Descartes manager

Comment la lecture de René Descartes peut donner des pistes pour adopter la bonne attitude de management face à l’innovation.

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Descartes manager

Publié le 12 août 2016
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Par Gilles Martin.

Descartes credits Giveawayboy (CC BY-NC-ND 2.0)
Descartes manager

Dans le management, comme en d’autres occasions de la vie, le doute s’installe de temps en temps : dois-je choisir telle ou telle direction ? Mes choix d’hier sont-ils encore les bons ? On rencontre les deux types de personnages et de managers :

Ceux qui vont vous expliquer leurs « convictions », et pourquoi « on a toujours fait comme ça ». Ceux-là, on va dire qu’ils sont déterminés, mais parfois aussi un peu bornés et têtus, non ? Et est-ce qu’ils savent encore écouter, à force de tout juger à l’aune de ces « convictions » ? Et en pensant toujours suivre le même but, de rater les virages, les « disruptions », les innovations.

Et puis il y a ceux qui sont toujours en train de douter, voire carrément comme ces philosophes de l’Antiquité qui affirmaient que la vérité ne peut être connue et que tout doit être soumis au doute (on les appelait, et on appelle ceux-là encore les sceptiques). Ceux-là changent d’avis, hésitent, cherchent une « synthèse » pour ne pas prendre de décision (on en connaît, non ?). Mais on dira aussi qu’ils sont prudents, qu’ils ne prennent pas de décisions « à la légère ». Avec le risque, en ne choisissant pas, de perdre des opportunités, de ne pas innover.

Les deux attitudes sont donc à risque pour qui veut innover, et saisir les opportunités.

Alors, on fait quoi ?

L’image de la forêt

Descartes utilise l’image de la forêt dans la troisième partie de son Discours de la méthode. Cette troisième partie est précisément celle où Descartes s’interroge sur le sens de la vie et le moyen d’y trouver le bonheur. Et pour cela il propose des maximes. L’histoire de la forêt est dans la deuxième, où il évoque :

« ces voyageurs qui, se trouvant égarés en quelque forêt, ne doivent pas errer en tournoyant tantôt d’un côté, tantôt d’un autre, ni encore moins s’arrêter en une place, mais marcher toujours le plus droit qu’ils peuvent vers un même côté, et ne le changer point pour de faibles raisons, encore que ce n’est peut-être été au commencement que le hasard seul qui les ait déterminés à le choisir; car par ce moyen, s’ils ne vont justement où ils le désirent, ils arriveront au moins à la fin quelque part où vraisemblablement ils seront mieux que dans le milieu d’une forêt. »

Le bénéfice de cette attitude est pour Descartes de se « délivrer de tous les repentirs et les remords qui ont coutume d’agiter les consciences de ces esprits faibles et chancelants qui se laissent aller inconstamment à pratiquer comme bonnes les choses qu’ils jugent après mauvaises ».

Donc, il vaut mieux choisir une direction et s’y tenir que de rester dans l’indécision.

Mais vouloir marcher vers un même côté, est-ce que cela ne va pas nous conduire à nous obstiner, comme mon manager avec ses « convictions » ? Et qu’est ce que l’on fait si l’on veut changer d’avis ?

En fait, toute la subtilité de la comparaison est dans le choix de cette forêt (Denis Moreau, spécialiste de Descartes, en a fait le titre d’un de ses ouvrages, dans lequel je retrouve cette analyse).

La ligne droite unique n’existe pas

Car il suffit de se promener réellement dans une forêt pour rapidement comprendre que la ligne droite unique n’existe pas. Je vais partir d’un arbre A et me diriger vers un arbre B. Mais une fois arrivé à cet arbre B, je vois encore plein d’arbres autour de moi, et je ne dispose plus du point de repère qui me permettait de conserver ma première direction. Et je risque donc de tournoyer, et de rencontrer ces « repentirs et remords ».

Alors, que nous dit cette comparaison ?

Elle nous enseigne justement à parcourir la forêt en choisissant un point B, un C, un D, dans le même alignement, et une fois arrivé à B, je vais choisir un arbre E, en continuité des autres ; à chaque étape, je rajoute un arbre sur mon parcours.

On comprend alors que le choix ne consiste pas à prendre une « grande » décision, unique, à laquelle on ne touche plus, mais à effectuer de petits pas, des choix modestes, les uns après les autres, et que c’est leur accumulation qui permet d’aller droit, sans décision spectaculaire. Cette maxime de Descartes est celle qui nous invite à nous défier de cette grandiloquence des grandes décisions stériles. La résolution est un travail du présent, dans chacun des petits choix, en maintenant chaque décision, même si on n’est pas certain qu’elle est la bonne; c’est la prochaine direction, le prochain arbre, qui me fera avancer.

Cette attitude permet d’éviter de croire que « c’est gagné » (ou « c’est foutu »), parce que je me suis un jour engagé. Le choix est de trouver sa constance, ses valeurs peut-être, qui nous font avancer pas à pas.

Un petit tour en forêt pour trouver le chemin, voilà un sage conseil.

Et garder le cap de cette philosophie cartésienne. Descartes qui dans ses Méditations métaphysiques nous avertit : « Je n’ai aucun droit de me plaindre ».

Promenons-nous dans les bois… Le loup n’y est pas.

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  • Pas convaincu : je ne vois pas en quoi cette « stratégie des petits pas » telle qu’elle est décrite ici diffère du cas de l’ « obstination »…

  • Plutôt que de brûler la forêt pour espérer entrevoir la sortie, mieux vaut effectivement négocier d’arbre en arbre.

  • Les commentaires sont fermés.

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