Belgique : cette gauche qui flirte avec le marxisme

S’il est politiquement incorrect pour un parti de s’associer à l’extrême droite, pourquoi l’association de la gauche avec l’extrême gauche ne déclenche-t-elle pas des torrents d’indignation ?

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Lenin, Marx and Kid By: Indi Samarajiva - CC BY 2.0

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Belgique : cette gauche qui flirte avec le marxisme

Publié le 5 décembre 2016
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Par Drieu Godefridi.

marxisme
Lenin, Marx and Kid By: Indi SamarajivaCC BY 2.0

Je fais partie de cette génération qui s’est éveillée à la politique avec la notion de « cordon sanitaire » : il est impensable de faire alliance avec un parti d’extrême droite, dit-on depuis trente ans. Ce serait moralement odieux et cela conduirait à la mort de la démocratie.

Depuis trente ans, la gauche démocratique nous explique que le FN, le Vlaams Belang et leurs avatars, sont des partis qu’il serait criminel de faire entrer dans une coalition de gouvernement, fût-elle locale. Car, une telle coalition serait comme laisser le loup entrer dans la bergerie. Elle donnerait à l’extrême droite une respectabilité. Elle la doterait d’une « normalité » qui serait aussitôt mise à profit pour obtenir de nouvelles concessions. Jusqu’à mettre en péril nos institutions démocratiques.

Pourquoi pas ? L’idée qu’il est préférable de ne pas gouverner, en démocratie, avec des partis dont la respiration idéologique est anti-démocratique, se défend. Toutefois, cette posture était d’autant plus aisée, pour la gauche, que depuis trente ans l’extrême gauche est culturellement puissante, mais électoralement inexistante. Autrement dit, le « cordon sanitaire » s’appliquait de facto à droite sans exiger aucune concession à gauche. Or, tel n’est plus le cas.

Un parti anti-démocratique a-t-il sa place dans une démocratie?

Le parti du travail de Belgique (PTB) obtient aujourd’hui d’excellents résultats électoraux. Les sondages lui promettent, sinon le grand soir, du moins d’excellentes soirées électorales. Le PTB se réclame pourtant du marxisme, doctrine anti-démocratique s’il en est, dont la réalisation ne se conçoit pas sans l’abrogation de la démocratie, que ce soit dans la première phase (dictature du prolétariat), ou la fantasmatique seconde phase — jamais réalisée dans aucune expérience communiste — c’est-à-dire la société sans État.

Car, il faut le souligner, idéologiquement le PTB est un parti sérieux. Dans la version 2008 de ses statuts, le PTB s’affirme comme « parti communiste ». Il se réclame du « marxisme comme fondement théorique », exige un « retournement social fondamental, sur les plans tant économique, étatique et politique qu’éthique ». Sur le plan économique, le PTB exige « la possession sociale des grands moyens de production. Cela signifie que les grandes entreprises, les grandes propriétés foncières, l’agrobusiness, les grands moyens de communication et de transport deviennent propriété collective ».

En somme, le PTB préconise « une économie planifiée », gouvernée par « un appareil d’État socialiste ». Grande, quasiment parfaite, est la pureté idéologique communiste du Parti du travail de Belgique.

Le marxisme est une idéologie totalitaire et mortifère

Rappelons que, concrètement, le marxisme est une idéologie totalitaire qui a causé, au XXe siècle, la mort de cent millions d’hommes, de femmes et d’enfants (Livre noir du communisme, sous la direction de S. Courtois, l’estimation est peu discutée). Jamais, dans l’histoire, une idéologie n’avait été à l’origine du massacre de tant d’êtres humains. On serait fondé, de ce point de vue, à qualifier le marxisme d’idéologie anthropophage.

