Le paquet neutre, reflet d’un État très, voire trop présent

La France fait partie des pays où les mesures concernant l’alcool ou le tabac sont les plus restrictives, et où le spectre du « Nanny state », l’État omniprésent et omnicompétent, est le plus présent.

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Le paquet neutre, reflet d’un État très, voire trop présent

Publié le 24 mai 2017
- A +

Par Alexis Gendry.
Un article de Trop Libre

Introduit en France en mars 2016 et obligatoire depuis le 1er janvier dernier, le paquet de cigarettes neutre n’a pour l’instant pas eu l’effet escompté sur les consommateurs de tabac.

S’il est trop tôt pour parler d’échec, ce mauvais démarrage soulève un autre problème : celui de l’État dit « nounou », mieux connu sous son nom anglo-saxon de « Nanny State ».

À force de vouloir se substituer à ses citoyens dans l’appréciation de ce qui est bien et ce qui est mal, certaines des décisions de l’État excèdent, entraînant une forme de refus dans certains pays, y compris la France.

Un problème qui ne date pas d’hier

Le terme de « Nanny state » fait référence à une tendance des États modernes à intervenir de manière inopportune dans la vie de leurs citoyens. À trop vouloir les protéger, ces États entravent souvent leur liberté individuelle et les déresponsabilisent, de manière de plus en plus poussée dans certains pays.

S’il a fallu attendre le milieu des années 1960 pour que ce « symptôme » soit affublé d’un surnom, ses tenants et ses aboutissants avaient déjà été évoqués par Alexis de Tocqueville, plus d’un siècle auparavant.

Dans De la démocratie en Amérique, le philosophe écrivait ainsi : « Cet État se veut si bienveillant envers ses citoyens qu’il entend se substituer à eux dans l’organisation de leur propre vie. Ira-t-il jusqu’à les empêcher de vivre pour mieux les protéger d’eux-mêmes ? ». De plus, au-delà de leur éternel souci de protection, les mesures mises en place par ces États dits « nounous » ne fonctionnent pas toujours, loin de là.

Un sujet qui revient de manière récurrente

L’exemple en date le plus récent est probablement celui des paquets de cigarettes neutres, obligatoires en France depuis le 1er janvier 2017. Cette mesure, effective dans seulement deux pays à travers le monde (mais déjà votée dans trois autres), est symptomatique de l’influence d’un « Nanny state » : si les citoyens ont conscience que le tabac est mauvais pour la santé, l’État les infantilise âprement en leur imposant des normes telles que celle-ci.

Cette mesure n’a pourtant rien d’un succès, du moins pour le moment : comme le révélait le Parisien il y a peu, les livraisons de cigarettes aux buralistes se sont révélées supérieures de 1,4% au premier trimestre 2017 par rapport au premier trimestre 2016.

Si le Comité National Contre le Tabagisme (CNCT) refuse pour l’instant de parler de « flop », ces chiffres n’en demeurent pas moins révélateurs d’une forme de contestation de la part des Français.

En effet, ces dernières années, les mesures s’inscrivant dans cette veine ont fleuri. Comme l’a souligné The Nanny State Index, si les taxes restent minimes, les publicités pour vins et autres spiritueux sont, à de rares exceptions près, interdites depuis la loi Évin de 1991.

Le tabac fait quant à lui l’objet d’importantes limitations : outre les paquets neutres, la publicité pour cette substance est elle aussi presque totalement prohibée (depuis cette même date), et son prix régulièrement revu à la hausse.

Si la France possède toujours un des taux de fumeurs les plus élevés de la planète, un changement de stratégie ne semble pourtant pas être à l’ordre du jour : de nouvelles images dites « chocs » viennent en effet de faire leur apparition sur les paquets de cigarettes français, depuis le 20 mai dernier.

De plus en plus de mécontents

Inévitablement, l’empilement des réglementations entraîne l’accumulation des critiques. Dans son ouvrage Absurdité à la française, le journaliste Philippe Eliakim s’était ainsi attelé, en 2013, à recenser les normes les plus folles en vigueur en France, normes disséminées « dans 22 334 articles de loi, 137 219 articles de décret, et dans des dizaines de milliers d’autres textes réglementaires de toute nature, répartis dans 64 codes ».

Selon lui, l’une des plus absurdes a vu le jour à la suite d’un accident d’ascenseur très médiatisé il y a quelques années… qui a entraîné la création de pas moins de 17 mesures préventives.

Il y a peu, David Barroux, journaliste aux Échos, s’était lui aussi insurgé contre ces mesures, dénonçant un « État qui pense à tout » et qui, « à force de vouloir en faire plus, […] finit par en faire trop ».

L’exemple des autres pays

Mais alors quid des autres pays ? Si la France fait figure de vilain petit canard, notamment face à des pays tels que l’Allemagne ou la République tchèque, qui appliquent des politiques anti-tabac relativement libérales, certaines grandes nations ne sont pas en reste de mesures draconiennes.

C’est le cas des États-Unis où, dans presque tous les États, il est strictement interdit de fumer dans les parcs voire même, dans le cas de l’Ohio, à proximité de son lieu de travail.

L’Australie est quant à elle célèbre pour les tarifs exorbitants fixés pour les paquets de cigarette : actuellement autour de 17€, le prix de ces derniers grimpera jusqu’à 27€ d’ici 2020.

