Trump récupère la patate chaude de la crise

Le plafond de la dette peut tomber sur la tête de Donald Trump d’un instant à l’autre, déclenchant un krach ou une vague d’inflation.

Par Jim Rickards. 

Depuis Ronald Reagan, toutes les dépenses réalisées par les présidents ont eu des conséquences sur les actes de leurs successeurs.

L’Amérique est en passe de se retrouver sur la paille. Il ne s’agit pas d’une opinion, ni d’une stratégie visant à inspirer la peur : c’est un fait qui s’appuie sur de simples calculs arithmétiques. Il se peut que le président Trump soit contraint d’y faire face dès le 15 mars, date à laquelle prendra fin la dernière (en date) suspension du plafond de la dette américaine.

La dette publique progresse plus vite que l’économie. Si l’on extrapole cette tendance – et c’est exactement ce que font les projections officielles du gouvernement –, on atteint un niveau à partir duquel la hausse des impôts ne couvre plus le coût des intérêts ; les investisseurs ne font plus confiance au marché obligataire ; et la spirale échappe alors à tout contrôle.

La spirale de l’endettement

Les différents moyens permettant de se sortir de la spirale de l’endettement sont les suivants : le défaut de paiement, l’inflation, la vente d’actifs (« Quel prix offrez-vous pour le Parc National de Yellowstone ? »), un sauvetage du FMI, ou un mélange de ces éléments.

Le défaut de paiement inflige des pertes immédiates aux détenteurs d’obligations souveraines. Quant aux détenteurs d’autres obligations, ils subissent des pertes liées à l’évaluation du marché, lorsque que les taux d’intérêt flambent pour tenir compte de l’augmentation des risques. La seule éventualité d’un défaut peut provoquer un effondrement des marchés ou une dégradation de la note de crédit des Etats-Unis, comme cela s’est produit en 2011, lors de la précédente crise du plafond de la dette.

L’inflation étend les pertes à tous les détenteurs de créances (non indexées) libellées en dollars, y compris les dépôts bancaires, les fonds monétaires, les rentes, les polices d’assurance, les retraites et les contrats à long terme.

Eviter la vente d’actifs

Quant aux ventes d’actifs, elles sont humiliantes (demandez donc aux Grecs). De plus, bon nombre d’actifs américains ne valent pas grand-chose aux yeux des investisseurs étrangers, s’ils ne peuvent être déplacés, exploités ou utilisés pour générer des flux de trésorerie et du rendement (« cash-on-cash returns »).

Un sauvetage du FMI impliquerait que les Etats-Unis remettent partiellement le contrôle de leur économie entre les mains d’une institution non élue, mondialiste et ne rendant aucun compte, ce qui entraînerait des conséquences inattendues dont, par exemple, les droits de tirage spéciaux (DTS) qui remplaceraient le dollar en tant que monnaie mondiale de réserve de référence.

Pour comprendra pourquoi ces terribles éventualités pourraient se produire, il suffit d’observer le ratio dette/PIB des Etats-Unis.

Qu’il s’agisse d’un pays ou d’un particulier, c’est la même chose. Le fait de devoir 25 000 $ sur votre MasterCard ne pose pas forcément un problème. Si vous gagnez 20 000 $ par an, les 25 000 $ que vous devez sur votre carte de crédit peuvent vous anéantir, avec leurs intérêts et pénalités associés, et vous mener à la faillite.

En revanche, si vous gagnez 500 000 $ par an, vous pouvez probablement rembourser ce que vous devez sur votre carte de crédit avec ce qu’il y a sur votre compte en banque. Ce que je veux dire, c’est que l’on ne peut déterminer si un endettement de 25 000 $ est élevé ou faible à moins de prendre en compte les revenus utilisés pour le rembourser.

Les Etats-Unis sont-ils réellement si endettés que cela ?

Actuellement, la dette publique des Etats-Unis s’élève à 20 000 Mds$, environ. Est-ce faible ou bien élevé ?

Si le PIB s’élevait à 60 000 Mds$, la plupart des économistes diraient qu’une dette de 20 000 Mds$ est peu élevée et facilement gérable. Le ratio dette/PIB serait de 33% (20/60 = 0,33). A l’inverse, si le PIB n’est que de 19 000 Md$, alors le ratio dette/PIB est de 105% (20/19 = 1,05).

