’extérieur de nos frontières comme à l’intérieur.

Créer une entreprise, prendre un risque

Il faudra bien un jour que nos dirigeants comprennent que créer une entreprise, ce n’est pas seulement beaucoup de travail : c’est aussi — et peut être même surtout — une prise de risque considérable. Investir dans une entreprise, sauf pour les quelques-uns qui peuvent se permettre de perdre leur mise sans réduire leur train de vie, c’est un acte de foi en l’avenir.

Ce qui motive un entrepreneur, grand ou petit, c’est toujours la perspective de réaliser des profits. Ce qui le freine et peut même l’amener à abandonner son projet, ce sont les risques de pertes.

De là, vous comprendrez certainement que tout ce qui est de nature à réduire les perspectives bénéficiaires des entrepreneurs d’aujourd’hui ou à accroître les risques qu’ils prennent relève du sabotage pur et simple.

Fatalement, mécaniquement, ils investiront moins (ou pas du tout) et nous le paierons tôt ou tard en termes de croissance et d’emplois. Oubliez donc les actionnaires du CAC 40 et les politiques à court terme : des milliers d’entrepreneurs ne demandent qu’à prendre le relais. Ils ont l’ambition et les savoir-faire : il ne reste plus qu’à les laisser faire.

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