Face à cette pureté anti-démocratique, et cette revendication sans fard d’une idéologie mortifère, on s’attendait à ce que la gauche démocratique se pince le nez et se dépêche de tresser un nouveau cordon sanitaire. Comment imaginer gouverner avec un parti dont les statuts (version 2008) renvoient à l’ouvrage Le Parti de la révolution, par Ludo Martens, qui préconise la guerre civile comme méthode de gouvernement ?

Qui l’eût cru ? C’est le contraire qui s’est produit. Avec une touchante unanimité, la gauche démocratique s’est empressée de professer sa volonté de gouverner avec le PTB, dont elle affirme embrasser une large part du programme et des principes. Pour le socialiste Magnette :

« Le PTB propose les mêmes réformes que le PS, mais l’exprime de manière différente ».

Le ministre-président wallon n’exclut pas de collaborer avec le parti de Raoul Hedebouw, ajoutant :

« Cela dépendra de l’attitude du PTB. » (Le Soir, 23 mai 2016).

« Pour Ecolo, il n’y a aucune interdiction de principe vis-­à-­vis du PTB. On peut s’allier à tous les partis démocratiques sur la base de projets. Jusqu’à preuve du contraire, le PTB est un parti démocratique »

déclare dans un entretien à La Libre du 5 novembre 2016 la coprésidente d’Ecolo Khattabi. Elle gagnerait à se renseigner sur la définition du marxisme.

Il ne s’agit pas d’amalgamer les positions socialiste et écologiste. Dans le cas d’Ecolo, les convergences idéologiques et programmatiques avec le PTB sont réelles. Dans le cas du Parti socialiste, idéologiquement orphelin depuis de longues années, il s’agit davantage d’opportunisme.

Mais dans les deux cas ces génuflexions face à l’extrême gauche privent la gauche du droit de donner des leçons de morale démocratique à la droite parlementaire.

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  • j’espère que les Belges, feront comme nous en France. Supprimer le socialisme et son avatar originel le marxisme. Les « cent millions d’hommes, de femmes et d’enfants » victimes de cette idéologie anthropophage n’ont plus assez de place dans le « paradis communiste ».

    • @ gebe
      Oui, enfin, non! Vous êtes toujours en « socialie », que je sache et jusqu’au mois de mai ou juin 2017! SI le P.S. ne prêche plus le marxisme, J.L.Mélenchon s’en charge avec les « frondeurs » et les autres partis de « la gauche de la gauche »!

      Et la population française ne changera pas ses habitudes sociales du soir au lendemain des élections: je peux même vous prédire une résistance dure des allocataires et autres assistés devant toute réforme!

      Pendant ce temps-là, la Belgique continue à vivre sous un gouvernement fédéral (national) de droite très explicite, réformateur, qui tente de redresser financièrement le pays, non, sans succès, mais évidemment, sans socialiste! La France est loin de tout cela! Que je sache!

      Donc non, les Belges ne feront pas comme vous, bien heureusement! La France n’est clairement plus un exemple ni un modèle depuis un certain temps, déjà!

      (Et je ne suis pas Belge)

  • Cela fait 99 an que le marxisme ravage des pays entiers sur tous les continents, et aujourd’hui encore il y a toujours des crétins qui se prennent pour des intelectuels pour continuer à y croire.

  • L’Eglise catholique n’a pas de fonctionnement démocratique. C’est pourquoi son parti a modifié son appellation en Belgique de Parti catholique, puis Parti social chrétien, puis centre démocrate humaniste! C’est pourquoi aussi Lénine s’est inspiré de son système pyramidal pour mettre au point son centralisme démocratique.

  • 18 % aux dernier sondage … alors qu’au Nord du pays la NVA songe à une alliance avec le Vlaams Belang, grand écart … oufti, ça va être dur les « compromis à la belge » …

    • @ nolife
      Je crois que rien n’est décidé, à la NVA: il y a un « gap » entre la ligne du parti (séparatiste et co-fédéraliste) et leurs électeurs bien plus anti-séparatisme: tout dépendra des résultats du gouvernement fédéral, en fin de législature: en cas de succès, le raz-de-marée NVA risque de s’amplifier, comme le vote MR du côté francophone! Donc ait and see! (un simple attentat meurtrier pourrait faire basculer la tendance, malgré une mise au travail efficace des forces de sécurités désormais coordonnées, me semble-t-il!)

