Trop de dépenses publiques nuisent à la croissance économique

Selon les conclusions d’une récente étude de l’OCDE, la France pourrait retrouver une forte croissance si elle réduisait la taille de l’État.

Par Daniel J. Mitchell, depuis les États-Unis.

dépenses publiques
Palais de l’Elysée par Nicolas Nova(CC BY-NC 2.0)

Vous le savez, je ne suis pas un fan de l’OCDE. Certainement influencée par l’état d’esprit des États européens qui dominent ses membres, cette bureaucratie internationale basée à Paris s’est transformée en groupie des politiques étatistes. Mais ce dédain pour les responsables politiques qui dirigent l’OCDE ne m’empêche pas de reconnaître que les économistes professionnels qui travaillent pour l’institution produisent parfois de bonnes analyses et de bonnes statistiques.

Impact des dépenses publiques sur la performance économique

Une récente étude1 de deux économistes de l’OCDE fournit des conclusions remarquables à propos de l’impact négatif des dépenses publiques sur la performance économique. Si vous êtes pressé par le temps, voici les éléments-clefs de cette recherche :

« Les États de l’OCDE consacrent en moyenne environ 40% du PIB à la fourniture de biens, services et transferts publics. La taille du secteur public a suscité de nombreuses recherches sur le lien entre la taille de l’État et la croissance économique. (…) Cet article étudie empiriquement les effets de la taille et de la structure des dépenses publiques sur la croissance à long terme. (…) Les principaux résultats qui ressortent de l’analyse sont que (…) les États de plus grande taille sont corrélés à de plus faibles croissances à long terme. Les États de plus grande taille freinent également le rattrapage en matière de productivité. »

Pour ceux qui veulent plus d’informations, le working paper est rempli d’informations utiles et d’analyses.

Voici l’un des tableaux de l’étude, qui montre la structure des dépenses publiques dans les pays de l’OCDE :

Structure des dépenses (cliquer pour agrandir)

Le rapport reconnaît également qu’il existe déjà de nombreuses recherches montrant que les dépenses publiques entravent la croissance économique :

« Il existe une vaste littérature empirique sur la relation entre la taille de l’État et la croissance économique (voir Slemrod, 1995 ; Myles, 2009 ; Bergh et Henrekson, 2011). Un état de l’art de Bergh et Henrekson (2011), fondé sur des articles publiés depuis 2000 dans des revues à comité de lecture, a révélé une relation négative dans les pays de l’OCDE. De même, une récente étude de l’OCDE a confirmé une relation négative entre la taille de l’État et la croissance du PIB (Fall et Fournier, 2015). (…) Le lien entre la taille de l’État et la croissance peut varier selon le niveau de revenu et prendre la forme d’une bosse (Armey, 1995). Quelques études ont démontré l’existence d’une relation non linéaire entre la taille de l’État et la croissance (par exemple Vedder et Gallaway, 1998, Pevcin, 2004, Chen et Lee, 2005). »

En passant, la référence à la « bosse » signifie que l’OCDE reconnaît l’existence de la courbe de Rahn.

Selon moi, la méthodologie utilisée dans ce papier n’est pas idéale. À des fins pratiques, les économistes comparent la performance économique des pays de l’OCDE ayant un État de grande taille avec la croissance des pays de l’OCDE qui ont un État de moins grande taille. Mais même en tenant compte de cette limite, l’étude produit des résultats extrêmement intéressants.

« (…) La simulation porte sur l’hypothèse que dans les pays où la taille de l’État est supérieure au niveau moyen des pays de la moitié inférieure de l’échantillon, la taille de l’État convergera progressivement vers ce niveau (36% du PIB). Comme toute réforme portant sur la structure des dépenses, cette réforme est échelonnée sur 10 ans. Une telle réduction de la taille de l’État pourrait accroître le PIB à long terme d’environ 10%, avec des effets beaucoup plus importants dans certains pays où l’État est actuellement inefficace ou de grande taille. (…) Une réduction de la taille de l’État a un effet positif, mais modéré, sur le revenu des pauvres. Le revenu disponible moyen augmente également. Toutefois, les riches gagnent relativement plus. Enfin, dans les pays où l’État est moins efficace (comme l’Italie), l’effet sur la croissance est important et une réduction modérée de la taille de l’État aurait un effet de croissance considérable, de sorte que « la marée montante soulèverait tous les bateaux ». »

Réduire la taille de l’État

Et voici un graphique qui montre les possibilités de croissance supplémentaire pour les pays ayant un État de grande taille s’ils décidaient de réduire leur secteur public au niveau des pays ayant un État moins important.

Gains potentiels de PIB avec une réduction de la taille de l’État (cliquer pour agrandir)

Même en considérant les limites méthodologiques évoquées plus haut, ces résultats sont étonnants. Des gains potentiels de PIB de plus de 30% pour la Grèce et l’Italie. Des gains de plus de 20% pour la France, la Slovénie et la Hongrie. Et plus de 10% pour la Belgique, la République tchèque, le Portugal et la Pologne.

