Le triomphe posthume du marxisme

La république que nous vivons est exclusivement au service des salariés, le capital y est honni dans sa forme aboutie, mais aussi dans son devenir à travers la chasse aux entrepreneurs et travailleurs indépendants.

Par Henri Dumas.

Le triomphe posthume du marxisme
Karl Marx by: fhwrdhCC BY 2.0

Lorsque Marx parlait de prolétariat il ne visait pas péjorativement une sous-catégorie sociale. Il évoquait ceux qui échangent leur travail contre leurs revenus, par opposition à ceux qui trouvent leurs revenus dans la gestion de leur capital.

La bête noire de Marx était le capital, son outil pour l’éradiquer, le prolétariat

Wikipédia cite Marx et Engels en 1847 : « Une chose absolument certaine, c’est que notre Parti et la classe ouvrière ne peuvent arriver à la domination que sous la forme de la république démocratique. Cette dernière est même la forme spécifique de la dictature du prolétariat, comme l’a déjà montré la grande Révolution française. »

Puis Engels en 1891 : « Le prolétariat se servira de sa suprématie politique pour arracher petit à petit tout le capital à la bourgeoisie, pour centraliser tous les instruments de production entre les mains de l’État, c’est-à-dire du prolétariat organisé en classe dominante, et pour augmenter au plus vite la quantité des forces productives. »

Ce n’était pas mal vu

marxiste rené le honzecAujourd’hui notre république est devenue cette fameuse dictature du prolétariat que Marx voyait comme l’étape intermédiaire avant l’avènement du socialisme qui consistait pour lui en la totale suppression du capital et en une économie entièrement entre les mains de l’État.

Il pensait même que cette étape justifiait l’usage de la violence révolutionnaire, ce qu’entreprirent sans vergogne et sans limite Lénine, puis Staline.

Contrairement à l’URSS, c’est par la démocratie que l’Occident et tout particulièrement la France se sont engagés, conformément à la vision de Max, dans la dictature du prolétariat à travers la république des salariés.

En effet, la république que nous vivons est exclusivement au service des salariés, le capital y est honni dans sa forme aboutie, mais aussi dans son devenir à travers la chasse aux entrepreneurs et travailleurs indépendants.

Tout observateur objectif ne peut pas manquer de constater cette situation.

Prenons quelques exemples

  • Le salarié, dont l’élite dominante la plus aboutie est le fonctionnaire, bénéficie de protections spécifiques qu’il travaille ou non, qu’il produise ou non, telles que la retraite, le chômage, l’assurance maladie, des droits exorbitants lui garantissant son poste et une pérennité de son salaire. Il paie globalement des impôts et des charges inférieurs aux entrepreneurs ou travailleurs indépendants. Il profite, selon son entreprise, d’avantages personnels conséquents. Il travaille moins de 35 H par semaine. Hors de son activité, il se détend et s’adonne à ses hobbies.

Donc, nous pouvons affirmer que la République des salariés a installé démocratiquement la dictature du prolétariat évoquée par Marx. Nous y sommes. Tout comme l’URSS y était. Elle, ce fut par la force. Nous par la démocratie.

Cela change-t-il quelque chose à l’affaire ? Non.

Ce qui doit nous inquiéter c’est le fait que l’URSS, une fois arrivée là, s’est effondrée comme un château de sable : en panne de capital.

Tout comme l’URSS, notre république des salariés, ou dictature du prolétariat, va tomber en panne de capital pour en avoir sous-estimé la nécessité et n’en avoir pas compris la réalité et l’usage.

Je m’en suis déjà expliqué, le capital – qui n’est pas la monnaie — est ce qui différencie l’homme de l’animal, c’est lui qui accompagne tous les progrès. Il est simplement accumulation. Il est le stock, l’acquis, la transmission du travail précédent, la corde qui attache et protège de la chute les générations successives.

Il est aussi bien philosophique, scientifique, poétique, culturel qu’évidemment économique. Nulle activité ne peut s’épanouir et progresser sans que le capital qui la sous-tend soit préservé et respecté.

Il n’existe pas de capital dormant ou actif, le capital est un tout.

Tout comme il n’existe pas de livres inutiles parce que peu lus il n’existe pas de capital économique inutile parce que peu utilisé.

Pourquoi l’État ne peut-il pas être chargé de la conservation du capital économique, pas plus que de sa multiplication ? Parce que le capital économique a des caractéristiques si particulières que seuls ceux qui le possèdent personnellement sont en mesure de les gérer. Peu importe que ces caractéristiques soient ou non morales, génèrent ou non de violentes pulsions ou réactions, là n’est pas la question.

Le capital sert à tout, mais seuls certains usages le conservent ou le font fructifier, les autres le perdent. Le tri de ces usages ne peut être fait par personne d’autre que celui qui récoltera, sur son propre capital, pertes ou profits. Peu importe que les possesseurs de capitaux soient aimés ou détestés, sympathiques ou antipathiques, légitimes ou illégitimes, ils sont les seuls en mesure de le gérer. Ceci pour le bénéfice final de tous, quoiqu’il arrive et quelles que soient les apparences.

C’est cette réalité, que Marx n’a pas vu ou pas voulu voir, qui a englouti la première dictature du prolétariat en URSS. C’est elle aussi que notre République des salariés tente vainement d’occulter à grand renfort de propagande.

C’est elle qui emportera notre pays, mais aussi tout l’Occident, qui se fourvoie démocratiquement et globalement dans la haine du capital et dans la dictature du prolétariat qu’il appelle hypocritement république démocratique et non franchement république des salariés ou dictature du prolétariat.

Marx était un grand envieux maladif, un économiste incompétent, un grand écrivain, il a une descendance intellectuelle immense, atteinte des mêmes maux, qui n’y survivra pas.

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