Transition énergétique : vers le « boum » du gaz naturel ?

Coincé entre le nucléaire d’un côté et les renouvelables de l’autre, le gaz naturel, énergie fossile beaucoup moins polluante que ses homologues pétrole et charbon, est peu connu, alors qu’il tient une place importante dans la transition énergétique.

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Transition énergétique : vers le « boum » du gaz naturel ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 18 janvier 2017
- A +

Par Roland Berthier.

Transition énergétique : vers le « boum » du gaz naturel ?
By: Mike MozartCC BY 2.0

L’élection présidentielle de 2017 est à marquer d’une pierre verte. C’est sans doute la première fois que la question énergétique tient une place de choix dans les débats, que les candidats soient partisans d’un approfondissement de la transition opérée en 2015 ou non. Pourtant, comme dans toutes les matières, les propos apparaissent souvent teintés d’idéologie politique, masquant – ou altérant, du moins – la réalité. Pour schématiser : si tous les candidats sont d’accord pour abandonner les énergies fossiles, le nucléaire a ses faveurs à droite, quand les renouvelables séduisent plutôt à gauche. Entre les deux ? Des sources méconnues qui ont pourtant leur place dans la transition énergétique.

« Transfert de filières »

C’est le cas du gaz naturel qui, s’il fait partie des énergies polluantes – impossible de le nier –, est cependant réputé pour être la source fossile la moins néfaste pour la planète. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) évalue par exemple les émissions mondiales de CO2 dues au gaz naturel à 6 381 millions de tonnes (Mt) en 2013, soit environ deux fois moins que le pétrole et le charbon.

En 2011, André Goyette, ingénieur chez BBA, estimait que « la façon la plus économique de produire de l’électricité, c’est avec le charbon. Même si les centrales ont à peine 25 à 28 % d’efficacité, il demeure la méthode la moins coûteuse ». Mais non la moins sale : il s’agit même, selon M. Goyette, de la plus polluante. « Dans un esprit de crédit environnemental, la première transition logique à faire pour une société qui exploite du charbon est de passer au gaz naturel » expliquait-il.

La raison de ce transfert de filière selon lui ? Lorsqu’il est brûlé, le gaz naturel n’émet pas de cendres, guère plus de soufre et, en tout cas, aucun métal toxique, à la différence du charbon, qui émet de l’oxyde d’azote, du dioxyde de soufre et autres mercure. La combustion du gaz naturel génère ainsi 50 % mois de gaz à effet de serre que celle du charbon. De là à dire qu’il peut servir la transition énergétique, il n’y a qu’un pas, que l’on franchit. Son atout principal ? Il est facile d’utilisation et mobilisable rapidement ; sous forme liquéfiée, par exemple, son volume peut être réduit jusqu’à 600 fois, ce qui facilite son transport et son stockage.

Il a donc un rôle à jouer pour accompagner l’essor des énergies renouvelables – hydraulique, photovoltaïque, éolien… –, intermittentes et dont le débit est impossible à prévoir. D’ailleurs, l’AIE fait du couple gaz naturel/énergies vertes le champion de ses prévisions sur les moyens de production électrique en 2040.

Dans son rapport annuel, publié en décembre dernier, l’Agence affirme que le gaz naturel, l’éolien et le solaire supplanteront sous deux décennies le charbon, dont la demande va diminuer – de 60 % en Europe, 40 % aux États-Unis et 15 % en Chine –, tandis que celle du premier augmentera, au Moyen-Orient et en Asie notamment. Aujourd’hui, le gaz naturel représente plus de 21 % de la demande mondiale d’énergie primaire, en augmentation constante, environ 2,8 % par an, ces dix dernières années.

Terminal méthanier

Du côté des moyens de production, à présent, les centrales thermiques au gaz sont non seulement moins polluantes, mais elles ont une efficacité énergétique supérieure à celles qui utilisent du charbon. Par exemple, une centrale à « cycle combiné au gaz » affichera près de 60 % d’efficacité énergétique, contre environ 25 % pour le charbon, ce qui se traduira par d’importantes économies. En vertu d’un arrêté pris en 2009 dans le cadre de la programmation pluriannuelle d’investissement en électricité, la France – et EDF – a commencé à moderniser ses centrales, dont la première, à Bouchain (Nord), a été mise en service l’an dernier. Son faible impact sur l’environnement ainsi que son rendement énergétique – 62,2 % au mois de mai 2016 – lui ont d’ailleurs permis d’intégrer… le Guinness Book des records.