Cependant, malgré ces règles extrêmement strictes imposées dans certains États, la France fait bel et bien partie des pays où les mesures concernant l’alcool ou le tabac sont les plus restrictives, et où le spectre du « Nanny state » est le plus présent.

Avant même que ce syndrome soit pointé du doigt par Tocqueville, Michel de Montaigne dénonçait déjà cette tendance française, au XVIème siècle, en décrivant un pays où « il y a autant de lois […] que dans le monde entier ».

Sur le web

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  • Augmenter le prix des cigarettes est une aubaine pour les trafiquants.
    Quant à l’interdiction, je crois savoir que la Prohibition aux États-Unis avait favorisé un essor de la Mafia sans précédent.

    • Il est devenu plus rentable de détourner un camion chargé de cigarettes qu’un camion blindé, avec beaucoup moins de risques. Quant à l’écoulement du stock les vendeurs à la sauvette font florès.

      • Sine

        Tant que la France officielle croira qu’il suffira d’une loi pour lutter contre une débrouillardise des citoyens, la pratique gagnera sur la théorie légale justifiant, à tort, une diminution de la liberté individuelle!

  • L’ingérence de l’Etat dans notre vie privée, cette infantilisation des individus ajoutées à la bienpensance généralisée est devenu carrément insupportable. Et pour parler de santé, la généralisation de l’ordonnance obligatoire pour obtenir désormais n’importe quel médicament (hormis l’aspirine mais pour combien de temps ?) en est encore un bon exemple. Débiles non responsables de notre santé, nous n’avons plus qu’à patienter plusieurs semaines avant d’obtenir un RV chez un Médecin surchargé mais bienheureux puisqu’il est le passage obligé, le tout aux frais de la sécurité sociale (consultation + médicaments – Alors qu’autrement 0). Cette dépendance implique aussi les ordonnances à rallonge au cas où ? (chacun connait ses petits maux récurrents), la surcharge des services d’urgence (on ne va pas attendre 15 jours pour soigner une infection urinaire ou un abcès dentaire ..etc..) le week-end de l’ascension s’abstenir d’être malade. C’est encore un autre problème : pourquoi pas l’instauration de permanences obligatoires comme les pharmaciens. En parlant d’eux , pourquoi les obliger à de longues études, de bon niveau pour les cantonner ensuite au seul rôle de prescripteur de .. produits de beauté et d’humex fournier ?? Il y a de nombreux maux dont la prescription est connue par le malade, le pharmacien… Abcès dentaire = antibiotiques (clairement identifiés pour cette application).. S’il faut signer une décharge OK. Et puis flûte, je suis majeure et.. vaccinée.

    • @ Irvina

      L’important est d’avoir votre médecin (« dit « de famille » en qui il faut avoir confiance – sinon, changez! -). Et si vous lui passez un coup de fil, en cas d’auto-traitement, vous connaissant, il pourra vous appouver ou ajouter un conseil utile … gratuitement, la plupart du temps!

    • @Irvina « pourquoi pas l’instauration de permanences obligatoires comme les pharmaciens  » c’est déjà le cas, dans la plupart des départements français.
      Votre exemple de l’abcès dentaire aurait pu être mieux choisi. En effet vous semblez dire que l’attitude vis-à-vis d’un abcès dentaire est évident, « antibiotiques (clairement identifiés pour cette application) » mais l’abcès est-il accessible à un traitement antibiotique classique, ou a-t-il un aspect/une localisation nécessitant plutôt une intervention chirurgicale locale comme un drainage ? Et si seulement un antibiotique, vous semblez dire que l’antibiotique est un jeu d’enfant : mais quelle molécule ? quelle dosage ? quelle durée ? ce n’est pas forcément toujours la même chose d’un abcès à l’autre. ..Et ceci n’est que les questions concernant vous-même. De mon côté, très égoïstement, je n’ai aucune envie que ma prochaine infection grave soit inguérissable faute d’antibiotique efficace (tous étant devenus résistants) à cause de personnes lambdas qui boulotte des antibio sans avis médical ( déjà que les médecins en prescrivent trop, alors si le péquin moyen s’y met …les résistances bactériennes auront la vie rêvée ) . Alors non, pas d’antibiotique en vente libre svp ! LEs autres médoc oui si vs voulez ça n’a d’impact que sur votre propre personne ( et le système de santé ) , mais les antibio que vous boulottez, que ce soit pr une bonne ou une mauvaise raison, ça aura un impact sur ma santé. non merci. Pas envie de payer les pots cassés des mauvais raisonnements des autres. ( au passage, je vous invite à découvrir les mécanismes de sélection de résistance chez les bactéries, c’est passionnant, ces petites bêtes sont très futées ! )

  • les mesures concernant tabac et alcool trés restrictives…..et en france ,on torche sec , on fume comme des pompiers ( tabac , chichon…;) on peut même se shooter avec l’aval de l’état ….. quel beau pays que le notre …….

    • @ véra

      Il faut savoir qu’il y a une différence entre cigarette banale et « joint » ou « chichon »: on « tire » plus fort quand il s’agit de « hakik » pour obtenir l’effet attendu, alors qu’un fumeur habituel pourra sacrifier facilement une de ses cigarettes!

      Le cancer du poumon touchera donc plus facilement un fumeur régulier de haschich qu’un fumeur modéré de tabac à cause de ces inspirations profondes.

  • Les commentaires sont fermés.

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