Second tour des présidentielles : la croissance française d’abord !

S’il est bien un critère de choix à prendre en compte dans l’isoloir le 7 mai prochain, c’est celui de la capacité du futur président de la République à réformer en profondeur notre pays.

Par Florent Ly-Machabert.

Environ 2 000 milliards d’euros d’endettement (soit 100% du PIB), près de 9 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, plus de 5 millions de chômeurs : voilà ce que tous les arguments en faveur de tel candidat, ou contre tel autre, ne peuvent faire oublier : la France, qui ne respecte plus, depuis plusieurs années maintenant, le Pacte de Stabilité et de Croissance que son adhésion à l’union économique et monétaire rend pourtant contraignant, présente le double et inquiétant visage d’un pays au bord à la fois de l’implosion économique et de l’explosion sociale.

Le poids de l’intervention publique

Et pourtant, dans ce pays qui méprise tant l’économie parce qu’il n’y comprend pas grand-chose semble-t-il, où l’interventionnisme a longtemps été le modèle, où, se tournant toujours davantage vers l’État comme vers la Providence, le peuple s’est accommodé d’une puissance publique de plus en plus normative et connivente, de moins en moins protectrice et efficace ; dans ce pays et en cette veille de second tour d’élection présidentielle, d’aucuns voudraient nous faire oublier non seulement que leur programme économique permet de départager efficacement les deux candidats en lice, mais encore qu’on ne peut efficacement conjurer la faillite économique d’un pays qu’en produisant des richesses, et son anomie sociale en les redistribuant et en créant des emplois, c’est-à-dire dans les deux cas en renouant avec une croissance économique forte ! Or, droite et gauche confondues, à quoi avons-nous, entre autres, assisté depuis 20 ans ?

Importance des questions économiques

D’une part, à la réduction malthusianiste du temps de travail dès 1998 qui n’a pas tardé à se refléter dans le taux de chômage ; d’autre part, à une relance keynésienne (et monétaire à l’échelle européenne) dispendieuse (comme en atteste la dette) et contreproductive (comme l’érosion du pouvoir d’achat le montre).

Rien ne saurait donc, en 2017, détrôner les questions économiques, vitales pour nos enfants et nos petits-enfants. Et en la matière, le contraste entre les deux candidats, et tant mieux, est si saisissant que le second tour s’apparente en réalité à un référendum pour ou contre un État interventionniste en matière économique.

Car il y a un candidat réformateur, libre-échangiste, désireux d’un État-gendarme et respectueux des libertés économiques (sans être Thatcher ni Reagan) ; et une candidate socialiste et protectionniste, si profane en économie que son programme promet, en un seul quinquennat, 6 points de PIB en moins, jusqu’à 40% de dévaluation (fin de l’euro), un taux de chômage à 13% en 2022 et une inflation à 5% (2 000 € en moins de pouvoir d’achat par an et par foyer).

Choc des cultures économiques

Je me réjouis d’ailleurs qu’on ait pu assister en direct, au-delà de l’insignifiante bataille médiatique, à ce choc des cultures économiques sur le parking de l’usine Whirlpool d’Amiens où se sont rendus les deux candidats mercredi 26 avril : le populisme et la démagogie ont conduit l’une à multiplier les selfies pour panser la légitime colère ouvrière et à promettre ce que Sarkozy et Hollande avaient promis avant elle en d’autres lieux : que le site ne fermerait pas ; tandis que le courage de la vérité économique a servi de boussole au déplacement plus mouvementé du candidat Macron, qui a tenté de rappeler que ce n’est pas l’emploi qu’on doit protéger à tout prix mais la personne ; moyennant, non l’anticapitaliste interdiction de licencier, mais une politique volontariste de formation, à tout âge, en vue d’une reconversion professionnelle des personnels les plus affectés par la qualification croissante des emplois liée à la mondialisation, mais aussi, même s’il n’en a pas ici été question, à la robotisation.

Simplisme des anticapitalistes

Cela devient criant mais j’ai toujours observé que tout est toujours plus simple pour les anticapitalistes et autres illibéraux (communistes, socialistes, nationalistes) : il faut fermer les frontières pour produire et vendre français, exalter la nation pour retisser par magie le lien social, dépenser l’argent qu’on n’a pas, distribuer les richesses qu’on empêche les riches de créer…

Friedrich Hayek, qui obtint le prix Nobel d’économie en 1974, rappelle que le planisme économique conduit au contrôle de l’univers politique et donc à la disparition des libertés ; et qu’en ce sens les politiques que désirent les opposants à l’économie de marché dont Marine Le Pen fait évidemment partie sont le cheval de Troie des idées totalitaires qu’ils ne rejettent qu’en apparence.

Voter pour le changement

Je voterai donc pour Emmanuel Macron, et même mieux, avec enthousiasme, pour les autres volets de son programme, secondaires à mon sens, mais non moins intéressants, comme le vote d’une loi de moralisation de la vie politique combinée au renouvellement des visages dès le mois de mai, l’abrogation de la désastreuse réforme du collège en matière d’éducation, un pragmatisme sécuritaire sans effet d’annonce et respectueux de l’état de droit, ou encore la renégociation des traités européens, qui ont conduit à trop d’interventionnisme de la part de Bruxelles, les mêmes causes produisant les mêmes effets.

Si je n’évoque pas les sujets sociétaux, éthiques voire anthropologiques, c’est qu’ils ne relèvent pas d’un président de la République omnipotent, comme le candidat d’En Marche ! Il’a lui-même rappelé dans le journal La Croix le 12 mars dernier.

À l’heure où l’hystérie médiatique et le confusionnisme économique s’exacerbent, mon cœur ne balance donc pas.