Être libéral, cela veut dire…

Mur de Berlin By: Metro Centric - CC BY 2.0

Que répondre à ceux qui ne comprennent pas toujours le libéralisme ? La réponse est ici.

Par Nathalie MP.

Je me suis demandé ce que je dirais si on me demandait ce que signifiait pour moi « être libéral ». Je vais commencer avec un exemple qui va sans doute surprendre car il ne concerne pas du tout l’économie.

Deux exemples de constructivisme

Vous trouvez – hypothèse – que le don d’organes est une idée géniale qui permet de sauver des vies. C’est parfait, moi aussi je trouve que c’est génial. L’affaire commence cependant à déraper car vous êtes tellement emballé par cette idée que vous trouvez même qu’il faudrait que tout le monde fasse comme vous. En fait, idéalement, il faudrait obliger tout le monde à donner ses organes, parce que « c’est bien ».

Or il existe des personnes moins enthousiastes, voire carrément hostiles, sur ce sujet. Parmi ces dernières, certaines aimeraient que le don d’organes soit purement et simplement interdit, parce que « c’est mal ».

Vouloir imposer le don d’organes à tout le monde selon votre propre sens du bien et du mal fait de vous un constructiviste progressiste. Ceux qui à l’inverse souhaitent l’interdire sont des constructivistes conservateurs. L’attitude du libéral consistera à dire que la décision doit revenir à chaque personne prise individuellement, pas à quelques « élus » qui s’imaginent savoir pour les autres ce qu’il convient de faire.

Il est possible qu’au fil du temps l’idée des bienfaits du don d’organes gagne de plus en plus de personnes et s’impose naturellement dans l’ensemble de la société, mais ce sera par évolution des décisions individuelles, certainement pas par détermination arbitraire d’un « intérêt général » applicable de force à tous les membres de la société.

Le libéralisme est fondé sur la liberté individuelle

La première chose à retenir de cet exemple, c’est que le libéralisme est fondé sur la liberté individuelle. La seconde, c’est qu’un régime politique qui se limiterait à baisser les impôts, et plus largement à organiser un environnement agréable aux entreprises tout en maintenant un contexte coercitif et un ordre moral – progressiste ou conservateur – partout ailleurs, ne serait pas un régime libéral.

Il se trouve que l’État est l’entité typique qui pense savoir mieux que vous ce qui vous convient. Ses représentants ne sont pourtant jamais que des humains comme vous et moi. Il n’empêche, ayant déterminé que telle action est « géniale », ils n’auront de cesse de vouloir l’imposer à tous en maquillant leur autoritarisme sous la défroque de l’État stratège et sous le faux activisme de politiques dites « volontaristes » et réalisées au nom de l’intérêt général.

Dans les faits, l’État stratège rime toujours et partout avec copinage, connivence, mauvaise gestion et festival de déficits. La preuve par Areva, la SNCF, la région Poitou-Charente et la Sécurité sociale. Les politiques « volontaristes » ne font que refléter la faible adhésion qu’elles suscitent dans la société, au point qu’il faut les imposer pour tenter de les faire vivre.

Quant à l’intérêt général, c’est un concept prétentieux visant à noyer les lubies de quelques-uns dans une attente prétendument partagée par tous les citoyens sans exception.

Le libéralisme valide uniquement ce qui marche

Sur le plan économique, ainsi que j’ai eu l’occasion de l’écrire à plusieurs reprises, le libéralisme n’a rien d’une construction idéologique prédéterminée. Il s’est développé peu à peu à force d’observations sur ce qui marche et ce qui ne marche pas.

Très vite il est apparu que le protectionnisme et toutes les limites imposées au jeu de la concurrence ne marchent pas ; qu’il ne sert à rien de vouloir maintenir à tout prix des activités durablement non rentables ; que les exigences réglementaires de l’État freinent les échanges et la créativité ; que le poids toujours croissant de l’impôt pour satisfaire des rentes ou des trains de vie dispendieux pèse sur le développement économique harmonieux de toutes les classes de la société.

Le libéralisme veut limiter le pouvoir de l’État

De façon générale, le libéralisme s’oppose à tout pouvoir arbitrairement imposé d’en haut. Il est au contraire question de limiter le pouvoir de l’État pour laisser chaque individu choisir lui-même son mode de vie, au plan personnel comme au plan économique.

Loin de s’imaginer que « tout est permis », le libéralisme considère que l’individu est un être responsable qui respecte l’intégrité des personnes qui ne sont pas lui, et celle des biens qui ne sont pas siens. La liberté est totale dans la limite du respect des droits naturels que sont la liberté, la sécurité et la propriété. L’État est là pour faire appliquer ces principes et veiller au respect du droit et des contrats entre les hommes.

Mais l’État n’est pas là pour nous dicter notre conduite de tous les jours. Il est assez curieux de penser que nous sommes encore jugés capables d’acheter une voiture, des vêtements ou de la nourriture – encore que nous ne manquions pas de conseils et d’injonctions en tout genre sur ces sujets, mais que nous serions incapables de choisir une assurance maladie ou une école pour nos enfants en dehors de ce que l’État veut bien nous consentir en ces domaines où il ne brille guère.

Redonner à l’individu le pouvoir de décider pour lui-même

L’idée fondamentale du libéralisme, c’est de redonner de l’autonomie et du pouvoir de décision aux individus sur la base de deux constatations : celui qui sait le mieux ce qui lui convient, c’est l’individu ; celui qui agit le plus efficacement, c’est celui qui a un intérêt direct dans l’affaire pour laquelle il agit.

Cette ambition n’est ni « meurtrière », ni « démesurée » car elle se déploie dans le cadre du respect des droits naturels que sont la liberté, la sécurité et la propriété. L’unique limite qui fasse justice à tous les hommes passe par le respect des biens et des personnes, l’unique rôle de l’État qui ne constitue pas un abus de pouvoir consiste à la faire respecter.

Plutôt que de nous résigner à être les robots dociles des lubies autoritaires de quelques-uns, qu’ils soient progressistes ou conservateurs, ne serait-il pas enthousiasmant de contribuer à l’évolution positive du monde en cultivant nos talents personnels, en usant de créativité et en faisant montre de curiosité dans tous les domaines possibles, dans la limite essentielle du respect des personnes et de leurs propriétés ?

* Remarquons que depuis le 1er janvier 2017, la norme qui s’applique en France en ce domaine est l’acceptation par défaut, ce qui revient à avancer sur le chemin de l’obligation sans consentement explicite du défunt.

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