Transition énergétique : vers le « boum » du gaz naturel ?

Coincé entre le nucléaire d’un côté et les renouvelables de l’autre, le gaz naturel, énergie fossile beaucoup moins polluante que ses homologues pétrole et charbon, est peu connu, alors qu’il tient une place importante dans la transition énergétique.

Par Roland Berthier.

Transition énergétique : vers le « boum » du gaz naturel ?
By: Mike MozartCC BY 2.0

L’élection présidentielle de 2017 est à marquer d’une pierre verte. C’est sans doute la première fois que la question énergétique tient une place de choix dans les débats, que les candidats soient partisans d’un approfondissement de la transition opérée en 2015 ou non. Pourtant, comme dans toutes les matières, les propos apparaissent souvent teintés d’idéologie politique, masquant – ou altérant, du moins – la réalité. Pour schématiser : si tous les candidats sont d’accord pour abandonner les énergies fossiles, le nucléaire a ses faveurs à droite, quand les renouvelables séduisent plutôt à gauche. Entre les deux ? Des sources méconnues qui ont pourtant leur place dans la transition énergétique.

« Transfert de filières »

C’est le cas du gaz naturel qui, s’il fait partie des énergies polluantes – impossible de le nier –, est cependant réputé pour être la source fossile la moins néfaste pour la planète. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) évalue par exemple les émissions mondiales de CO2 dues au gaz naturel à 6 381 millions de tonnes (Mt) en 2013, soit environ deux fois moins que le pétrole et le charbon.

En 2011, André Goyette, ingénieur chez BBA, estimait que « la façon la plus économique de produire de l’électricité, c’est avec le charbon. Même si les centrales ont à peine 25 à 28 % d’efficacité, il demeure la méthode la moins coûteuse ». Mais non la moins sale : il s’agit même, selon M. Goyette, de la plus polluante. « Dans un esprit de crédit environnemental, la première transition logique à faire pour une société qui exploite du charbon est de passer au gaz naturel » expliquait-il.

La raison de ce transfert de filière selon lui ? Lorsqu’il est brûlé, le gaz naturel n’émet pas de cendres, guère plus de soufre et, en tout cas, aucun métal toxique, à la différence du charbon, qui émet de l’oxyde d’azote, du dioxyde de soufre et autres mercure. La combustion du gaz naturel génère ainsi 50 % mois de gaz à effet de serre que celle du charbon. De là à dire qu’il peut servir la transition énergétique, il n’y a qu’un pas, que l’on franchit. Son atout principal ? Il est facile d’utilisation et mobilisable rapidement ; sous forme liquéfiée, par exemple, son volume peut être réduit jusqu’à 600 fois, ce qui facilite son transport et son stockage.

Il a donc un rôle à jouer pour accompagner l’essor des énergies renouvelables – hydraulique, photovoltaïque, éolien… –, intermittentes et dont le débit est impossible à prévoir. D’ailleurs, l’AIE fait du couple gaz naturel/énergies vertes le champion de ses prévisions sur les moyens de production électrique en 2040.

Dans son rapport annuel, publié en décembre dernier, l’Agence affirme que le gaz naturel, l’éolien et le solaire supplanteront sous deux décennies le charbon, dont la demande va diminuer – de 60 % en Europe, 40 % aux États-Unis et 15 % en Chine –, tandis que celle du premier augmentera, au Moyen-Orient et en Asie notamment. Aujourd’hui, le gaz naturel représente plus de 21 % de la demande mondiale d’énergie primaire, en augmentation constante, environ 2,8 % par an, ces dix dernières années.

Terminal méthanier

Du côté des moyens de production, à présent, les centrales thermiques au gaz sont non seulement moins polluantes, mais elles ont une efficacité énergétique supérieure à celles qui utilisent du charbon. Par exemple, une centrale à « cycle combiné au gaz » affichera près de 60 % d’efficacité énergétique, contre environ 25 % pour le charbon, ce qui se traduira par d’importantes économies. En vertu d’un arrêté pris en 2009 dans le cadre de la programmation pluriannuelle d’investissement en électricité, la France – et EDF – a commencé à moderniser ses centrales, dont la première, à Bouchain (Nord), a été mise en service l’an dernier. Son faible impact sur l’environnement ainsi que son rendement énergétique – 62,2 % au mois de mai 2016 – lui ont d’ailleurs permis d’intégrer… le Guinness Book des records.

Une consécration, en quelque sorte, pour une énergie méconnue dont le rôle va croître dans les prochaines années. En dépit de son appellation quelque peu barbare, le « cycle combiné au gaz » revêt une grande importance en France, puisqu’il doit accompagner la fermeture des centrales à charbon tout en assurant un même niveau de production électrique. C’est dans ce contexte qu’a été mis en service le terminal méthanier de Dunkerque, le 1er janvier dernier.

Deuxième installation en Europe continentale, « Dunkerque LNG » s’étend sur plus de 56 hectares et possède une jetée capable de recevoir quelques 150 méthaniers par an, dont les plus grands aujourd’hui en activité – les « Qmax », qui peuvent transporter 267 000 mètres cubes de gaz naturel liquéfié (GNL). Surtout, il est le seul à être raccordé à la fois aux marchés de consommation français et belge.

Une fois arrivé à bon port, le GNL est stocké dans trois réservoirs isothermes de près de 60 mètres de haut et 200 000 mètres cubes chacun ; en fonction de la demande, il peut être re-gazéifié en étant réchauffé dans des échangeurs de chaleur par ruissellement d’eau tiède, celle-ci provenant directement de la centrale nucléaire de Gravelines, située à quelques kilomètres de Dunkerque. Une pratique qui permet d’économiser, selon l’exploitant Dunkerque LNG, filiale d’EDF, l’équivalent de la consommation annuelle de gaz des 200 000 habitants que compte l’agglomération.

Lancé au printemps 2011, le projet du terminal méthanier était jusqu’alors en concurrence avec la centrale nucléaire de Flamanville pour décrocher la palme du « plus grand chantier de l’Hexagone ». Maintenant qu’il est opérationnel, peut-être le gaz naturel s’invitera-t-il dans les débats énergétiques, afin de troubler l’ordre établi du nucléaire et des renouvelables ? Tout bon échange a besoin d’un arbitre, après tout.