Or dans quel cas de figure se trouvent les Etats-Unis ? Le dernier, malheureusement. La dette américaine s’élève à 20 000 Mds$, environ — alors que le PIB est de 19 000 Mds$ environ, ce qui produit un ratio dette/PIB de 105%, soit un niveau très dangereux.

On le voit plus nettement dans le graphique ci-dessous. Il a été publié en janvier 2017 par le CBO (Congressional Budget Office ), et retrace l’historique du ratio dette/PIB des Etats-Unis, de 1970 à 2017, avec des projections allant jusqu’en 2050.

Ce graphique est utile car il montre que les précédents pics du ratio dette/PIB américain sont associés à des guerres majeures, notamment la Guerre d’Indépendance, la Guerre de Sécession et les Première et Deuxième guerres mondiales. Après chaque guerre, le ratio dette/PIB a baissé considérablement. En gros, les Etats-Unis se sont endettés pour combattre et remporter des guerres majeures, puis ont rétabli une situation financière nationale saine lorsqu’elles se sont achevées.

Pas d’endettement sous Jackson

Il est intéressant de noter que selon ce graphique, la dernière fois que les États-Unis n’ont eu aucune dette remonte à 1836, sous le mandat du président Andrew Jackson. Il est également célèbre pour avoir supprimé la banque centrale de cette époque : la Second Bank of the United States. Jackson ne croyait ni à l’endettement, ni aux banques centrales.

A l’exception de la Guerre de Sécession et de ses conséquences, entre 1836 et 1913 les Etats-Unis ont eu de très faibles ratios dette/PIB, et aucune banque centrale. Après 1913, les Etats-Unis ont à nouveau eu une banque centrale, cette fois nommée la Réserve fédérale. Depuis, les ratios dette/PIB ont considérablement augmenté.

Malgré son utilité, ce graphique du CBO est déformé car il montre ce que l’on appelle la « dette publique fédérale détenue par le public ». Voilà qui exige quelques explications.

La dette fédérale

La dette fédérale détenue par le public ne tient pas compte de la dette fédérale détenue par des institutions gouvernementales (telles que les services de la Sécurité sociale) pour couvrir les versements des différentes prestations de retraite, d’invalidité et de réversion des pensions. Mais il n’existe aucun fondement justifiant que cette part de la dette ne soit pas comptée.

Ces prestations doivent être versées de toute façon (aucun parti politique ne réclame une réforme des prestations sociales pour l’instant), et les titres souverains détenus en dépôt sont là pour en couvrir le paiement. L’idée que les prestations sociales soient éventuellement révisées et que cette part de la dette ne soit pas considérée comme « publique », est une vue de l’esprit.

Le graphique suivant, recouvrant la période de 1940 à 2017, donne une perspective historique plus récente que celle du graphique du CBO. Il propose également une image plus réaliste de la situation réelle de la dette par rapport au PIB. Il comprend toutes les dettes publiques, y compris celles que détiennent les services de l’Etat pour payer les prestations sociales.

Que révèle ce graphique ? Nous avons environ le même pic lié à la Deuxième guerre mondiale (environ 121%), mais le ratio actuel de 105% est bien plus élevé que celui de 75% présenté dans le graphique du CBO.

Une dette qui explose sous Reagan

Ce graphique indique également la hausse régulière du ratio dette/PIB, qui part de plus bas (d’environ 33% enregistrés dans les années 1970, sous les mandats de Nixon, Ford et Carter) pour atteindre le dangereux seuil des 105% en 2017. L’ère moderne de l’explosion de la dette publique a réellement commencé avec Ronald Reagan et se poursuit à l’heure actuelle avec le tout nouveau gouvernement Trump.

Donald Trump qui hérite aujourd’hui de l’aboutissement de près de 40 ans d’irresponsabilité budgétaire (à quelques exceptions près). Donald Trump n’est pas responsable du piège de la dette mais c’est lui qui devra régler ce problème car il a désormais atteint un seuil critique.

Bien qu’on lui accorde peu d’attention pour l’instant, ce mur de la dette pourrait bien être le problème politique essentiel, pour le gouvernement Trump. A mesure que les discussions relatives au plafond de la dette se rapprocheront, les médias en parleront davantage.

Une révolte du marché obligataire, une hyperinflation menaçante ou une implosion déflationniste de la dette sont autant d’éventualités à envisager.

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