Ces dépenses publiques qui nuisent à la croissance

Un récent rapport de l’OCDE, à rebours de toutes les doctrines keynésiennes chiffre que l’État le plus efficace ne doit pas capter plus de 36% de la richesse produite par ses citoyens. En France, l’État s’arroge 58% du PIB.

Par Simone Wapler.

dépenses publiques
État obèse par René Le Honzec

L’OCDE vient de publier un papier surprenant selon lequel un État trop important nuit à la croissance économique. Il existe une taille limite à ne pas dépasser et certaines dépenses sont plus utiles que d’autres.

Cette position anti-keynésienne, émanant de ce monument de la bureaucratie internationale sis dans les beaux quartiers de Paris, est tellement étrange que je vous mets la preuve sous le nez.

L’organisme le publie dans une note signée de Jean-Marc Fournier et Asa Johansson que vous pouvez vous procurer ici.

Essuyez bien vos lunettes si vous en avez.

« Les États des pays membres de l’OCDE dépensent en moyenne 40% de leur PIB pour fournir des biens et services publics et effectuer des transferts sociaux.
(…)
L’ampleur du secteur public a suscité beaucoup de recherches portant sur la relation entre la taille de l’État et la croissance économique. (…) Ce papier est une enquête empirique sur les effets de la taille et de la composition des dépenses publiques sur la croissance de long terme.
(…)
Les principales conclusions de cette analyse sont que (…) les plus gros États sont associés aux plus faibles croissances de long terme. Les plus gros États ralentissent également les rattrapages de productivité.
»

Un vent d’ultra-libéralisme sauvage souffle dans au moins un bureau de l’OCDE.

Des larmes d’émotion coulent sur mon clavier, risquant par un court-circuit potentiel de mettre en danger la sécurité de mon poste de travail telle qu’elle est minutieusement prévue dans quelques pages des 3 809 que compte le code du travail (édition Dalloz). Il est temps que je me ressaisisse.

Je ravale simplement un dernier sanglot en me remémorant qu’en France c’est 58% du PIB qui est au service de notre État imposant, ce qui explique peut-être une certaine langueur économique et de nombreux chômeurs.

Ces auteurs (sans doute d’horribles ultra-libéraux, ultra-non-académiques égarés) n’ignorent pas les recherches précédentes qui établissent que la dépense publique est bonne pour la croissance économique. C’est ce que nous appelons ironiquement le « miracle de Saint-Fisc ». Ce phénomène magique a été documenté avec humour par les auteurs de la Théorie de la révolte fiscale, Serge Schweitzer et Loïc Floury. L’argent privé vil et corrupteur devient bon et utile lorsqu’il est collecté et transformé en argent public.

Vous avez déjà compris, cher lecteur, que les croyants du miracle de Saint Fisc pullulent dans les nombreuses administrations nationales ou supranationales qui vivent d’argent public. Il est donc rare et admirable d’en voir sortir des écrits renégats comme celui-ci.

36% du PIB, la limite idéale de l’État

Mais voilà, selon ce papier de l’OCDE, passé 36% de PIB accaparé par l’État, le miracle n’opère plus. Les dépenses deviennent stériles, voire pire, nuisibles.

Pour les amateurs de précision, de statistiques appliquées aux bipèdes, je précise que ce rapport s’appuie sur de jolies équations très sérieuses comme celle-ci pour la prévision des effets des dépenses d’éducation :

sw1

Ou comme celle-ci qui concerne les inégalités de revenus :

sw2

Évidemment, si vous avez le goût plus littéraire, vous pourrez toujours vous rabattre sur le livre de Bill Bonner Hormegeddon : Quand trop de bien nuit, publié aux Belles Lettres et qui traite exactement du même sujet.

Retraites et subventions : les dépenses publiques exagérées les plus nocives

Selon les auteurs, les dépenses publiques qui freinent le plus la croissance concernent les retraites et les « investissements d’avenir », les aides et subventions à des secteurs sélectionnés par de consciencieux fonctionnaires. Ayons une pensée émue pour notre Banque publique d’investissements récemment épinglée par la Cour des comptes.

Pour la lutte contre la pauvreté, les dépenses d’éducations sont plus efficaces que les dépenses de redistribution et autres transferts sociaux, établissent également les auteurs.

Gain possible avec un État à la « taille idéale » : 22% de PIB à 45 ans

Les calculs des auteurs simulent les effets à long terme d’un amaigrissement de l’État selon un train de réformes échelonnées sur 10 ans.

Excellente nouvelle, le gain pour la France serait « énorme », comme disent les jeunes : de l’ordre de 22% de PIB.

sw3

D’autres gains sont même encore possibles en se concentrant sur les dépenses réellement efficaces, et l’étude mentionne un bond de 14% du PIB dans le cas de la France.

Il y a seulement un problème pratique : 10 ans, 45 ans… ce sont des délais incompatibles avec les petits soucis quotidiens de notre Parasitocratie politique.

Ce récent papier de l’OCDE, à rebours de toutes les doctrines keynésiennes et néo-keynésiennes dominantes, chiffre que l’État le plus efficace ne doit pas capter plus de 36% de la richesse produite par ses citoyens. C’est une révolution. Je rappelle qu’en France, l’État s’arroge 58% du PIB. Aux armes, citoyens ! C’est Bercy qu’il faut prendre après la Bastille.


Pour plus d’informations de ce genre, c’est ici et c’est gratuit.