La recherche examine également la structure des dépenses publiques. En d’autres termes, si tous les prélèvements ne causent pas les mêmes dommages, c’est également vrai pour les programmes de dépenses publiques.

« Les résultats des simulations sur la taille de l’État et la structure des dépenses publiques illustrent que certaines dépenses publiques sont importantes pour la croissance à long terme (…) tandis que les dépenses en matière de retraites et de subventions ont un effet négatif significatif sur la croissance. Comme chaque régression inclut la taille de l’État et une part des dépenses publiques, les simulations fournissent l’effet d’une hausse d’un type de dépenses tout en diminuant les dépenses sur d’autres éléments pour maintenir le ratio des dépenses publiques par rapport au PIB inchangé. (…) Les États de taille plus importante sont, dans plusieurs cas, significativement et négativement corrélés à une croissance à long terme. Cela est conforme à la littérature. (…) Les États de grande taille peuvent entraver la convergence parce qu’ils sont corrélés à une fiscalité plus élevée qui peut décourager les entreprises (y compris étrangères) à investir et les ménages à fournir de la main-d’œuvre. »

Les retraites et les subventions publiques semblent causer les plus grands dommages économiques.

« Réduire la part des retraites dans les dépenses primaires permet d’obtenir des gains de croissance importants sans effet négatif significatif sur l’inégalité des revenus disponibles. Cette réduction pourrait être obtenue en augmentant l’âge effectif de la retraite ou en réduisant le taux de remplacement. (…) La réduction des subventions publiques stimule la croissance, car les subventions publiques (…) peuvent fausser l’allocation des ressources et saper la concurrence. (…) Les résultats en matière d’éducation ne dépendent pas seulement des dépenses publiques d’éducation, mais aussi de la performance des politiques éducatives, et la littérature suggère que cette dernière peut être plus importante. Depuis la recherche fondatrice de Coleman (1966), une large littérature suggère qu’il n’y a pas de lien clair entre les dépenses publiques d’éducation et les résultats scolaires. (…) Les politiques visant à accroître l’efficacité des dépenses en matière d’éducation peuvent être plus appropriées qu’une augmentation générale des dépenses publiques d’éducation. (…) Au-delà d’un certain point, il se peut que les dépenses supplémentaires d’investissement aient des effets négatifs, si elles sont mal gérées. »

Pour les personnes ayant des connaissances statistiques/économétriques, voici quelques données pertinentes fournies par l’étude.

Rôle de la structure des dépenses : principaux résultats (cliquer pour agrandir)

Et vous pouvez lire les chiffres du tableau 6 avec cet extrait :

« (…) Les dépenses en matière de retraites réduisent la croissance (tableau 6, colonnes 2, 5, 7 et 10). Une hausse d’un point de pourcentage de la part des retraites dans les dépenses primaires (compensée par une réduction des autres dépenses) réduirait le PIB potentiel d’environ 2%. (…) Les dépenses publiques consacrées aux subventions réduisent également la croissance (tableau 6, colonnes 3, 5, 8 et 10). (…) Une hausse d’un point de pourcentage de la part des subventions publiques dans les dépenses primaires réduirait le PIB potentiel d’environ 7%. »

Si vous n’êtes pas un mordu de statistiques, ces deux graphiques seront certainement plus utiles et faciles à comprendre2 :

Panel B : Gains potentiels de PIB par une diminution de la part des subventions publiques dans les dépenses primaires, en %
Panel C :
Gains potentiels de PIB par une diminution de la part des retraites dans les dépenses primaires, en %

L’un des aspects intéressants de ce document est qu’il note qu’une mauvaise politique budgétaire peut être quelque peu atténuée en adoptant des politiques pro-marché dans d’autres domaines, ce que je constate toujours lorsque je m’intéresse aux pays scandinaves.

« (…) Les pays ayant un niveau élevé de dépenses publiques peuvent également se distinguer par des caractéristiques qui compensent partiellement l’effet négatif de la taille de l’État sur la croissance. (…) En Suède, des politiques structurelles favorables à la croissance (…) peuvent avoir compensé l’effet négatif sur la croissance d’un secteur public important. »

En d’autres termes, la morale de l’histoire est qu’il est bon d’avoir un État de taille plus petite et des marchés libres. Mixez ces deux options et vous obtenez le meilleur des mondes.


Sur le web. Traduction : Raphaël Marfaux pour Contrepoints.

  1. Jean-Marc Fournier, Åsa Johansson, « The Effect of the Size and the Mix of Public Spending on Growth and Inequality », OECD Working Paper, 25-Nov-2016.
  2. Il est frappant de constater que la Suisse, une nation habituellement sensée, est très mauvaise au sujet des subventions. C’est une politique qu’elle doit évidemment corriger.