François Fillon est-il ultralibéral ? (en quelques tweets)

Il n’y a toujours pas de candidat libéral aux présidentielles, mais avec Emmanuel Macron à gauche et François Fillon à droite, l’élection présidentielle de 2017 est moins glauque pour les libéraux que celle de 2012.

Par Daniel Tourre.

dessin-contrepoints853Depuis que François Fillon est en mesure de devenir le candidat de droite, un tir de barrage s’est mis en place venant du FN ou de la droite social-démocrate, en le marquant du sceau de l’infamie dans notre pays : l’ultralibéralisme.

La réalité est que, même s’il est un second choix acceptable pour des libéraux de droite orphelins à la présidentielle, François Fillon n’est ni ultralibéral, ni même libéral. Son programme contient quelques réformes incontestables vers une société plus libre, mais aussi un certain nombre de mesures très timides, voire néfastes dans leur philosophie.

Une petite musique nouvelle

François Fillon avait attiré l’attention des libéraux par une petite musique nouvelle à droite autour de la liberté.

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Il ne s’agit pas d’un tweet isolé : depuis un an maintenant, le terme liberté revient très régulièrement dans les discours et les interventions de François Fillon. C’est une rupture, en tout cas dans le discours, avec une droite française qui avait complètement tourné le dos à cette valeur depuis un certain nombre d’années.

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François Fillon a aussi attiré l’attention des libéraux par sa défense assez courageuse en France du bilan de Margaret Thatcher.

Malheureusement la comparaison s’arrête là. Margaret Thatcher avait une vraie culture libérale, de Friedman à Hayek, que l’on retrouve dans chacun de ses discours. Thatcher bénéficiait aussi d’un conservatisme britannique, qui sans se confondre avec le libéralisme classique, du moins n’est pas un étatisme. Le conservateur britannique se méfie d’un État envahissant brisant les traditions, les solidarités et les cultures familiales, locales au profit de projets constructivistes de bureaucrates lointains. Les nouveaux mentors d’une partie de la droite française (Zemmour, Polony) sont des réactionnaires jacobins, dont la principale préoccupation est l’État, permettant de forger leur société et d’échapper à la vulgarité d’une société marchande consumériste, seule conséquence notable, à leurs yeux, de la liberté individuelle.

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pragmatique

François Fillon lui récuse, ainsi à juste titre, l’étiquette libérale.

Il ne rompt d’ailleurs pas avec la tradition de la droite française, héritée du Gaullisme, récusant toute doctrine au profit du pragmatisme. Le souci est qu’être pragmatique est une excellente chose, encore faut-il savoir au profit de quels objectifs. Si vous n’avez pas votre propre doctrine, vous êtes condamnés à utiliser celle des autres, ce qui explique que la droite française ait été à la remorque de la gauche socialiste depuis des décennies.

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Le souci finalement est qu’une partie du programme de Fillon ne rend pas tellement le contrôle des Français sur leur retraite, leurs soins, leur instruction, leur assurance chômage, mais se contente de gérer à leur place, mais avec plus de sérieux qu’une gauche yoloyolo, une large partie de leur vie. Il ne s’agit pas de mettre en place un système plus libre, mais surtout de travailler plus pour l’alimenter et pallier ses inefficiences structurelles liées à son étatisation avancée.

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Il y a des avancées indiscutables dans le programme de François Fillon, mais une trop large partie des mesures est soit trop timide, soit carrément dirigiste. Il ignore aussi de larges pans du libéralisme. Des propositions sur la guerre contre la drogue, sur les banques centrales, sur les subventions omniprésentes sont absentes, tout comme une défense affirmée des libertés civiles face la surveillance de masse.

Un second choix acceptable

Au final, il reste malgré tout un second choix acceptable pour les libéraux de droite souhaitant voter.

D’abord parce qu’il n’existe pas, à l’heure actuelle, de meilleure alternative, compte tenu de l’état de l’opinion. Pour être élu, et sans doute par conviction, François Fillon se positionne assez précisément au barycentre des droites françaises, et ce barycentre ne peut pas être libéral, puisque de nombreuses droites ne sont pas libérales. En attendant un grand soir libéral hypothétique, beaucoup de libéraux de droite feront le choix d’un pays, pour eux-mêmes et pour leurs enfants, qui ne sombre pas complètement. Reste aux libéraux de conviction à travailler l’opinion publique pour que ce barycentre se rapproche du libéralisme.

Ensuite, parce qu’à force de prononcer le terme liberté, on peut toujours espérer que François Fillon acquière de vrais réflexes libéraux ; à savoir que face à un problème, il favorise la liberté individuelle plutôt que des taxes ou des réglementations.

Enfin parce qu’en assumant une vraie rupture, dans le discours en tout cas avec le chiraquisme/sarkozysme, il ouvre des perspectives de recomposition doctrinale de la droite, mais aussi de la gauche forcée de s’adapter à un candidat de droite assumant son positionnement. Cette recomposition peut permettre ensuite à un discours plus libéral à droite comme à gauche d’émerger.

Il n’y a toujours pas de candidat libéral aux présidentielles, ne serait-ce que pour une candidature de témoignage, mais avec Emmanuel Macron à gauche et François Fillon à droite, l’élection présidentielle de 2017 est moins glauque pour les libéraux que celle de 2012.

Faute de grives, on mange des merles.

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