Plaidoyer raisonné pour Pôle Emploi

Entrée d'une agence de l'ORBEM, le Pole-Emploi belge

Pôle emploi est l’objet de nombreuses critiques. Mais quel chef d’entreprise, aussi performant soit-il, réussirait la mission impossible d’écouler son stock en l’absence d’une demande suffisante ?

Par Gilles Rigourex.
Un article d’Emploi 2017

Fin décembre 2016, selon les chiffres publiés par Pôle emploi, il y avait 5.846.527 demandeurs d’emplois de catégories A, B et C (ceux qui sont tenus de chercher un emploi) en France. Ce chiffre monte à 6.653.791 si l’on prend en compte toutes les catégories, y compris les personnes dispensées de faire des recherches (personnes en formation, personnes en contrats aidés, etc.).

Face à ce « stock » (ce n’est nullement péjoratif, c’est pour faire mieux comprendre) à écouler, Pôle emploi avait en tout et pour tout 606.800 offres d’emplois, soit de quoi satisfaire au mieux 10,3% des demandeurs ayant l’obligation de chercher un emploi, et 9,1% du total des demandeurs.

Mission impossible

En admettant qu’il réussisse à faire parfaitement coïncider les demandes et les offres, donc qu’il ait une efficacité de 100% en plaçant tous les demandeurs, ce qui est illusoire, il aurait encore plus de 5 millions de demandeurs non satisfaits, c’est-à-dire de chômeurs.

Donc, mission impossible.

Une analyse par région est encore plus criante, et explique en partie les évènements actuels en Guyane. En ne prenant en compte que les catégories A+B+C, les chiffres sont les suivants :

Métropole Outre-mer
Demandeurs d’emplois 5.546.692 299.835
Offres d’emplois 601.100 5.700
% offre / demande 10,8% 1,9%

Par métier, le pourcentage des offres d’emplois par rapport aux demandes varie de 1,2% dans le « spectacle » (vive les intermittents en grand nombre pour peu de jobs) à 28,3% dans la « banque, assurance, immobilier » (vive la finance et l’immobilier qui sont les secteurs les plus « honnis » mais néanmoins les plus performants en matière d’embauches).

Toujours le même discours

Depuis des décennies, sous tous les gouvernements et dans tous les partis politiques, le discours est toujours le même : il vaut mieux former les personnes et surtout les jeunes, il faut réformer l’université et les grandes écoles, il faut recycler les personnes qui perdent leur emploi, il faut favoriser l’apprentissage et la formation professionnelle, il faut contrôler l’immigration, etc.

Il faut, il faut, il faut… Tout cela ne vise en réalité qu’à adapter la demande d’emploi à une offre inexistante. C’est typiquement la culture « publique » où l’on pense « moyens et dépenses » avant « objectifs et production ».

Un exemple de ce discours déconnecté des réalités : il faut pousser les formations dans les métiers des services à la personne. Il existe un gisement considérable qui ne fera que croître avec le vieillissement de la population.

Créer des emplois d’abord

Ce n’est pas faux. Mais le constat immédiat est qu’il n’y a que 81.000 offres d’emplois dans ces métiers pour 1,2 million de demandeurs, soit de quoi satisfaire à peine 7% des demandeurs.

Ainsi, on dépense depuis des années des milliards en pure perte, voire pour financer la formation de personnes qui, ne trouvant pas de boulot en France, partent à l’étranger.

Car le vrai problème est qu’il n’y a pas assez de boulot en France !

Pôle emploi pourra être réformé ou doté de plus de moyens. Pôle emploi pourra passer des accords avec des sociétés privées pour sous-traiter certaines missions. Ni l’un ni les autres ne pourront réussir car ils ne pourront pas fournir aux demandeurs d’emplois des jobs qui n’existent pas.

Mettre le paquet sur les entreprises

On pourra réformer l’école et l’apprentissage (c’est indispensable), recycler les chômeurs, faire une immigration choisie, l’énorme risque, déjà perceptible, est de susciter des espoirs impossibles à combler, et de faire encore davantage de mécontents et de banlieues explosives.

Et ce n’est pas en embauchant toujours plus de fonctionnaires ou en augmentant le nombre des contrats aidés temporaires, à de pures fins électorales populistes et démagogiques, que l’on commencera à soigner le mal endémique, la gangrène qui ronge l’économie française, le manque d’emplois marchands !

Pour résorber le chômage et donner du pouvoir d’achat, il n’y a pas d’autre alternative que de mettre le paquet sur les entreprises, et surtout sur les nouvelles entreprises, sans céder à la démagogie ambiante : faciliter et encourager l’investissement via notamment les business angels1, simplifier non seulement la règlementation du travail mais aussi sa pratique quotidienne dans les entreprises, redorer l’image des métiers techniques, etc.

L’entreprise a bonne presse dans le public, presque autant que les hôpitaux et l’armée, et bien davantage que les partis politiques et les médias.

Alors qu’attendent les politiques pour redorer leur blason et tenter de monter dans les sondages, en affirmant haut et fort que le cœur de leur politique est l’entreprise, source d’emploi et de pouvoir d’achat !

  1.  Investisseurs personnes physiques qui investissent directement dans les jeunes pousses en apportant non seulement leur capital mais également leurs compétences et leur réseau.