Une consécration, en quelque sorte, pour une énergie méconnue dont le rôle va croître dans les prochaines années. En dépit de son appellation quelque peu barbare, le « cycle combiné au gaz » revêt une grande importance en France, puisqu’il doit accompagner la fermeture des centrales à charbon tout en assurant un même niveau de production électrique. C’est dans ce contexte qu’a été mis en service le terminal méthanier de Dunkerque, le 1er janvier dernier.

Deuxième installation en Europe continentale, « Dunkerque LNG » s’étend sur plus de 56 hectares et possède une jetée capable de recevoir quelques 150 méthaniers par an, dont les plus grands aujourd’hui en activité – les « Qmax », qui peuvent transporter 267 000 mètres cubes de gaz naturel liquéfié (GNL). Surtout, il est le seul à être raccordé à la fois aux marchés de consommation français et belge.

Une fois arrivé à bon port, le GNL est stocké dans trois réservoirs isothermes de près de 60 mètres de haut et 200 000 mètres cubes chacun ; en fonction de la demande, il peut être re-gazéifié en étant réchauffé dans des échangeurs de chaleur par ruissellement d’eau tiède, celle-ci provenant directement de la centrale nucléaire de Gravelines, située à quelques kilomètres de Dunkerque. Une pratique qui permet d’économiser, selon l’exploitant Dunkerque LNG, filiale d’EDF, l’équivalent de la consommation annuelle de gaz des 200 000 habitants que compte l’agglomération.

Lancé au printemps 2011, le projet du terminal méthanier était jusqu’alors en concurrence avec la centrale nucléaire de Flamanville pour décrocher la palme du « plus grand chantier de l’Hexagone ». Maintenant qu’il est opérationnel, peut-être le gaz naturel s’invitera-t-il dans les débats énergétiques, afin de troubler l’ordre établi du nucléaire et des renouvelables ? Tout bon échange a besoin d’un arbitre, après tout.

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  • il est surprenant de toujours devoir rappeler que le co2 n’est pas un polluant…
    donc la moindre émission de co2 n’est pas un argument. les autres arguments sont justes en revanche.

  • La découverte du jour : le gaz a un avenir !
    Par contre le terminal de Dunkerque en a t il un avec le réchauffement ………..politique avec la russie ?

  • Le gaz, c’est effectivement très bien. Mais s’en servir pour produire de l’électricité qui va alimenter des radiateurs électriques, bof. Se chauffer directement au gaz est encore plus efficace !
    La politique la plus efficace serait d’attribuer le gaz au chauffage, le pétrole aux transports et le charbon à l’électricité (dans des centrales modernes et propres et en complément bien sur du nuke et de l’hydro). Et surtout de stopper le développement de l’éolien et du solaire (pour l’instant leur intermittence aléatoire est gérée par l’hydraulique et non pas par le gaz).

    • Les accords de Paris sont tellement absurdes qu’il pourrait être rentable de faire produire par la chine l’électricité de l’europe, avec du charbon, même avec la déperdition sur le transport.

  • sale? naturel.. de l’usage des mots…

    pour un pete du RCA le gaz naturel est juste un moindre diable mais reste un diable.

    quant à la transition énergetique…si on passe au gaz c’est une « transition » energetique…comme si on passait au tout charbon…
    Mais novlangue oblige , on rapplle que
    wikipedia
    La notion de transition énergétique est un volet essentiel de la transition écologique, elle désigne le passage du système énergétique actuel utilisant des ressources non renouvelables vers un bouquet énergétique basé principalement sur des ressources renouvelables ; ce qui implique de développer des solutions de remplacement aux combustibles fossiles, qui sont des ressources limitées et non renouvelables (à l’échelle humaine). Certains y ajoutent les combustibles fissiles (matières radioactives telles que l’uranium et le plutonium). La transition énergétique prévoit leur remplacement progressif par des sources d’énergies renouvelables pour la quasi-totalité des activités humaines (transports, industries, éclairage, chauffage, etc.).

    donc le « passage au gaz naturel  » ne peut pas tenir une place importante dans la transition énergétique définie comme ci dessus ( qui ne correspond pas au sens commun d’ailleurs)..

    Tous les loustics défendent leurs billes en se servant du grand flou écologique…

    • et une petite remarque je peux aller de paris à moscou…donc effectuer la transition de paris à moscou…en passant par brest..donc en m’éloignant de moscou …donc strictement puisque le transition energetique désigne le but et non le chemin, rien ne m’empêche de dire que je suis sur le chemin de la transition energetique m^me si j’augmente ma consommation de fossile… Désolé …on peut le lire comme ça. (Hidalgo qui augmente la pollution en créant des bouchons opère uen transition vers la non pollution.)..

