Le Front national aux portes du pouvoir

L’avènement d’une présidence FN aura des conséquences dramatiques qu’il nous appartient de faire connaître avant qu’il ne soit trop tard.

Par Claude Robert.

Jamais le FN n’a été si proche d’offrir à la France son futur Président. Dire que cela est quasiment acté n’est même pas exagéré. Ce sera une femme en l’occurrence, mais cela ne rassure pas vraiment quand on considère les risques induits par un tel événement. Le programme économique du FN est en effet constitué de bric et de broc. C’est une espèce de mélange de mesures étatiques d’un autre âge (proches de celles du Front de gauche) et de bidouilles populistes dont la mise en place serait dramatique à la fois pour nous Français et pour l’Europe.

Quitter la communauté ne représente en aucune façon une solution à nos déboires économiques : la monnaie unique n’est en rien la cause de nos échecs, bien au contraire, puisqu’elle a amorti et différé ceux-ci comme pour les Grecs ! Une telle décision nous fera beaucoup de mal sans rien apporter de durablement positif. L’avènement d’une présidence FN aura des conséquences dramatiques qu’il nous appartient de faire connaître avant qu’il ne soit trop tard.

Mais finalement, comment la France en est-elle arrivée là ?

Dans une démocratie soi-disant avancée comme la nôtre, encore comptabilisée parmi les 25 plus riches de la planète (oui, nous avons sacrément reculé en PIB per capita), ce basculement populiste, cet entichement pour un parti économiquement et politiquement irresponsable est la conséquence d’une série de faits générateurs, aux premiers desquels le mandat de Mitterrand, véritable mise en orbite de la fusée à plusieurs étages nommée Front National. Ceci étant dit, cette succession d’événements à l’origine de la flamboyante réussite de ce parti n’a cessé de se renouveler depuis. Parmi les causes les plus évidentes, force est de souligner :

  • une classe politique majoritairement social-démocrate (droite comprise) qui a préféré agiter le chiffon rouge anti-FN plutôt que de nommer puis de traiter les problèmes qui exigeaient une approche pragmatique, libérale, et donc du courage ;
  • les médias qui, au lieu de jouer leur rôle de contre-pouvoir, ont emboîté le pas comme un seul homme à cette classe politique piquée d’idéologie gauchisante et assimilée au « camp du Bien » ;
  • la déculturation des Français en matière d’économie, en particulier d’économie libérale ;
  • le rejet viscéral de notre élite endogame constituée d’énarques et de « hauts » fonctionnaires.

Une classe politique inconséquente

Le fabuleux boom du chômage apparu sous le gouvernement de Mitterrand aurait mérité un traitement radical. Jamais la France n’avait en effet connu pareille flambée après les trente glorieuses et ses taux de croissance à faire rêver les USA. Or, la réponse du gouvernement de l’époque n’a pas été à la hauteur. Certes, celui-ci a opéré un changement de fusil d’épaule après deux années d’errements idéologiques, mais sans jamais nommer les problèmes ni opter pour les réformes libérales déjà nécessaires.

C’est même tout le contraire qui s’est produit, derrière une doxa mensongère dont les trésors d’inventivité n’ont été déployés que pour montrer du doigt le populisme, alors que celui-ci n’était qu’une simple conséquence de la détérioration économique et sociale.

Cette confusion entre les conséquences, c’est-à-dire la basculement d’une frange de plus en plus importante de la population française vers le populisme extrémiste (de gauche comme de droite d’ailleurs), et les causes, à savoir le chômage, la précarité et l’insécurité, cette confusion donc est à l’origine de la diabolisation anti-populiste qui dure maintenant depuis plus de trente ans et qui consiste à accuser les citoyens d’avoir de mauvaises pensées.

Il s’agit bien sûr du degré zéro de l’efficacité politique, car, sauf preuve du contraire, la classe politique est élue pour traiter, voire prévenir les difficultés. Or c’est bien l’inverse qui est advenu : n’a-t-elle pas accusé le peuple de stigmatiser les problèmes dont il souffre ?

