6 raisons de rejeter le Front National qui n’ont rien à voir avec le racisme [Replay]

Meeting Front National 1 mai 2012 credits Blandine Le Cain (CC BY 2.0)

La question de savoir si Marine Le Pen est personnellement raciste ne présente aucun intérêt politique. Voici six raisons de fond pour rejeter Marine Le Pen qui ne sont pas «à cause du racisme».

Par Bill Wirtz.

Sur la route des élections présidentielles françaises, la campagne de Marine Le Pen est étrangement similaire à celle de Donald Trump : confrontation avec les médias, nativisme et accusations de xénophobie. Pour éviter de donner le beau rôle au candidat de l’extrême-droite en lui accolant des étiquettes, voici six raisons de fond pour rejeter Marine Le Pen qui ne sont pas «à cause du racisme».

1. Liberté d’expression

Les membres du parti politique de Le Pen, le Front national, parlent beaucoup de la liberté d’expression, mais seulement lorsque celle-ci sert leurs intérêts. Par exemple, en octobre 2015, le parti a fait campagne avec le slogan « Je Suis Marine » après que leur chef a été poursuivie pour avoir comparé les musulmans priant dans les rues parisiennes à l’occupation nazie.

Il s’avère que l’amour du Front national pour la liberté d’expression s’arrête là. Le Pen a récemment appelé le gouvernement à interdire toutes les manifestations contre la brutalité policière. Elle a dit que les manifestants ultra-violents, d’extrême gauche, doivent être arrêtés, afin de rétablir l’ordre public.

Puisqu’il s’avère que certaines manifestations ont effectivement déclenché des violences, on pourrait penser que les préoccupations de Le Pen sont justifiées. Toutefois, rappelons que lorsque les protestations contre la Loi Travail se sont transformées en émeutes en juin dernier et que le gouvernement a décidé d’interdire toutes les nouvelles manifestations, la chef du Front national a tweeté :

L’interdiction des manifestations contre la #LoiTravail est une démission face aux casseurs et une atteinte grave à la démocratie. MLP

2. Liberté de religion

Le Front national fait partie de ces groupes politiques qui interprètent la laïcité non seulement comme étant la neutralité de l’État, mais aussi la neutralité des citoyens, envers la religion. Le parti veut interdire « les signes religieux ostensibles » dans les lieux publics, y compris les hijabs et yamakas. Lors de sa visite en Israël, Marine Le Pen a déclaré que cette interdiction est un sacrifice nécessaire dans l’intérêt de la France.

Il est clair que Le Pen confond la laïcité avec l’éradication de la religion. Des universitaires considèrent que l’interdiction proposée serait de toute manière rejetée par le Conseil constitutionnel, considérant que « l’État ne peut pas prescrire ce que vous pouvez et ne pouvez pas porter ». Pourtant, considérant que l’interdiction française de la burqa, introduite en 2010, a été confirmée par la Cour européenne des Droits de l’Homme en 2014, rien ne semble impossible. Une chose est claire : le Front national n’est pas disposé à défendre vos droits en matière de liberté de culte.

3. Politique commerciale

Dans le programme présidentiel en 144 points de Le Pen, cette dernière appelle à la défense des emplois français via un protectionnisme intelligent. Que le protectionnisme de Le Pen soit « intelligent » et « ciblé » ou non, – cette idée fait partie de la rhétorique de la droite française depuis quelques années déjà – il reste qu’il n’y a toujours aucune explication de ce en quoi cela consiste pour l’instant.

On peut supposer qu’il s’agira de sortir du marché unique de l’UE et d’imposer des droits de douane à l’importation, mais la question de savoir comment Le Pen réagira lorsque les autres pays feront de même et comment elle fera face aux inévitables hausses des prix à la consommation reste un mystère. Les potentiels soutiens de Le Pen doivent reconnaître ce que le protectionnisme implique réellement : moins de choix, des prix plus élevés, moins d’emplois et l’empoisonnement des relations diplomatiques avec les partenaires commerciaux.

4. Immigration

Même si on considère l’immigration d’un point de vue autre que moral, c’est-à-dire d’offrir l’opportunité à ceux qui le veulent d’améliorer leurs conditions de vie et celles de leurs familles, il existe de nombreuses raisons économiques pour soutenir l’immigration, à la fois depuis et vers la France.

Dans une étude de 2015 publiée par l’Université Panthéon-Sorbonne de Paris, intitulée « Politique d’immigration et performance macroéconomique en France », les chercheurs affirment que l’immigration a un impact « significativement positif » sur la croissance du PIB et, dans certains cas, sur le marché du travail dans son ensemble.

Avoir des habitants de diverses origines est un facteur positif pour la croissance d’un pays. De plus, l’attitude des immigrants réagit de manière significative à la performance macroéconomique : tous les immigrants réagissent positivement à l’augmentation du PIB par habitant, et les immigrants en quête de travail réagissent négativement au taux de chômage.

En attendant, Le Pen a promis de réprimer l’immigration.

5. La guerre contre les drogues

À propos du cannabis, Marine Le Pen suit une politique de « tolérance zéro ». Durant sa présidentielle 2012, elle avait déclaré qu’elle ne soutiendrait jamais la dépénalisation des drogues et que la France perdait la guerre contre la drogue « parce qu’on ne la mène pas ». En 2016, le ton de Le Pen n’a pas changé :

Cette idée (la dépénalisation) est profondément dangereuse. Là où cela a été fait, cela a été dramatique, cela a été l’explosion de la drogue avec des problèmes de santé publique considérables.

L’agence française de santé publique rapporte que 700 000 Français consomment quotidiennement du cannabis tandis que 1,4 million de citoyens fument au moins dix fois par mois. La République française est l’un des pays européens les plus stricts en matière d’interdiction des drogues, avec des pénalités de 3 750 € et jusqu’à un an d’emprisonnement pour simple possession.

Les responsables parisiens devraient envisager une politique similaire à celle du Portugal, où la dépénalisation de toutes les drogues est en vigueur depuis 2001.

6. Pas de réformes

Plus généralement, Marine Le Pen n’est en rien différente du système étatiste qui a mis la France à genoux au cours des dernières décennies : elle en fait partie. Le Front national ne prévoit pas de réformer les privilèges ou l’envergure du secteur public. Au contraire, le parti suggère de ramener l’âge de la retraite à 60 ans, d’obliger les banques à prêter de l’argent aux petites et moyennes entreprises françaises et à augmenter à la fois les effectifs et les salaires du secteur public.

Les nationalistes français ignorent les réformes économiques et institutionnelles nécessaires à la croissance économique et à la prospérité qui permettraient de favoriser la cohésion sociale. Leur conservatisme social et des politiques économiques de gauche seraient désastreuses pour la France ; si désastreuse que la question de savoir si Marine Le Pen est personnellement raciste ne présente aucun intérêt politique.

Cet article a été publié une première fois le 4 mars 2017.

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