La Russie, bouc émissaire parfait pour la défaite de Hillary Clinton

Le FBI met le président Trump sur la défensive en révélant que son équipe de campagne fait l’objet d’une enquête sur ses liens avec la Russie. Mais la découverte d’informations permettant de conclure à une connivence électorale est très improbable.

Par Daniel Girard, depuis les États-Unis.

Il n’y a rien comme l’odeur du sang pour attirer les requins. Et les requins ont faim dans le camp des Démocrates, férocement sur leur appétit depuis la défaite de Hillary Clinton à la présidentielle. La défaite fut d’autant plus cruelle que la campagne électorale du candidat républicain témoignait de sa grande inexpérience politique face à une rivale aguerrie.

Le refus obstiné de la défaite…

Mais Hillary Clinton a-t-elle vraiment perdu ? Ne suffirait-il pas d’établir que l’ex-secrétaire d’État a subi la défaite parce que les règles du jeu ont été brisées pour annuler la nécessité de faire un pénible travail d’introspection ?


Ce mince filon, c’est dans les relations encore nébuleuses entre l’équipe de Donald Trump et les Russes qu’on le retrouve. Et ces soupçons viennent d’acquérir une nouvelle vigueur avec le témoignage du directeur du FBI James Comey devant le Congrès : il a confirmé qu’une enquête avait bel et bien été amorcée dans ce dossier.

L’enquête n’a établi, jusqu’ici, aucune connivence entre les proches de Trump et le gouvernement de Vladimir Poutine mais il ne suffit que de quelques étincelles pour embraser les adversaires de Donald Trump et aussi les médias, qui, eux, ont subi, une blessure d’orgueil dans la déconfiture de la candidate démocrate.

L’exagération russe…

Hillary Clinton aurait-elle mordu la poussière à la présidentielle en raison d’une collusion possible entre la Russie et l’équipe de Donald Trump ? C’est accorder un pouvoir démesuré à l’État russe ; une exagération qui a mené Eugénie Bastié à souligner cette absurdité dans Le Figaro : « Les Russes auraient fait triompher Trump aux États-Unis, chuter Renzi en Italie et hacké le site d’En Marche ! d’Emmanuel Macron. »

Les Russes ont le dos large. Ce ne sont pas les Russes qui ont fait trébucher Hillary Clinton quand elle a été coiffée au fil d’arrivée de l’investiture démocrate en 2008 contre Barack Obama. Elle a perdu à cause de ses carences organisationnelles et parce qu’elle ne parvenait pas à inspirer ses militants.

2016 : Hillary Clinton s’écrase dans le Rust Belt

L’histoire s’est répétée en 2016. Alors que les observateurs prévoyaient déjà le couronnement de la candidate, le sénateur du Vermont Bernie Sanders est sorti de nulle part pour obliger son adversaire à mettre les bouchées doubles, en fin de parcours, pour l’emporter. Lors de la présidentielle de novembre, Hillary Clinton l’a emporté dans la grande majorité des États traditionnellement Démocrates.

Mais elle n’a pas réussi à convaincre les électeurs de l’Ohio et de la Pennsylvanie à voter pour elle. Gagner dans ces deux États du Rust Belt lui aurait permis d’atteindre la barre des 270 votes électoraux pour battre Donald Trump. Une grande partie de ces électeurs, qui se sont sentis négligés par les élites de l’establishment, ont misé sur l’homme d’affaires Donald Trump.

L’équipe de Donald Trump est surveillée par le FBI depuis juillet… mais pas lui ?

Le seul espoir qu’il reste aux Démocrates d’infléchir l’Histoire dans un avenir rapproché repose sur le verdict à venir sur la connivence électorale entre l’équipe Trump et la Russie.

Mais la récolte de scandales s’annonce maigre. Le témoignage au Congrès du directeur du FBI James Comey commençait bien pour les Démocrates : James Comey a dit que, contrairement à ce qu’il soutenait, Donald Trump n’avait fait l’objet d’aucune écoute électronique.

Mais, lors de la même audience, James Comey a précisé que la surveillance de l’équipe Trump avait commencé en juillet. Voilà des informations qui en ont fait sourciller plus d’un…


Il est difficile de croire que si la NSA ou le FBI avaient capté des informations qui mettent en péril la sécurité des États-Unis, ils ne seraient pas intervenus auprès des autorités. Donald Trump n’a jamais fait de mystère de son respect pour Vladimir Poutine. Il voit en lui un leader fort, avec lequel il voudrait collaborer pour lutter contre le terrorisme. Il est plus probable qu’il ait fait des avancées diplomatiques plutôt que des requêtes suicidaires politiquement d’intervention dans l’élection américaine. Donald Trump avait déjà vaincu tous ses adversaires à l’investiture républicaine. Il a affronté Hillary Clinton avec la même confiance et il a triomphé.

Une enquête qui fait mal


Même si elle révèle un pétard mouillé, cette enquête aura un coût pour le président Trump. Même s’il s’est entouré de faucons en politique russe, il lui sera difficile d’amorcer ses relations avec la Russie avec la chaleur qu’il voulait lui insuffler sans paraître manquer de fermeté.

Au plan intérieur, pendant que le FBI poursuit son enquête, l’administration Trump se retrouve avec un immense nuage gris au-dessus d’elle. Et ce au moment où elle a besoin de tous ses votes pour sa réforme de l’assurance-santé et pour la nomination du juge conservateur Neil Gorsuch à la Cour Suprême.