  • Je serais très étonné que la partie flamande apprécie à sa juste valeur le marxisme de la partie wallonne, à croire que cette peste rouge est un tropisme propre aux francophones de tous les pays.

    • En effet c’est le syndrome du dictateur défunt Castro

    • @ Le Gnôme

      Composition de l’assemblée des élus francophones de Belgique:

      « Composition du Parlement pour la législature 2014-2019 :

      PS : 36 sièges. socialistes
      MR : 30 sièges libéraux
      CDH : 16 sièges. « humanistes » « ex-chrétiens »: centre, droit et gauche
      Ecolo : 6 sièges. « écolo » de tendance gauche
      FDF : 3 sièges. « Francophones » plus souvent tendance libérale
      PTB : 2 sièges. « Marxistes »
      PP : 1 siège. « quasi d’extrême droite, économiquement » pas « idéologiquement »

      Les explications de partis (colonne de droite) sont de moi, honnêtement.
      Donc la « peste rouge » ne concerne que le PTB, les socialistes étant plus des « apparatchiks » des institutions et de la politique.
      Donc non! La Belgique n’est pas menacée non plus par un raz-de-marée rouge (pas plus que la Suisse).

      Pourquoi toujours élargir aux autres pays européens vos problèmes franco-français? Pour diminuer artificiellement la responsabilité des Français? Il serait plus utile d’assumer! Concrètement!

  • Ouf un grand merci pour cela
    j’ai une phrase à ce sujet sous forme de question
    Pourquoi tant de complaisance pour l’extreme gauche et tant de virulence pour l’extreme doitre
    deux poids deux mesures
    Tout cela parce que c’est la gauche qui a TOUJOURS raison
    c’est ce que Emannuel TODD appelle le faschisme ROSE

  • Bof, que le socialisme s’étiquette démocratique, nationaliste, étatiste, marxiste, écologiste ou fasciste ne change pas grand chose à l’affaire. On peut simplement remarquer que le fascisme est la forme la plus pure du socialisme, l’idéal socialiste, tandis que le marxisme, le nationaliste ou l’étatiste en sont des rejetons dévoyés et la social-démocratie ou l’écologie des arriérés congénitaux.

    Quelle que soit sa forme, le socialisme reste toujours et partout une théorie débilitante et son collectivisme acharné une survivance barbare héritée de l’Antiquité qu’il convient d’extirper d’une société qui prétend être civilisée, sans perdre son temps avec un sentimentalisme de mauvais aloi.

  • Le gros problème de la Belgique, c’est qu’il s’agit d’une fédération. Et le gros problème d’une fédération est qu’elle permet aux différentes entités fédérées d’être administrées par des majorités différentes sans que les habitants des régions concernées ne ressentent pleinement les conséquences de leurs choix électoraux, en raison des très importants transferts financiers induits par l’existence de la « solidarité fédérale ». On peut très bien habiter une région, voter pour toujours davantage de fonctionnaires, toujours davantage de règlements, toujours davantage de taxes, et faire financer l’intégralité de ses propres choix par les autres régions, pour autant que ces dernières suivent une politique plus libérale et génératrice de richesses.

