Fillon et la santé : enfin une réforme de bon sens !

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François Fillon propose une réforme du système de financement de la santé qui est pleine de bon sens.

Par Éric Verhaeghe.

Sécurité sociale
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François Fillon avance, sur la santé, des propositions encore mal comprises par les Français. Et c’est bien dommage, car le mouvement en avant qu’il propose constitue une vraie réforme équitable. Les quelques lignes qui suivent tentent de la rendre plus claire, en dehors des simplifications inquiétantes (car immobilistes) d’Alain Juppé qui expliquait de façon suicidaire (car c’était une promesse impossible à tenir dans les années futures) qu’il ne voulait pas toucher aux taux de remboursement de la Sécurité sociale.

Les cancéreux, grandes victimes de la Sécurité sociale

Régulièrement, la presse se fait l’écho des scandaleux restes à charge en cas de cancer. En moyenne, une victime du cancer doit débourser de sa poche 750 euros par an pour être soignée. Ce seul fait prouve que notre Sécurité sociale, élevée au pinacle par tant de bien-pensants, dont Alain Juppé lui-même, n’est qu’une forme très dégradée de protection sociale. S’il existe en effet des maladies où la médecine devrait être gratuite et généreuse, ce sont ces maladies longues et graves qui constituent le vrai risque santé en France.

Pourtant, nous avons fait le choix inverse. La stratégie de remboursement des frais de santé en France consiste en effet à ne pas prioriser le risque. La Sécurité sociale se sent obligée de rembourser n’importe quel soin, et de ne surtout pas sacrifier les soins « visibles » (les grippes, les bronchites, la presbytie, la visite chez le dentiste), parce que ce sont ceux qui rapportent le plus d’électeurs.

Certes, les maladies « ordinaires » sont moins généreusement remboursées que les affections de longue durée. Mais la généralisation des complémentaires santé fait que, dans la pratique, un patient est mieux couvert lorsqu’il a la grippe que lorsqu’il a un cancer.

Notre absurde stratégie de dépenses en santé

Pour mémoire, l’assurance maladie en France assume environ 250 milliards d’euros de dépenses annuelles, dont un petit 80 milliards pour les maladies graves. Si la Sécurité sociale constituait une protection sociale performante, elle allouerait à la prise en charge de ces maladies graves (le cancer, le SIDA, l’hépatite, le diabète, etc.) une somme d’au moins 100 milliards. Seule cette augmentation de dépense permettrait d’éviter tout reste à charge du patient.

Pour le coup, ce geste serait tout à fait mérité dans la mesure où le renoncement aux soins pour ces maladies constitue une véritable prise de risque. Le sens de l’assurance maladie se situe là.
L’amélioration de la prise en charge du cancer est impossible en France du fait des arbitrages macro-économiques. Comme la Sécurité sociale met absurdement (et pour des raisons électoralistes) dans la même enveloppe budgétaire les remboursements de maladies graves et ceux de maladies anecdotiques, il faut bien équilibrer les efforts.

Pour que Madame Michu, qui se rend chaque semaine chez son médecin pour s’occuper et avoir une prescription, continue à être prise en charge à 70% par la Sécurité sociale, on explique à la femme victime d’une mastectomie que la chirurgie réparatrice qui lui permettra de ne plus ressembler à une Amazone est à sa charge. Et ça coûte cher.

Au passage, on ne dit pas assez que la solidarité invoquée à tout bout de champ dans le domaine social fait toujours des victimes, et généralement ce sont les plus faibles. En l’espèce, on sacrifie volontiers la jeune maman frappée par le cancer pour s’occuper des plus âgés, généralement détenteurs d’un patrimoine, et très décomplexés sur les dépenses en santé.

La question emblématique des lunettes

Dans cet inventaire à la Prévert de maladies, de médicaments et de dépenses en tous genres, la Sécurité sociale fait très fort au nom d’un égalitarisme à trois francs six sous. Elle veut se mêler de tout, comme si toutes les maladies relevaient du même risque et de la même logique de remboursement, sans songer que ce sont chaque fois les maladies graves qui sont sacrifiées.