Les gouvernements Chirac, Sarkozy (dans une moindre mesure au début tout au moins) puis Hollande n’ont eu de cesse de masquer leur inaction, de nier les problèmes de précarité et d’insécurité, et d’accuser allègrement et quotidiennement le FN. Ce mouvement perdure encore, qui voit le candidat du centre gauche Emmanuel Macron (candidat d’un PS post mortem depuis que les indignés ont annexé celui-ci via Benoît Hamon) se présenter comme le meilleur rempart contre l’élection de Marine Le Pen, tout cela après avoir participé au gouvernement qui a généré plus de 1.100.000 chômeurs, de la dette et de l’exclusion en pleine période de reprise économique européenne et mondiale ! En un mot, le comble de l’immoralité.

Des médias qui ont abandonné leur rôle de contre-pouvoir 

L’entichement des médias français pour la gauche et leur détestation de la droite remonte à loin. Nombreux étaient ceux qui voyaient un dictateur en puissance en la personne du Général de Gaulle lorsqu’il était au pouvoir. Il y a d’ailleurs bien longtemps que l’intelligentsia française est percluse d’idéologie, ce qui fait la particularité de notre pays par rapport à nos voisins comme l’Allemagne (Bad Godesberg date de 1959 !) ou l’Angleterre, beaucoup plus pragmatiques et moins enclins à se perdre dans des théories aussi dogmatiques qu’abstraites.

À partir du règne de Mitterrand,  tout est bien sûr rentré dans l’ordre, et la fonction de la plupart des médias a consisté à épauler la classe politique enfin revenue du côté du Bien, et à lutter contre les pensées nauséabondes des citoyens désespérés par leur quotidien. La fuite dans les idées qui caractérise notre pays s’est allègrement poursuivie dans une négation des difficultés sociales et culturelles, dans le refus de voir la crise économique et sécuritaire, et dans la survalorisation des solutions étatiques.

Les gouvernements successifs ont ainsi pris l’habitude de faire croire qu’ils s’attelaient aux problèmes économiques en utilisant des solutions keynésiennes (emplois aidés, aides aux ménages, recrutements de fonctionnaires) dont ont sait pourtant qu’elles coûtent cher (1 emploi public tue selon les économistes de 2 à 3 emplois privés) et ne traitent en aucune façon les lacunes en matière de compétitivité. L’insuffisance de l’offre de notre économie a été la grande oubliée, avec pour conséquence notamment la chute de moitié de notre part de marché mondiale industrielle (et de -20% sur les services pourtant peu concurrencés).

Parfaitement disciplinés, sous le charme d’une classe politique idéalement exemplaire (puisque social-démocrate), les médias ont martelé ce discours aussi keynésien que laudatif sans jamais le dénoncer (à quelques exception près), en dépit de la dégradation progressive et continue de l’ensemble des indicateurs économiques.

Au lieu de réveiller le peuple et de le maintenir en état de conscience vis-à-vis d’un réel qui se détériorait de façon structurelle, les médias ont abondamment relayé le mouvement de la classe politique qui a consisté à endormir le citoyen et à l’infantiliser comme jamais.

Par son absence de critique, et par sa soumission presque totale, la classe médiatique a fait preuve d’une évidente responsabilité. Rien ne l’obligeait en effet à se rapprocher puis à fusionner avec la classe politique comme elle l’a fait. Le pot aux roses aura été découvert le jour de ce fameux sondage sorti des urnes en 2012, car certains ne le croyaient pas encore : 74% des journalistes ont voté pour François Hollande à la présidentielle (en dépit d’un programme totalement inadapté pourtant).

Ce score de 74% est la preuve irréfutable de ce manque de représentativité et d’indépendance des médias. Ultime avatar, symbole démoralisant de la puissance de ce tropisme gauchisant, même la sélection et les enseignements dans les écoles de journalisme l’ont semble-t-il intégré au point de l’accompagner afin de donner toutes leurs chances aux étudiants futurs journalistes1. Généralement, ce genre de soumission ne se rencontre-t-il pas dans les dictatures ?

