Oui, le libéralisme économique détruit des emplois… et tant mieux !

Chômage recherche d'emploi (Crédits : TaxCredits.net, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

Paradoxe : si des millions d’emplois disparaissent en raison de la recherche avide de profits, cela est bénéfique pour le progrès humain.

Par Daniel J. Mitchell, depuis les États-Unis.

emplois
Chômage recherche d’emploi (Crédits : TaxCredits.net, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

Sur Facebook et Twitter circule actuellement un mème qui demande aux gens de « confesser leurs opinions inavouables ». Je suppose que je pourrais participer à ce jeu en avouant que je préfère manger dans des fast-foods que de fréquenter des restaurants plus élaborés (surtout si je dois régler la note !).

Mais j’ai quelque chose de plus étonnant à confesser : mes amis de gauche ont raison quand ils affirment que le marché libre détruit des emplois.

Non seulement ils ont raison, mais ils sous-estiment probablement le nombre d’emplois détruits par le capitalisme. Au fil du temps, des millions d’emplois disparaissent en raison de la recherche avide de profits.

Mutations technologiques et pertes d’emplois

Mark Perry de l’American Enterprise Institute partage des chiffres qui donnent à réfléchir sur la façon dont la quasi-totalité des grandes entreprises des années 1950 ont disparu au cours des 60 dernières années :

« En comparant les sociétés du Fortune 500 de 1955 à celles du Fortune 500 de 2014, on constate qu’il n’y a que 61 sociétés qui apparaissent dans les deux listes. En d’autres termes, seulement 12,2% des entreprises du Fortune 500 de 1955 étaient encore dans le classement 59 ans plus tard, en 2014, et près de 88% des entreprises de 1955 ont fait faillite, ont disparu dans des fusions ou existent encore mais sont sorties de la liste des 500 premières entreprises américaines (classées en fonction de leur chiffre d’affaires total).

La plupart des entreprises figurant dans la liste de 1955 sont aujourd’hui des sociétés méconnues ou oubliées (par exemple Armstrong Rubber, Cone Mills, Hines Lumber, Pacific Vegetable Oil et Riegel Textile). (…) Il y a eu beaucoup de mouvements et de destruction créatrice, et on peut probablement considérer que presque toutes les sociétés du Fortune 500 d’aujourd’hui seront remplacées par de nouvelles sociétés dans de nouvelles industries au cours des 59 prochaines années. »

Et pourquoi ces entreprises ont-elles disparu ou sont-elles sorties du classement, entraînant des pertes d’emplois importantes ? Principalement parce que les capitalistes, à la recherche de profits, ont investi de l’argent en vue de dépasser les anciennes technologies, battre les anciens concurrents et rendre les anciens produits moins attrayants.

C’est terrible, non ? Des emplois sont perdus à cause de l’avidité des riches qui essaient d’accroître leur richesse. Si vous êtes l’une des personnes mises au chômage, c’est effectivement terrible.

La destruction d’emplois entraîne aussi une création d’emplois

Mais gardez à l’esprit que ce processus de destruction créatrice a débouché sur de nouvelles technologies, de nouveaux concurrents et de nouveaux produits. Et l’effet net de tous ces changements est que, en moyenne, nous sommes beaucoup plus riches.

Mark développe :

« Nous devrions en être reconnaissants. Le turnover continu du classement Fortune 500 est le signe positif du dynamisme et de l’innovation qui caractérisent une économie de marché vivante axée sur la satisfaction du consommateur. (…) En fin de compte, la destruction créatrice qui mène à un groupe de sociétés Fortune 500 en constante évolution résulte d’une quête effrénée de chiffre d’affaires et de profits, obtenus à condition de servir au mieux les consommateurs en leur proposant des prix bas, une qualité élevée et un excellent service. »

En effet, ce système est celui qui produit un progrès humain en « crosse de hockey ».

Évolution de la richesse mondiale par habitant

Destruction créatrice et déversement d’emplois

Au fil du temps, tous ces changements et toutes ces « disruptions »  sont ce qui permet à notre société de croître plus rapidement et de produire davantage de biens et de services à des prix plus bas. Du moins quand le marché est autorisé à fonctionner correctement avec de bonnes politiques – ce que je nomme la recette de la croissance et de la prospérité.

Pensez à quelques exemples historiques :

  • Pensez à la façon dont les ordinateurs personnels ont rendu nos vies plus agréables et plus productives, et réfléchissez à ce qui est arrivé aux gens qui avaient des emplois dans la production, la commercialisation et l’entretien des machines à écrire.
  • Pensez à la façon dont l’automobile a stimulé la productivité et favorisé l’essor de la mobilité, mais réfléchissez aussi aux emplois perdus dans l’économie du cheval et des carrosses.
  • Pensez à la manière dont l’électricité et les ampoules ont considérablement transformé et amélioré l’économie, et réfléchissez ensuite au nombre d’emplois qui ont été détruits dans le secteur des fabricants de chandelles.

La triste réalité est que le progrès a un prix. Oui, nous sommes beaucoup plus riches en raison des grandes inventions qui ont stimulé la productivité et amélioré nos vies. Mais cela ne change pas le fait que de vrais travailleurs avec de vraies familles ont souvent vécu de vraies angoisses quand les emplois dans certains secteurs ont disparu. Et c’est toujours le cas aujourd’hui.

Et les travailleurs n’ont, en règle générale, rien à se reprocher quand des pertes d’emplois se produisent. Tout ce qu’ils ont fait c’est échanger un travail honnête contre un salaire honnête. Ce sont bien des capitalistes qui ont commis des erreurs en ne gérant pas efficacement leurs entreprises ou en n’allouant pas correctement le capital (ou, pour être moins sévère, en n’ayant pas été capables d’anticiper les changements majeurs qui se sont produits).

Pour créer des emplois, l’État n’est pas meilleur

Soit dit en passant, ce n’est pas un argument en faveur de l’intervention de l’État. Nous serions encore plus pauvres aujourd’hui si les politiciens avaient essayé de sauver des emplois chaque fois qu’il y avait destruction créatrice dans l’économie. Et, ce qui est sans doute le plus important, tous les emplois qu’ils ont « sauvés » auraient pu être compensés par des emplois (et une prospérité) qui n’ont pas été créés ou qui n’ont jamais vu le jour, parce que les deux pieds gauches de l’État ont remplacé la main invisible du marché.

Ce que Bastiat a enseigné au monde au XIXe siècle est encore vrai aujourd’hui. Quand on regarde les effets d’une politique publique, il faut considérer aussi bien « ce qu’on voit » (les emplois qui sont sauvés) que « ce qu’on ne voit pas » (le plus grand nombre d’emplois qui ne sont pas créés).

C’est pourquoi je souhaite que l’économie soit aussi dynamique et innovante que possible, afin que les travailleurs affectés par les déversements d’emplois puissent trouver de nouveaux postes le plus rapidement possible, avec l’espoir de gagner davantage d’argent.


Sur le web. Traduction : Raphaël Marfaux pour Contrepoints.

À voir : une courte vidéo de Learn Liberty (en anglais) qui explique ce processus de destruction créatrice.