Les frais d’optique constituent sans doute l’exemple le plus emblématique de cette gabegie organisée au nom de l’égalité et de la fantasque universalité de la Sécurité sociale. La Sécurité sociale se sent obligée de rembourser toutes les lunettes et tous les verres prescrits par un ophtalmologue. Mais les montants de remboursement sont si ridicules qu’ils pourraient être supprimés sans qu’aucun assuré ne s’en aperçoive.

Au demeurant, la légitimité d’une intervention de la Sécurité sociale dans les remboursements de lunettes est sujette à caution. La baisse de la vue est en effet un risque certain chez les humains. On n’est pas sûr d’avoir un cancer, mais on est toujours certain de devenir presbyte. Alors pourquoi rembourser ce risque certain comme s’il était aléatoire ?

En réalité, la prise en charge des lunettes relève de l’épargne et non de l’assurance.

Fillon propose une nouvelle logique du risque

Dans le projet de François Fillon tel qu’il est avancé aujourd’hui, l’idée sous-jacente est donc de revenir au sens original de l’assurance maladie : ne plus rembourser les risques certains, et concentrer les moyens sur les risques aléatoires. Laisser, au fond, chaque citoyen prendre ses responsabilités avec les petites maladies du quotidien comme la grippe ou la bronchite, la presbytie et même la rage de dents. En revanche, la collectivité pourra renforcer la prise en charge des maladies graves, chroniques, de longue durée, et retrouver des soins de très haute qualité pour ces profils à risque.

Entendons-nous sur ce que signifie « laisser chaque citoyen prendre ses responsabilités ». La France est dotée aujourd’hui d’un marché extrêmement mature de complémentaires santé. L’offre est pléthorique, concurrentielle, efficace. Pour les frais d’optique, pour les prothèses dentaires, il est acquis que l’externalisation du risque auprès de ces acteurs complémentaires permettra à la fois de diminuer les coûts et d’améliorer la qualité des soins.

En particulier, la bonne maîtrise des données de santé et le recours systématique à des réseaux de soins constituent une évolution importante dans la révolution sanitaire que nous pouvons engager, dans la mesure où elle permet de salarier les médecins qui le veulent et de garantir les meilleurs prix aux assurés et aux patients.

Combien ça coûte ?

La question que se posent les Français, bien entendu, est de savoir si ce système rendrait la santé plus chère ou non.

Contrairement aux préjugés largement répandus, la réforme de François Fillon permettrait de diminuer le coût de la santé pour les particuliers. En effet, ils troqueraient des dépenses mal gérées par la Sécurité sociale et les hôpitaux publics, contre une dépense soumise à la concurrence du marché et donc mieux gérée par des acteurs qui risqueront de perdre leur portefeuille en cas d’insatisfaction de l’assuré.

Pour arriver à ce système, l’assurance maladie perdrait une partie de son périmètre d’intervention et pourrait donc sensiblement baisser ses cotisations (ce qui libérerait de la compétitivité pour les entreprises). Ces sommes libérées ne seraient que partiellement compensées par la hausse des tarifs des complémentaires santé. L’assuré serait donc finalement gagnant.

La question de la sélection du risque

Certains ne manqueront pas d’opposer à ce raisonnement imparable la manie des assureurs de sélectionner le risque. Les prix baisseront, diront-ils, pour les jeunes en bonne santé, et augmenteront pour les vieux malades.

Ce point doit être traité sur le fond, car il est aujourd’hui perverti par l’égalitarisme apparent de la Sécurité sociale, qui matraque les jeunes avec des cotisations élevées pour mal prendre en charge les plus âgés (on ne compte pas ici le nombre d’anecdotes sur les seniors qui passent des heures sur un brancard dans les couloirs des hôpitaux sans voir un médecin).

En réalité, la France n’a pas encore assumé la révolution du 4è âge qui devrait résoudre un grand nombre de ses problèmes. Le coût de la santé pour les seniors est en effet très lié aux derniers mois de vie, et même aux dernières semaines. Le moment vient sans doute de régler ce sujet en prévoyant d’autres modes de financement des soins pour ces sujets spécifiques, spécialement en faisant jouer les actifs successoraux.

Ces choix techniques indispensables permettront de rétablir une parfaite équité dans le système de santé proposé par François Fillon.

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