Brexit : un choc monétaire pire que 2008 ?

Brexit : un choc monétaire pire que 2008 ? By: frankieleon - CC BY 2.0

Le choc monétaire lié au Brexit sera-t-il l’étincelle qui mettra le feu aux poudres d’une économie mondiale fortement fragilisée ?

Par la rédaction de Contrepoints.

Brexit : un choc monétaire pire que 2008 ?
Brexit : un choc monétaire pire que 2008 ? By: frankieleonCC BY 2.0

Au-delà du choc politique et des divisions suscités par le Brexit en Europe comme au Royaume Uni, on peut s’intéresser au choc monétaire qui s’est produit le jour même de l’annonce des résultats. Ce choc est qualifié par beaucoup du plus important depuis la crise de 2008. Il pourrait transformer la croissance globale molle de 2016 en récession mondiale.

Le Brexit amplifie la surévaluation du Dollar

D’abord, il faut noter que contrairement à ce qu’aurait pu laisser penser la politique expansionniste de la Fed ces dernières années, le dollar s’est en réalité nettement apprécié. En particulier, la Fed déclarait qu’elle pensait monter ses taux directeurs à la mi-2014, donc à mettre fin au quantitative easing dans lequel elle s’était lancée durant la crise. Quelques mois plus tard, la valeur du dollar considérée relativement à un panier d’autres monnaies mondiales commençait à monter pour atteindre +25% aujourd’hui. C’est à cette même époque que la BCE se lançait à son tour, à contresens de la Fed, dans une politique expansionniste. En clair, au moment où les États-Unis suggéraient que la situation allait en s’améliorant, que la création monétaire aurait une fin, de même que les taux négatifs ou nuls, la BCE envoyait un signal nettement moins positif en jugeant la création monétaire longtemps repoussée désormais nécessaire. Le Dollar s’appréciait donc. Le Brexit a nettement amplifié cet effet puisque la Livre a perdu 4% face au Dollar le vendredi 24 juin et n’est que peu remontée depuis.

Il faut rappeler que 40% de l’économie mondiale a, de près ou de loin et de façon plus ou moins flexible, accroché sa devise à la monnaie de réserve. Lorsque le Dollar se renforce, ces devises se renforcent aussi. Certaines économies seront forcées de dévaluer, au premier rang desquelles la Chine, qui enregistre de cuisantes pertes à chaque fois qu’elle le fait. Il y a par ailleurs énormément et de plus en plus de dettes libellées en Dollars (+70% environ depuis 2000 selon BIS) à travers le monde. Chaque hausse du Dollar face aux autres monnaies rend ces dettes plus difficiles à rembourser. Le Brexit n’a fait que renforcer ces effets déjà fort préjudiciables.

Le Brexit amplifie la course aux obligations sûres

L’incertitude générée par la sortie de l’UE du cinquième PIB mondial à l’influence internationale énorme, sur le plan économique comme militaire ou culturel, pousse les investisseurs à se réfugier vers les valeurs sûres. Compte tenu de ce qui est décrit plus haut dans ces lignes, les dettes américaines, libellées, bien-sûr, en Dollars, sont dès lors considérées comme plus sûres. Cet effet se retrouve dans une moindre mesure sur les dettes des plus gros pays européens, de façon comparable à ce qui avait été observé lors de la menace de… Grexit.

Que va-t-il se passer ?

Ce transfert massif de valeur sur le Dollar ne peut pas rester sans conséquence. À l’image du vulcanologue qui sait que le volcan va exploser tôt ou tard mais qui est incapable de dire quand, une partie des milieux économiques semble trouver que les problèmes s’accumulent mais aucun d’entre eux ne peut prévoir l’ampleur de l’explosion ni sa date. Qui est le plus fragilisé ? Est-ce l’Europe qui ne parvient pas, avec ou sans la volonté des peuples, à construire un projet politique solide ? Le Royaume Uni, qui pourrait ne plus le rester si l’Écosse décidait que le Brexit avait changé la donne ? La Chine, qui a du mal à conserver un taux de change fixe face à la dégradation de l’économie ? Les émergents dans leur ensemble, généralement très liés au Dollar ?

Ce qui est certain, c’est que ces années d’intervention des banquiers centraux sur les marchés ne peuvent pas se terminer en jeu à somme nulle. En outre, l’incapacité européenne à formaliser une politique réellement commune, depuis les plus petits sujets jusqu’aux plus importants, n’est pas de nature à améliorer la situation. Le Grexit a été frôlé. Le Brexit n’a pu être évité. Quelle sera la prochaine goutte d’eau à venir contribuer au vase des conséquences des choix économiques et politiques douteux ?