    En France, si l’élection d’un type comme François Hollande peut avoir un effet de vaccin (toujours momentané, car les populations oublient vite) contre le socialisme, c’est parce que personne d’autre que les Français (sauf un peu, de manière plus ou moins indirecte, comme au niveau de l’UE par exemple) ne va payer pour les mesures prises par les socialistes français. La facture se paie cash, dans le pays. Imaginons maintenant que le rêve béat des fonctionnaires eurolâtres – le fédéralisme européen – devienne une réalité : dès cet instant, ce sont les Allemands qui recevront la facture des dépenses des princesses socialistes françaises. D’un côté – le côté français – on aurait des socialistes élus pour toujours dépenser plus, et pour toujours exiger avec de hauts cris indignés que les Allemands fassent preuve de « loyauté fédérale » en payant les factures des Français, tout en dénonçant la « dérive populiste et frileuse-repliée-sur-soi, rappelant les pires heures de notre histoire » des Allemands qui ne voudraient plus payer les factures des Français. Et de l’autre côté – du côté allemand – la moutarde monterait petit à petit au nez des électeurs, au point qu’à un moment donné, il se trouverait une majorité pour tout simplement voter pour les partis qui couperont le robinet vers la France.

    Remplacez la France par la Wallonie, et l’Allemagne par la Flandre, et vous avez la situation belge. Le fédéralisme, c’est, avant toute chose, une fabrique d’irresponsables.

    • C’est d’avantage la particratie qui est irresponsable et celle-là est internationale.
      De Gaulle qui n’était pas Saint Libéral, ni d’avantage Saint Marx, l’avait parfaitement compris et a conçu une élection du suffrage direct pour le chef de l’Etat Français. On n’a pas fait mieux depuis, cela évitait les palabres dans le dos des électeurs. Mais nos zélites se sont encore débrouillés pour contourner ou détourner, c’est selon, ce dispositif.

    • @ Insolvabulator

      Je ne peux pas vous suivre dans votre délire anti fédéraliste, évidemment! Un des pays qui ne quitte pas un niveau d’excellence de la gestion nationale est la Suisse, votre voisine qui aurait déjà dû contrer vos a priori non prouvés. Les U.S.A. sont un autre modèle fédéral qui se débrouille bien, me semble-t-il, comme l’Allemagne, autre voisine, « veuve » du « couple-moteur de l’Europe » dont la France est devenue inexistante!

      Il est strictement normal que vous ne compreniez pas le système fédéral belge: la plupart de ceux qui croient avoir compris, se trompent! Ils ignorent souvent que les Belges ont un double fédéralisme: un « communautaire » qui s’intéressent aux personnes, un autre territorial qui s’intéressent aux régions.

      Cette « subtilité » (« une première mondiale ») est forcément difficilement compréhensible par tout étranger! Encore faut-il qu’il sache que la Belgique est trilingue et qu’elle a donc 3 « communautés »: une « flamande », une « fédération réunissant les communautés de Wallonie et Bruxelles francophones » et une « allemande » forcément germanophone ».

      Il y a aussi 3 régions, hors calque des communautés,: une région flamande, une région wallonne et une région bruxelloise. Et la phase de transition n’est pas terminée, vraisemblablement!

      Donc non: vous ne comprenez pas le fédéralisme belge! C’est pourtant un système plus démocratique qui rapproche le pouvoir du citoyen, autrement mieux que le nouveau dessin des « super régions françaises » qui écarte définitivement la disparition des départements du « mille feuille » malgré tout dirigé « d’en haut » par un président élu pour 5 ans et « indégommable » pour 5 ans, sauf démence avérée et médicalement certifiée!

      Un monarque provisoire avec 8% de taux de confiance!!! Vive la « démocratie » française! « Pu… , 6 mois! » aurais dit J.Chirac!

      Et si votre raisonnement est erroné, votre conclusion l’est forcément: la Wallonie vit de moins en moins aux crochets de la Flandre.

      Donc rien à voir avec la France qui refuse de se réformer et cherche désespérément à faire payer les autres comme cette demande récente de compensation pour des « travailleurs frontaliers » qui sans travail chez eux, viennet chercher un bon salaire au Luxembourg, qu’ils dépensent en France: quand on est à quémander quelques pièces dans ces conditions, les leçons, on se les garde! À bon entendeur, Salut!

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