      • Et quelle pastille Crit’air pour un véhicule roulant au gaz par rapport à un véhicule électrique chargé avec une électricité d’une centrale gaz ???
        Et pourquoi produire de l’électricité avec du gaz pour se chauffer ?
        Pourquoi alimenter des climatiseurs avec de l’électricité alors que le gaz pourrait faire la même chose?
        http://www.climamaison.com/conseil-expert/climatisation-au-gaz.htm
        Quelles pertes d’efficacité si l’on devait toujours convertir le gaz en électricité !!!

  •  » Lorsqu’il est brûlé, le gaz naturel n’émet pas de cendres, guère plus de soufre et, en tout cas, aucun métal toxique, à la différence du charbon, qui émet de l’oxyde d’azote, du dioxyde de soufre et autres mercure. La combustion du gaz naturel génère ainsi 50 % mois de gaz à effet de serre que celle du charbon. »
    « Aussi » à la place de « ainsi » eut été acceptable mais il y a ici encore la confusion courante mais énormissime entre effet de serre et toxicité.

    • et on oublie la toxicité de la pauvreté ..mieux vaut le charbon que rien…et la balance que tout le monde fait entre toxicité diffuse et considérations économiques
      article bizarre qui atteint au publireportage façon michel gay…
      les allemands brûlent du charbon…sont ils cons?
      .

  • Un des avantages d’investir dans les infrastructures lièes au gaz c’est que ce sont strictement les mêmes que pour le biogaz, on a un potentiel , juste sur la méthanisation des dechets , de plusieurs centaines de twh annuels, on a les infrastructures de stockage et on a les infrastructures de production et de distribution.
    Cerise sur le gateau le biogaz et le gaz naturel ont la même composition chimique, on peut donc les utiliser simultanéement dans n’importe quelle proportion

    • Un des avantages d’investir dans les infrastructures liées au biogaz c’est que ce sont strictement les mêmes que pour le gaz de schistes …

      Et celui la, il semble bien qu’on en possède des réserves importantes un peu partout dans le monde …

      • du gaz de schiste, pourquoi pas, cependant il serait dommage de ne pas methaniser nos dechets. cela permet de faire plusieurs choses à la fois, on améliore la gestion de nos dechets et on produit du gaz qui est stockable.
        La methanisation sur station d’épuration par exemple permet de diminuer les nuisances olfactives, de diminuer le volume des boues et leur dangerosité. Des broyeurs sous évier permettent d’augmenter la charge organique tout en diminuant le volume des poubelles, le tout en produisant de l’energie.

        • fred: Méthaniser nos déchets ? Mais pourquoi cherchez vous systématiquement des nouvelles et mauvaises solutions plutôt que d’améliorer les solutions éprouvées existantes ?

          • pourquoi ?
            1) c’est une méthode de gestion des dechets efficace , cela permet de réduire de 40% le volume de boues à traiter par la suite tout en faisant baisser beaucoup leur toxicité
            2) c’est une solution largement répandue dans certaines parties du monde (asie) depuis plus de 50 ans. Plus de 20 millions de digesteurs « familliaux » et leur nombre est en croissance rapide.
            3) cela produit une énergie stockable
            4) cela autorise un usage accru des égouts comme moyen de transport de nos dechets
            5) cela transforme un dechet en ressource locale

  • Ce qui est quand même dommage avec ce terminal methanier de dunkerque c’est que la logique n’ait pas été menée jusqu’au bout.
    c’était quand même l’occasion de créer un réseau de froid des plus interessant , avec une usine air liquide pas loin cela aurai pu faire pas mal d’economies.
    il était aussi simple de poursuivre la liaison entre la centrale de graveline et le terminal methanier vers le réseau de chaleur de dunkerque.
    bref, quelques occasions de ratées

  • @fred: « on a un potentiel , juste sur la méthanisation des dechets »

    Voici un lien sur les retours d’expérience des usines de méthanisation en Europe.
    Il semble qu’on soit très loin des promesses décrites par certains commentateurs !

    http://arivem.free.fr/cariboost_files/Retour_20d_27exp_C3_A9rience_20TMB_20M_C3_A9thanisation_20en_20Europe_20juillet_202015.pdf

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