Un président doit-il « sauver des emplois » ?

Capture d'écran Public Sénat

L’ingérence de l’État ne protège pas des emplois mais nourrit au contraire le chômage de longue durée.

Par Nicolas Perrin.

Il n’aura donc pas fallu attendre le 3 mai pour que le débat s’amorce entre les deux candidats qualifiés pour le second tour des élections présidentielles. La « journée Whirlpool » du 26 avril aura été l’occasion pour Emmanuel Macron et pour Marine Le Pen de largement opposer leurs points de vue respectifs sur la question du devenir de l’usine d’Amiens.

Mais au fond, les visions des deux candidats sur le plan du rôle de l’État vis-à-vis de l’entreprise et de ses salariés sont-elles si fondamentalement éloignées qu’il y paraît ?

Un grand classique : des politiciens clientélistes qui surfent sur la vague de drames humains

Une entreprise qui ferme, c’est toujours un drame pour ses salariés. Il faut faire preuve d’un mépris indécrottable pour affirmer que le sort des ouvriers de Whirlpool relève de « l’anecdote », comme l’a fait Jacques Attali sur LCI. Attali aura donc craqué avant Jean-Marie, l’autre vieux briscard de la politique que les médias se complaisent à inviter en espérant la « bourde », voire le « dérapage ».

Un licenciement est à l’échelle humaine – comme aurait dû le préciser Attali – toujours un drame. La classe politique dans son ensemble l’a bien compris, d’où une escalade clientéliste en matière d’offre de « protections » tous azimuts.

Dans sa forme la plus radicale, cette surenchère prend la forme d’un « patriotisme économique » qui peut se décliner sous des variantes multiples : pressions sur les entreprises qui délocalisent leur production à l’étranger, soutien à celles qui produisent localement, protectionnisme « intelligent » ou « solidaire » au travers d’un État prétendument « stratège ».

C’est le vocabulaire que l’on retrouve chez Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan, Michèle Alliot-Marie, Arnaud Montebourg ou encore Jean-Luc Mélenchon. Le tout officiellement validé par le Vatican puisque la suppression d’emploi « par manœuvre économique » est devenue au mois de mars 2017 un « péché extrêmement grave ».

La méthode a d’ailleurs fait ses preuves puisque Donald Trump s’est fait élire sur ce type de thématiques. On a donc d’un côté une candidate qui n’est pas à un oxymore près et qui est favorable à un État nourrice :

Qui tient des propos pour le moins tranchés :

Et, de l’autre côté, on a un candidat qui se contente de s’immiscer dans les négociations entre les syndicats :

Le rôle de l’État n’est pas de décider du destin d’une entreprise et de ses salariés

Les défauts de la gestion étatique sont connus depuis l’émergence du développement des entreprises d’État au début du XXe siècle.

Dès les années 1920, l’ingénieur civil des mines Henri Fayol parlait de « l’incapacité industrielle de l’État » dans une étude sur les PTT (Postes, Télégraphes et Téléphones, à l’époque). Depuis, de rapports en rapports, la Cour des Comptes ne cesse d’épingler l’État actionnaire. Dans un article précédent, nous avons montré que les valeurs composant le portefeuille de participations cotées de l’État avaient enregistré des performances lamentables sur 2016 alors que le CAC 40 avait fait plus de 6%.

Dans une très large majorité de domaines, l’État ne peut pas être efficient. Ce n’est d’ailleurs pas ce qu’il faut lui demander, comme l’explique Cécile Philippe de l’Institut Molinari :

Son efficacité devrait se mesurer selon d’autres critères, comme sa capacité à générer ce qu’on appelle des ‘externalités positives’. Un bon État est, par exemple, à même d’assurer la sécurité des citoyens sur son territoire ou de créer un environnement juridique stable permettant le développement des individus et des entreprises.

L’interventionnisme nourrit le chômage de longue durée

Plutôt que de décider du destin des entreprises ou de s’immiscer dans les relations entre la direction et les salariés au prétexte de les protéger, l’État devrait les laisser libres de prendre leurs propres décisions.

Le rôle de l’État est de s’attacher à créer les conditions juridiques pour que les salariés puissent facilement retrouver un travail après un licenciement. Cela passe notamment par une simplification du droit du travail et par une diminution des charges et autres cotisations sociales. Le licenciement n’a pas vocation à être un drame humain et les chômeurs n’ont pas vocation à rester en moyenne inscrits près de 13 mois consécutifs à Pôle emploi, comme c’était le cas fin 2016.

Qu’il prétende faire le tri entre les entreprises qui doivent mourir et celles qui doivent survivre en les nationalisant, ou qu’il vienne s’introduire dans les relations entre ce qu’il est convenu d’appeler les « partenaires sociaux », l’État selon Marine Le Pen et Emmanuel Macron procède d’une même vision interventionniste. La position de l’ancien ministre est certes beaucoup moins dirigiste que celle de la candidate du Front National, mais sa posture reste étatiste.

Si le prochain président souhaite protéger des activités économiques destinées à disparaître, comme ce fut le cas en leur temps des métiers de porteur d’eau et de fabricant de chandelles, alors qu’il recoure au dirigisme et à la contrainte. S’il souhaite au contraire que la France concentre des activités économiques de pointe, alors qu’il essaye la liberté.

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