Bernie Sanders, un révolutionnaire dur à freiner

Bernie Sanders, rival d'Hillary Clinton, rattrape en partie son retard pour l'investiture démocrate à la présidentielle américaine.

Par Daniel Girard, depuis les États-Unis.

Bernie Sanders en campagne
Bernie Sanders en campagne (Crédits : David Young, CC-BY-NC-SA 2.0)

Pendant que les projecteurs sont rivés sur la progression surprenante et inattendue de Donald Trump vers l’investiture républicaine, une autre révolution, tout aussi improbable, balaie le Parti démocrate. La candidature de Bernie Sanders avait les allures, au début, d’un saut dans la mêlée pour donner plus de poids aux idées chères à la gauche. Mais, comme Donald Trump chez les républicains, le candidat du Vermont a interpellé un segment de l’électorat qui en a marre de la sclérose politique à Washington, qui a soif de changement et qui a le goût d’appuyer un politicien avec des idées nouvelles.

Les jeunes veulent Bernie

À la surprise générale, Bernie Sanders n’arrête pas d’accumuler les victoires : il a remporté sept des huit dernières primaires ; sa victoire au Wisconsin a été décisive, par 14 points. Le sénateur du Vermont a conquis les jeunes. Huit électeurs sur dix de moins de 30 ans ont voté pour lui. La priorité des partisans de Bernie Sanders ? La lutte contre les inégalités. On a pu voir, au Wisconsin, dans les sondages à la sortie de l’urne, que les démocrates font davantage confiance à Bernie Sanders qu’à Hillary Clinton sur cette question.

Les partisans de Bernie Sanders estiment qu’il est plus honnête et authentique qu’Hillary Clinton qui n’a pas du tout la cote du public lorsqu’il s’agit d’honnêteté, si on en juge par les chiffres d’un sondage de l’Associated Press.

Les partisans de Bernie Sanders estiment qu’ils peuvent lui faire confiance quand il promet de réduire l’influence des banques, de Wall Street, et de s’attaquer au financement des campagnes électorales. Dénonçant les Super-Pacs des donateurs et des lobbies qui financent les candidats, Bernie Sanders finance sa candidature grâce aux petits dons du public. L’argent afflue. Il a levé 44 millions $ en mars, soit plus qu’Hillary Clinton. Le sénateur du Vermont la devance dans la levée de fonds depuis janvier.

Bernie Sanders : c’est l’État qui paie

Le sénateur du Vermont ouvre le carnet de chèques de l’État pour plusieurs de ses promesses : hausse des impôts et des dépenses publiques, système de santé étatisé, études universitaires gratuites, majoration du salaire minimum à 15 dollars… Comme l’exprime dans un Tweet le libertarien Jason Pye, la facture est salée…

Hillary Clinton attaque justement Bernie Sanders sur ses promesses, qu’elle juge irréalistes. Elle souligne qu’il est important d’avoir de l’expérience, à Washington, pour faire avancer les dossiers. Sur cette question, les démocrates donnent raison à l’ex-secrétaire d’État : elle a ce qu’il faut pour poursuivre le travail de Barack Obama. C’est la candidate de la continuité.

Bernie Sanders a voulu combattre l’ex-secrétaire d’État sur ce terrain. Il a qualifié Hillary Clinton d’inexpérimentée. Il a dit qu’elle n’avait pas les qualifications pour être présidente parce qu’elle a appuyé la guerre en Irak et soutenu l’accord de libre-échange avec le Panama. Mais l’attaque n’a pas porté ses fruits et il a vite rebroussé chemin en entrevue à l’émission The View.

Le sénateur du Vermont s’est aussi mis dans l’embarras dans une entrevue au quotidien Daily News de New York dans laquelle il a admis ne pas avoir de plan précis pour limiter l’influence des banques, pourtant l’une de ses principales promesses. Hillary Clinton a vite réagi en soulignant que cela démontrait bien que Bernie Sanders n’avait pas approfondi ses dossiers avant de parler.

Le vote crucial de New York  Malgré ses victoires impressionnantes, Bernie Sanders fait face à un défi arithmétique colossal, compte tenu de l’avance considérable d’Hillary Clinton, avantagée par son bassin de super délégués.

Comme les délégués, chez les démocrates, sont alloués proportionnellement, le sénateur du Vermont devra l’emporter par d’importantes marges dans les gros États pour espérer faire pencher la balance de son côté. New York avec ses 291 délégués (le deuxième État le plus important après la Californie et ses 546 délégués) est justement un gros test pour Bernie Sanders le 19 avril. Il a besoin d’une solide victoire pour maintenir le momentum. Selon un sondage d’Emerson College, Bernie Sanders est derrière Clinton par 18 points, soit 56 contre 38. Il s’agit quand même d’une belle progression pour le sénateur du Vermont, qui, le mois dernier, comptait un retard de 48 points.

Originaire de Brooklyn, Bernie Sanders aurait le vent en poupe en l’emportant contre Hillary Clinton à New York, elle qui a été sénatrice de l’État pendant huit ans. Le sénateur du Vermont pourrait alors envisager avec sérieux la tenue d’une convention ouverte à Philadelphie où il pourrait courtiser les super délégués pour lui ravir la victoire.