Le paquet neutre, reflet d’un État très, voire trop présent

cigarette credits corrie (licence creative commons)

La France fait partie des pays où les mesures concernant l’alcool ou le tabac sont les plus restrictives, et où le spectre du « Nanny state », l’État omniprésent et omnicompétent, est le plus présent.

Par Alexis Gendry.
Un article de Trop Libre

Introduit en France en mars 2016 et obligatoire depuis le 1er janvier dernier, le paquet de cigarettes neutre n’a pour l’instant pas eu l’effet escompté sur les consommateurs de tabac.

S’il est trop tôt pour parler d’échec, ce mauvais démarrage soulève un autre problème : celui de l’État dit « nounou », mieux connu sous son nom anglo-saxon de « Nanny State ».

À force de vouloir se substituer à ses citoyens dans l’appréciation de ce qui est bien et ce qui est mal, certaines des décisions de l’État excèdent, entraînant une forme de refus dans certains pays, y compris la France.

Un problème qui ne date pas d’hier

Le terme de « Nanny state » fait référence à une tendance des États modernes à intervenir de manière inopportune dans la vie de leurs citoyens. À trop vouloir les protéger, ces États entravent souvent leur liberté individuelle et les déresponsabilisent, de manière de plus en plus poussée dans certains pays.

S’il a fallu attendre le milieu des années 1960 pour que ce « symptôme » soit affublé d’un surnom, ses tenants et ses aboutissants avaient déjà été évoqués par Alexis de Tocqueville, plus d’un siècle auparavant.

Dans De la démocratie en Amérique, le philosophe écrivait ainsi : « Cet État se veut si bienveillant envers ses citoyens qu’il entend se substituer à eux dans l’organisation de leur propre vie. Ira-t-il jusqu’à les empêcher de vivre pour mieux les protéger d’eux-mêmes ? ». De plus, au-delà de leur éternel souci de protection, les mesures mises en place par ces États dits « nounous » ne fonctionnent pas toujours, loin de là.

Un sujet qui revient de manière récurrente

L’exemple en date le plus récent est probablement celui des paquets de cigarettes neutres, obligatoires en France depuis le 1er janvier 2017. Cette mesure, effective dans seulement deux pays à travers le monde (mais déjà votée dans trois autres), est symptomatique de l’influence d’un « Nanny state » : si les citoyens ont conscience que le tabac est mauvais pour la santé, l’État les infantilise âprement en leur imposant des normes telles que celle-ci.

Cette mesure n’a pourtant rien d’un succès, du moins pour le moment : comme le révélait le Parisien il y a peu, les livraisons de cigarettes aux buralistes se sont révélées supérieures de 1,4% au premier trimestre 2017 par rapport au premier trimestre 2016.

Si le Comité National Contre le Tabagisme (CNCT) refuse pour l’instant de parler de « flop », ces chiffres n’en demeurent pas moins révélateurs d’une forme de contestation de la part des Français.

En effet, ces dernières années, les mesures s’inscrivant dans cette veine ont fleuri. Comme l’a souligné The Nanny State Index, si les taxes restent minimes, les publicités pour vins et autres spiritueux sont, à de rares exceptions près, interdites depuis la loi Évin de 1991.

Le tabac fait quant à lui l’objet d’importantes limitations : outre les paquets neutres, la publicité pour cette substance est elle aussi presque totalement prohibée (depuis cette même date), et son prix régulièrement revu à la hausse.

Si la France possède toujours un des taux de fumeurs les plus élevés de la planète, un changement de stratégie ne semble pourtant pas être à l’ordre du jour : de nouvelles images dites « chocs » viennent en effet de faire leur apparition sur les paquets de cigarettes français, depuis le 20 mai dernier.

De plus en plus de mécontents

Inévitablement, l’empilement des réglementations entraîne l’accumulation des critiques. Dans son ouvrage Absurdité à la française, le journaliste Philippe Eliakim s’était ainsi attelé, en 2013, à recenser les normes les plus folles en vigueur en France, normes disséminées « dans 22 334 articles de loi, 137 219 articles de décret, et dans des dizaines de milliers d’autres textes réglementaires de toute nature, répartis dans 64 codes ».

Selon lui, l’une des plus absurdes a vu le jour à la suite d’un accident d’ascenseur très médiatisé il y a quelques années… qui a entraîné la création de pas moins de 17 mesures préventives.

Il y a peu, David Barroux, journaliste aux Échos, s’était lui aussi insurgé contre ces mesures, dénonçant un « État qui pense à tout » et qui, « à force de vouloir en faire plus, […] finit par en faire trop ».

L’exemple des autres pays

Mais alors quid des autres pays ? Si la France fait figure de vilain petit canard, notamment face à des pays tels que l’Allemagne ou la République tchèque, qui appliquent des politiques anti-tabac relativement libérales, certaines grandes nations ne sont pas en reste de mesures draconiennes.

C’est le cas des États-Unis où, dans presque tous les États, il est strictement interdit de fumer dans les parcs voire même, dans le cas de l’Ohio, à proximité de son lieu de travail.

L’Australie est quant à elle célèbre pour les tarifs exorbitants fixés pour les paquets de cigarette : actuellement autour de 17€, le prix de ces derniers grimpera jusqu’à 27€ d’ici 2020.

Cependant, malgré ces règles extrêmement strictes imposées dans certains États, la France fait bel et bien partie des pays où les mesures concernant l’alcool ou le tabac sont les plus restrictives, et où le spectre du « Nanny state » est le plus présent.

Avant même que ce syndrome soit pointé du doigt par Tocqueville, Michel de Montaigne dénonçait déjà cette tendance française, au XVIème siècle, en décrivant un pays où « il y a autant de lois […] que dans le monde entier ».

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