Primaire de la gauche : combien de votants au juste ?

Manuel Valls (Crédits : Parti Socialiste, CC BY-NC-ND 2.0)

Hier, le parti socialiste nous a abreuvé d’une nouvelle pièce de mystification. Il ne pouvait accepter avoir raté sa cible de 1,5 million de votants à la Primaire Citoyenne.

Par Pierre-Yves Jammat.

Primaire de la gauche : combien de votants au juste ?
Manuel Valls (Crédits : Parti Socialiste, CC BY-NC-ND 2.0)

Nous sommes habitués depuis des décennies à la créativité comptable des différents avatars du socialisme, qu’il concerne le nombre de boulons sortis de l’usine de Leningrad ou l’inversion d’une certaine courbe. Hier, le parti socialiste nous a abreuvé d’une nouvelle pièce de mystification. Il ne pouvait accepter avoir raté sa cible de 1,5 million de votants à la Primaire Citoyenne.

Le prologue était connu de tous et répété à l’envi par les hiérarques du Parti Socialiste. Le peuple de gauche se comptait, érodé par cinq ans de pouvoir. En dessous du million, il chutait aux enfers. Au-dessus de 1,5 million, l’absolution lui était donnée. Vint la parade, longue d’une journée. Le chœur des journalistes entrait sur scène pour se faire la chambre d’écho du parti. À midi, la partition déraillait un peu. Elle chevrotait longuement, dans l’attente de la participation à mi-journée, prévue à 12h. A 13h15, enfin, quelques 400 000 participants sur six dixièmes des bureaux étaient annoncés. La cible de 1,5 million semblait atteignable ! À 17h, le million annoncé la rendait certaine. Le parti était sauvé !

Avec plus d’un million de participants, la primaire sauvée ?

J’avoue alors n’avoir eu que peu d’intérêt pour les péripéties des protagonistes. Montebourg stagnant et rallié. Hamon assommé par l’éventualité d’une responsabilité qu’il n’a jamais voulue ni envisagée. Valls, enfin, précipité face à l’impossibilité de la victoire. Non, toute mon attention allait au chœur. À 21h, il annonçait 880 000 votes dépouillés. À 21h30, le compteur atteignait 940 000. J’ai pour métier de faire des projections instables sur des données douteuses, et les 1,7 million suggérés presque triomphalement par le Parti Socialiste me paraissaient trop élevés. À 60 000 votes par demi-heure, comment était-ce possible ? Le chœur chevrotait à nouveau ; aucune nouvelle information ne filtrait pendant plus d’une heure. À 23h, enfin !, les résultats étaient mis à jour. Le nombre de votes dépouillés, à ma surprise, disparaissait de la page. La somme devait être faite manuellement : 1,15 million environ, soit 70 000 votes dépouillés par demi-heure. Comment pouvaient-ils maintenir leur annonce originale ?

Ma confusion fut encore plus grande lorsque, à la tombée du rideau, les responsables de l’élection affirmaient qu’il y avait eu 1 337 820 votants sur 5 672 bureaux de vote. La pièce voulait se terminer, mais elle n’était pour autant pas dénouée. Ce matin, à mon réveil, le site de la primaire citoyenne abandonné laissait voir 1,25 million de votants (mise à jour de 0h45), en ligne avec mes estimations de la nuit, et me laissant un goût amer face à la communication du Parti Socialiste. La Haute Autorité, quant à elle, annonce 1,56 million de votants. Comment peut-on observer des écarts de 20% sur ses estimations ? Faut-il croire que nous sommes en face d’une organisation catastrophique ? Ou qu’ils ont menti ? En tout état de cause, comment peut-on leur faire confiance pour diriger une administration tentaculaire ? Quel désarroi !

Le vers de Hugo sur la première Belle Alliance ne m’a jamais paru aussi prémonitoire : « Comme une onde qui bout dans une urne trop pleine ».