Quelle place pour le numérique dans le travail ?

Les impacts de la révolution numérique sur le travail sont nombreux. Si le numérique constitue un atout pour les salariés, il ne constitue pas pour autant une réponse à tous les problèmes. Face aux changements, certains conservatismes demeurent.

Par Fabien Duval.

Aujourd’hui, une majorité de secteurs économiques – représentant environ 60% du PIB – est en cours de transformation (commerce, industrie, administration, enseignement…) du fait de cette révolution numérique. Et le développement des nouveaux outils (ordinateurs portables, smartphones, tablettes, etc.) impacte la vie des employés.

Ce qu’en pensent les salariés

Une étude TNS Sofres, réalisée pour SSII Sopra Group (entreprise de conseil, de services technologies et d’édition de logiciels) s’est penchée sur la perception de ces changements par les premiers intéressés : les salariés.

Pour 69 % des personnes interrogées, parmi les salariés d’entreprise et d’administrations de 50 personnes et plus, le numérique a eu « un impact positif sur le fonctionnement de leur entreprise ». 64% constataient des bénéfices dans l’organisation du travail, 56 % jugeant même que le numérique a un effet positif sur leur bien-être au travail.

Selon ces salariés, le numérique fluidifie également la circulation de l’information ; il permet notamment de communiquer plus facilement avec les clients (72 %) et les collègues (65 %). Aussi, 69 % des salariés estiment également que le numérique « a de bonnes répercussions sur l’efficacité au travail. »

L’essor du numérique : une chance ?

Pour Pierre de Lapeyrière, associé de BC Consulting et expert en système d’information, cette vision bienveillante du numérique est plutôt récente : « Depuis peu, les salariés n’appréhendent plus le numérique comme un biais de flicage, mais comme une voie d’émancipation et de savoir. Ils savent désormais l’exploiter pour accéder à une information plus large. » Ce changement de perception accompagne un rôle croissant du numérique dans l’éducation.

Aussi, un apprentissage des nouvelles technologies apparait de plus en plus comme une nécessité pour réussir dans une société irriguée par le numérique. À cette fin, le plan numérique pour l’éducation, annoncé en mai 2015 par le gouvernement français, a prévu un milliard d’euros investis sur trois ans afin de former des enseignants, développer des ressources pédagogiques et financer des ordinateurs ou des tablettes pour les écoliers.

Le numérique à l’école

Depuis la rentrée 2016, 1 256 écoles et 1 510 collèges ont été équipés en tablettes. Cela participe à une expérience visant à tracer les contours d’une stratégie pour faire entrer l’école dans l’ère du numérique.

Cette tendance n’enchante pas tout le monde. Pour Karine Mauvilly et Philippe Bihouix, auteurs du Désastre de l’école numérique, l’adoption du numérique s’accompagne de risques à prendre en compte.

Karine Mauvilly met en garde : « Un apprentissage actif est un apprentissage lié à la production d’un écrit (…) Ce n’est pas en cliquant qu’un élève est actif, c’est en produisant un contenu ». Pour Philippe Bihouix, « On rajoute du poison numérique dans la vie quotidienne de nos enfants. Il n’est pas dit qu’en regardant une vidéo qui apprend à faire des multiplications, un élève est vraiment plus attentif et comprend mieux. »

Faut-il changer de modèle ?

Un autre secteur économique est directement impacté par la révolution du numérique : les auto-écoles. En effet, la future inscription en ligne au permis de conduire – dans le cadre du plan « Préfecture nouvelle génération » – va favoriser le développement des sites de formation en ligne.

Une perspective que les auto-écoles traditionnelles voient d’un très mauvais œil. Patrice Bessone, président du CNPA-Éducation routière dénonce une « ubérisation de l’éducation et de la sécurité routière ».

La profession des auto-écoles traditionnelles annonce déjà un nivellement par le bas de la formation des conducteurs, faute, selon eux, d’un suivi personnalisé de la formation.

Contre l’immobilisme

Une attitude digne des « ayatollahs de l’immobilisme » selon David Barroux, rédacteur en chef des Échos. « La fronde des auto-écoles nous rappelle à quel point la France est devenue un pays à la triste mentalité de rentiers refusant toute remise en question de leurs avantages acquis » alors que « notre priorité devrait être, au nom de l’innovation et de l’expérimentation, d’autoriser tout ce qui n’est pas interdit ».

Certains se sont déjà engouffrés dans la brèche du numérique, à l’image d’auto-école.net et d’Ornikar. Cette dernière, qui revendique plus de 43 000 inscrits, propose, comme l’explique le journal La Croix, un forfait incluant le Code de la route et 20 heures de conduite.

De son côté, auto-école.net qui, fort de son succès, vient d’ouvrir sa 16e agence à Bordeaux mi-avril, a fait du numérique un de ses atouts. Comme l’explique Florence Monnier, responsable pédagogique au sein de la société cofondée par Stanislas Llurens, « la profession a besoin de se moderniser pour répondre aux besoins de mobilité, d’accompagnement, et de flexibilité des élèves ».

Malgré ses atouts, le numérique n’est pas la panacée. Le directeur général de TNS Sofres, Édouard Lecerf explique que les « résultats si positifs [de l’étude TNS Sofres] sont à pondérer (…). » Et de rappeler que « 31 % des sondés estiment qu’il faudrait changer la façon de travailler afin de tirer un meilleur parti des outils. » Le débat est ouvert.