Taxer, toujours taxer : pourquoi ce réflexe maladif ?

Pourquoi certains ont-ils toujours le réflexe de demander des taxes pour favoriser des comportements ? L’éducation et l’information restent pourtant le meilleur moyen de laisser chacun choisir son mode de vie.

Par Pascale Déry.

Taxer, toujours taxer
Sodas By: Jannes PockeleCC BY 2.0

« Les Québécois achètent de moins en moins de boissons gazeuses ». Voilà une manchette qui a très vite retenu mon attention la semaine dernière. Je me suis dit : « Tiens, une bonne nouvelle qui va réjouir les grands défenseurs des saines habitudes de vie. »

N’est-ce pas une bonne nouvelle que d’apprendre que les ventes de boissons gazeuses ont chuté de 18%, la plus forte diminution entre 2010 et 2014, et qu’en revanche, les achats d’eau embouteillée ont augmenté de 21% ?

On assiste peut-être à une réelle prise de conscience de l’importance d’une saine alimentation. C’est signe que les efforts d’éducation et de prévention ont porté leurs fruits. Ce sont des résultats rassurants.

Mais cela, la Coalition Poids ne l’admet que du bout des lèvres. Sur les ondes de 100% Normandeau, la directrice de l’organisme Corinne Voyer a encore une fois défendu l’idée d’une taxe, prétextant que c’était la meilleure solution pour réduire la consommation de boissons sucrées.

Taxer, un réflexe maladif

Pourquoi toujours ce réflexe maladif, de la part des groupes de pression, de demander au gouvernement de taxer pour régler un problème de santé publique ? Vous avez une étude de l’Institut national de la santé publique qui vous dit que la consommation a baissé de manière significative, et ce, sans aucune taxe. Alors pourquoi vouloir alourdir davantage le fardeau fiscal des Québécois ?

Corinne Voyer de la Coalition Poids vous dira, et je la cite : « que le portefeuille peut se le permettre ». Une taxe de 20 cents, comme le suggère l’organisme, peut être facilement absorbée par les consommateurs, dit-elle.

Je veux juste vous rappeler, Mme Voyer, que nous sommes déjà les plus taxés en Amérique du Nord et je doute que les contribuables acceptent de verser une contribution supplémentaire à l’État.

Laisser la liberté de choix plutôt que taxer

Sincèrement, j’ai vraiment de la difficulté avec le principe de gouvernemaman. L’État n’a pas à dicter mes comportements et habitudes. Je l’ai déjà dit et je le répète, c’est mon problème si j’ai envie de m’empiffrer d’un gâteau au chocolat, de dévorer un sac de chips ou encore de boire un orange Crush. Je préfère adhérer au principe de la liberté de choix.

Posons-nous plutôt la vraie question. La fiscalité est-elle vraiment la meilleure politique publique pour changer les comportements ? Permettez-moi d’en douter. D’ailleurs, l’idée d’imposer une taxe sur les boissons gazeuses ne fait pas l’unanimité.

Il y a trois semaines, en plein Sommet sur l’alimentation, le célèbre chef Ricardo Larrivée a émis des réserves quant à la pertinence d’imposer une taxe sur les boissons gazeuses. Selon lui, cela ne réglera pas le problème de l’obésité. Il a ajouté :

« Et après la boisson, on fait quoi ? On taxe les soupes trop salées, le pain blanc trop sucré, les boîtes de conserves ? »  

Il est là le danger d’une telle politique. On taxe quoi au juste ? On s’arrête où ?

Taxer quoi ? Jusqu’où ?

En taxant toutes les boissons sucrées, le vœu pieux des partisans de la taxe, on viserait aussi les boissons non gazéifiées, y compris les laits aromatisés, les thés sucrés, les frappés aux fruits et d’autres jus considérés par ailleurs comme bons pour la santé. Vous comprendrez pourquoi ce genre d’approche est une pente glissante à prendre avec précaution.

Une telle politique entraînerait aussi ce qu’on appelle la « substitution calorique ». Un consommateur uniquement encouragé à ingérer moins de calories en provenance de boissons sucrées les remplacera probablement par des calories provenant d’autres boissons ou aliments. Autrement dit, on déplace le problème, on ne l’enraye pas.

Pourquoi les taxes et réglementations répressives sont-elles aussi populaires dans les cercles associés à la santé publique ? Est-ce parce que ces groupes veulent profiter des revenus générés par l’État pour financer des initiatives personnelles ? Ont-ils un intérêt corporatif ? Parce qu’il existe des options plus efficaces et constructives : l’éducation et la prévention demeurent la meilleure façon de faire changer les comportements.

On n’a qu’à regarder le succès du Défi Pierre Lavoie. D’année en année, ce sont des milliers de personnes qui se mobilisent pour participer à cet événement incontournable. C’est signe que les messages de sensibilisation sur les saines habitudes de vie passent. Plutôt que de réclamer une taxe, Pierre Lavoie, pour qui j’ai un profond respect, devrait continuer à faire ce qu’il fait de mieux, soit encourager les jeunes et moins jeunes à se prendre en main, pratiquer une activité physique et adopter une saine alimentation. Vous l’avez trouvée, la formule gagnante !

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