Ornikar : contre le monopole des auto-écoles

voiture credits billy wilson (licence creative commons)

« Nous voulons permettre à n’importe qui d’obtenir son permis de conduire plus facilement, pour moins cher et avec le sourire » Alexandre Chartier

Ornikar est une jeune start-up qui ambitionne de révolutionner le permis de conduire en profitant de l’affaissement du monopole des auto-écoles. Contrepoints vous propose un entretien avec l’un de ses fondateurs, Alexandre Chartier. Propos recueillis par Ferghane Azihari.

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Bonjour Alexandre Chartier, voulez-vous bien vous présenter et décrire les activités de votre start-up s’il vous plaît ? Comment cette idée vous est venue à l’esprit ?

Alexandre Chartier : bonjour, je suis Alexandre Chartier, un des deux cofondateurs d’Ornikar. Notre volonté est d’essayer d’arranger les choses sur l’examen le plus passé en France : le permis de conduire. Il y a 1 300 000 candidats chaque année. C’est trop long, c’est trop compliqué, c’est trop cher et personne n’y trouve vraiment son compte. Nous avons donc essayé de repenser le système que l’on connaît en y ajoutant du numérique ; et nous sommes parvenus à plusieurs résultats pour le code de la route en le proposant entièrement en ligne. Jusque-là rien de révolutionnaire. La partie la plus intéressante, c’est notre réseau de 700 enseignants présents partout en France et qu’on pourra mettre en relation directement avec nos candidats sur internet plus facilement, pour un prix beaucoup plus intéressant. Nous souhaitons permettre à n’importe qui d’obtenir son permis de conduire plus facilement, pour moins cher et avec le sourire. Voilà ce qu’on essaye de faire chez Ornikar.

La loi Macron avait officiellement l’ambition de s’attaquer à de multiples privilèges sur lesquels sont assises de nombreuses corporations dont celle des auto-écoles. Jugez-vous son contenu suffisant au regard de vos objectifs ?

Nous sommes plutôt satisfaits par tout ce qui se passe du côté de la loi Macron. C’est assez courageux pour un jeune ministre de s’attaquer à tant de problèmes. Il essaye d’arranger les choses sur notre profession – j’y reviendrai – mais également dans plein d’autres domaines. Donc bravo à ce ministère et à ce ministre en particulier. Pour ce qui nous concerne, différentes choses vont dans notre sens, notamment des petits points pas clairs relatifs, par exemple à la possibilité pour un candidat de signer en ligne son contrat de formation. C’est un amendement qui est passé lors de l’examen de la loi Macron. Il y a cette question de faire participer Ornikar à des comités qui ont lieu avec différents acteurs, les auto-écoles, les syndicats de patrons d’auto-écoles, le ministère de l’Intérieur pour des réformes. Les acteurs en ligne vont en faire partie. Ce sont de belles avancées. Il y a également la reconnaissance de l’égalité entre le candidat libre et le candidat classique concernant le traitement et les délais. Cela va donc dans le bon sens.

En mars, une monitrice qui s’appelle Farida Rezaiguia publiait une tribune dans Le Nouvel Observateur pour se désolidariser des mouvements de protestation en précisant qu’ils concernaient beaucoup plus les patrons que les salariés. Elle faisait remarquer que l’affaissement du monopole des établissements commerciaux allait donner plus d’autonomie aux moniteurs aujourd’hui salariés. Diriez-vous que votre entreprise rend le salariat obsolète sur le marché de l’apprentissage de la conduite ou bien y a t-il encore un avantage à préférer le statut de salarié à celui d’auto-entrepreneur par exemple ?

rené le honzec permis pour tous
rené le honzec permis pour tous

Effectivement ce n’est pas évident de comprendre ce milieu et c’est le point central de notre mission. Aujourd’hui en France dans le système qu’on connaît, il y a trois parties prenantes : les enseignants diplômés avec les voitures à double-commande, donc ceux qui apprennent à conduire. Il y a ensuite les candidats qui veulent passer le permis de conduire et enfin les gérants d’auto-écoles. Les seuls représentés via les syndicats et autres associations sont les gérants qui forcément défendent leurs intérêts et c’est normal. Ce sont des intérêts commerciaux relatifs au fonctionnement de leurs auto-écoles qui sont les seules à avoir le droit de contracter avec un élève. Un enseignant diplômé n’a pas le droit de le faire. Notre mission est d’être entre les deux pour permettre de recréer du lien entre les candidats et les enseignants de façon plus directe. Il y aura toujours la distinction entre enseignants indépendants et enseignants salariés. Notre but n’est pas de faire une révolution mais de proposer une alternative. Plusieurs enseignants ont rejoint Ornikar car cela correspond à leur façon de travailler, qu’ils ont envie d’être libres, de gérer leurs heures disponibles comme ils l’entendent, quand et là où ils le souhaitent. Ils veulent plus de flexibilité pour travailler à leur propre compte, c’est à dire en étant entrepreneur dans leur métier. Ils ont réalisé lors de simulations qu’ils gagneraient autant voire mieux leur vie. Tant mieux pour eux. Je pense qu’il y aura toujours de la place pour les auto-écoles et salariés. J’espère qu’on arrivera à trouver des activités à une plus forte valeur ajoutée pour ces derniers.

Donc si j’ai bien compris, vous n’avez plus de soucis juridiques ? Le monopole des auto-écoles est révolu ?

Deux mondes vont coexister. C’est aussi une question de génération. Il y a des écoles traditionnelles et les acteurs en ligne. Nous sommes maintenant plusieurs. Il n’y a plus qu’Ornikar. Il y a également d’autres sociétés qui essayent de faire la même chose. Je pense que ça va nourrir le débat. L’ancienne génération va nous permettre de mieux connaître certains aspects bien particuliers de cette profession notamment sur les enjeux de sécurité routière. Quant à nous, nous allons leur permettre de se moderniser, d’utiliser un peu plus de numérique. C’est donc bien qu’il y ait deux mondes. Ces oppositions et ces débats sont sains. Tout le monde pense avoir raison. L’objectif est de trouver le juste milieu et petit à petit tout va s’équilibrer. La nature est bien faite, les choses s’équilibrent de toute façon.

Avez-vous des ambitions internationales ?

Il y a des choses à faire en Europe mais pour le moment on va se concentrer sur la France. Notre volonté effectivement est d’aller sur l’Europe un moment donné si l’occasion se présente, puisque l’harmonisation européenne se retrouve déjà dans le titre du permis de conduire. Quand on sait que 80% des candidats au permis de conduire ont moins de vingt-cinq ans et peuvent être amenés à partir en Erasmus pour leurs études en Europe, ça aurait du sens qu’ils puissent faire des heures de conduite sur tout le continent s’ils n’ont pas le temps de finaliser leur permis en France. On peut imaginer plein de choses. Donc l’Europe, oui, avec plaisir un jour.

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