Comment l’industrie du pétrole a sauvé les baleines

La prochaine fois que vous pensez à une organisation ou une industrie ayant permis de mettre fin à de la cruauté envers des animaux et à leur mort horrible, ne pensez pas à Greenpeace. Pensez à l’industrie pétrolière.

Par Bill Wirtz.

Comment l'industrie du pétrole a sauvé les baleines
By: Isaac KohaneCC BY 2.0

Au début de l’époque industrielle, les baleines étaient considérées comme une ressource naturelle importante, exploitée par les humains depuis des décennies. En effet, l’huile extraite des baleines, surtout celle provenant du Physeter macrocephalus (le Grand cachalot), pour lequel le processus d’extraction de l’huile s’effectuait par les narines, avait divers usages, dont le chauffage, l’éclairage, ou la peinture.

Les navires baleiniers étaient de dimensions considérables afin de résister aux mers agitées, et équipées de tout le nécessaire à la récolte de cette graisse aux usages multiples que seules les baleines pouvaient fournir. Ils utilisaient des sortes de javelot pour démolir le crâne de l’animal ou pour le décapiter. Le poids de ces outils permettait de trancher à travers les vertèbres.

La demande globale pour la graisse de baleine continuant à augmenter, même les chasseurs qui s’étaient enrichis depuis des siècles n’étaient plus capables de la satisfaire. Les consommateurs étaient de moins en moins disposés à payer le prix exorbitant de 2,50 dollars par gallon d’huile de baleine1. Tout de même, les produits alternatifs, comme le camphène, pouvaient être d’une mauvaise qualité, ou même potentiellement dangereux. Le camphène est très inflammable, potentiellement mortel dans des zones d’habitat majoritairement construit en bois.

En 1850, les consommateurs avaient le choix entre :

  • le camphène : 50 cents par gallon (combinaison d’alcool, térébenthine, d’huile de camphre – brûle ardemment, odeur sucrée)
  • l’huile de baleine : entre 1,30 et 2,50 dollars par gallon
  • l’huile de saindoux  : 90 cents (mauvaise qualité, odeur désagréable)
  • l’huile de charbon : 50 cents (calaminé, odeur désagréable, mauvaise qualité ; prédécesseur du kérosène)

En 1851, la chasse aux baleines avait un effet tellement dévastateur sur leur population que les chasseurs ont dû abandonner l’océan atlantique et se déplacer vers les océans pacifique et indien, rendant ainsi le produit encore plus rare et cher. De nos jours, il est difficile de faire comprendre la gravité de cette situation, puisque, non seulement nous bénéficions de l’électricité, mais aussi de nombreuses techniques pour la produire. À la moitié du 19e siècle, les ménages se trouvaient alors littéralement à court de lumière.

Les baleines et nous avons été sauvés par Abraham Gesner

Abraham Pineo Gesner était un médecin et géologue canadien. En 1846, sa recherche sur les minéraux avait abouti à la création d’un liquide composé de charbon, de bitume, et de schiste bitumineux, qu’il a nommé kérosène. En comparaison à d’autres produits sur le marché, le kérosène n’avait pas une odeur désagréable et n’était pas salissant ; et surtout, avec sa commercialisation par Gesner dès 1850 (par la Kerosene Gaslight Company) et la vente de son entreprise à Standard Oil, sa production de masse en a réduit les prix2.

Gesner n’avait pas seulement illuminé le monde, mais il avait supprimé la source de revenus la plus importante de l’industrie baleinière. La chasse aux baleines était devenue inutile :

« Les activités entrepreneuriales de Gesner et l’établissement pionnier du kérosène depuis New York étaient essentiels au développement de cette industrie jeune qu’était l’huile de charbon. Cette dernière a connu une croissance importante dans les années suivantes. L’arrivée de ces nouvelles huiles de charbon a entraîné la fin de l’industrie des baleiniers. »3

La prochaine fois que vous pensez à une organisation ou une industrie ayant permis de mettre fin à de la cruauté envers des animaux et à leur mort horrible, ne pensez pas à Greenpeace. Pensez à l’industrie pétrolière.

 

  • Cet article est une traduction de mon article « The Petroleum Industry Saved the Whales » qui a été publié par le Mises Institute.
  1. Daniel Yergin, The Prize : The Epic Quest for Oil, Money & Power (1962; New York: Simon and Schuster, 1991), chapter I: « Oil on the Brain: The Beginning, » sec. Price and Innovation, p. 22. (Online)
  2. Gerald Kutney, Sulfur : History, Technology, Applications & Industry (ChemTec Publishing, 2007), chapter 4: « His Oil Ventures, » sec. 2.2, p. 84. (Online)
  3. Alexander Smith, « Setting History Right: The Early European Petroleum Industries and the Rise of American Oil, » in From the Industrial Revolution to World War II in East Central Europe, eds. Marjia Wakounig, and Karlo Ruzicic-Kessler (Vienna: LIT Verlag GmbH, 2011), p. 68. (Online).