La déculturation méthodique des citoyens

Pour ce travail de décérébration, afin de bêtifier sciemment les citoyens en matière d’économie, la classe politique ne pouvait espérer de meilleurs alliés : les médias ainsi que l’Éducation nationale ont en effet travaillé sans relâche à ce projet monstrueux. Il est difficile d’ailleurs de dire, a posteriori, si ce projet était conscient ou non. À l’ampleur de ses conséquences, on serait tenté de le penser.

Mais l’inconséquence journalistique et l’aveuglement idéologique des enseignants (aux premiers desquels ceux qui ont la charge de construire les programmes) sont tels qu’il est permis d’imaginer que tout cela s’est mis en place spontanément, par défaut, faute d’autre chose, par ignorance des dangers potentiels, par inculture humaniste, bêtement pour ainsi dire. Sans doute la classe politique était-elle consciente de ses manipulations, car il s’agissait pour elle de camoufler son manque de courage et ses mauvais résultats. Mais il est plus difficile de croire cela en ce qui concerne les journalistes et les professeurs…

Quoi qu’il en soit, le résultat de ce projet est maintenant monstrueux : l’économie est le parent pauvre de la culture française, les classements internationaux en attestent à chaque nouvelle édition. Quant au libéralisme, il est relégué parmi les monstruosités de l’Histoire, au même titre que le communisme, ainsi que l’a résumé avec le talent qui est le sien Jacques Chirac (homme politique  pourtant de droite) il n’y a pas si longtemps : « Le libéralisme, ce serait aussi désastreux que le communisme » [2. Le Figaro 16/03/05.]

Triste conséquence de ce mépris du réel économique, le programme en jeu pour les présidentielles de 2017, élément pourtant crucial en ces temps mouvementés, n’est pour le moment quasiment pas évoqué. Alors que le pays fait face à de sérieuses difficultés, la campagne électorale se joue à coups d’attaques judiciaires contre le candidat modérément libéral (sur des faits pourtant connus depuis des années), à coups de promesses mirobolantes en matière de confort et de protection (par les candidats de gauche), et sur la capacité à empêcher le diable frontiste d’être élu in fine (slogan que risquent de s’approprier à tour de rôle, au gré des sondages, les challengers successifs) !

Le rejet d’une élite politique si particulière

Rares sont les pays dont la fonction politique est trustée à ce point par un seul et même profil : le « haut » fonctionnaire, et par sa version « améliorée », l’énarque, dont la formation était si décriée par le sociologue des organisations Michel Crozier, lui-même ancien juré de cette école à la réputation sulfureuse (à consulter absolument : « promotion Titanic »).

À force de constater que la réalité quotidienne est de plus en plus problématique, les esprits simples en ont déduit qu’il fallait rejeter la classe politique dans sa globalité. Certes, les citoyens les plus au fait des réalités économiques affichent des jugements moins tranchés, car ils savent faire la part des choses entre les personnalités, les promesses éventuellement intenables et les programmes a priori mensongers ou suicidaires. Mais ces citoyens-là ne sont pas si nombreux.

De même qu’il n’est pas toujours facile de se construire une opinion lorsque l’on est continuellement bombardé de messages allant dans le sens du déni du réel et de l’idéologie social-démocrate. Rejeter l’ensemble du système n’est donc pas complètement dénué de bon sens, le risque étant par contre de s’assurer que la reconstruction qui doit suivre sera rapide et saine, ce qui hélas n’est aucunement garanti, l’Histoire en témoigne si souvent…

Victime de ce contexte savonné de longue date, cette campagne électorale a très mal commencé. Il ne reste plus qu’à espérer qu’elle se montre enfin digne d’une véritable démocratie en se terminant par l’examen objectif et dépassionné des différents programmes proposés…

Sur le web

  1. Cf. Valeurs Actuelles du 1/12/16.