La mauvaise guerre de Greenpeace contre le glyphosate

Les allégations de Greenpeace à l’encontre du Glyphosate ne reposent sur aucune étude ou mesure sérieuse. Elles consistent exclusivement en une tentative d’intimidation des décideurs de l’Union Européenne.

Par István E. Markó.

La guerre de Greenpeace contre le glyphosate
By: Mike MozartCC BY 2.0

“Le Glyphosate est toxique et dangereux et il faut le supprimer” (Greenpeace).

Si Greenpeace le dit, c’est que ce doit être vrai. Et l’ONG environnementale de se déchaîner contre cet herbicide, multipliant les actions choc, les campagnes anti-Glyphosates, vidant les rayons des magasins qui le vendent et mettant la pression sur les dirigeants européens pour une suppression totale de toute substance contenant le Glyphosate. La population s’affole, les grandes chaînes retirent le produit de leurs rayons, les particuliers le jettent à la poubelle. La peur du Glyphosate, ce tueur silencieux, s’installe.

En tant que scientifiques, il est de notre devoir de vérifier la reproductibilité des résultats expérimentaux et de les interpréter de manière analytique et non passionnelle. Les sentiments, les convictions politiques et l ‘émotionnel n’ont pas droit de cité dans une telle analyse.

Précisons d’emblée que la nature n’est pas un paradis sympathique qui a été prévu pour nous accueillir en son sein. Tant s’en faut. L’eau, sans laquelle nous ne pouvons vivre, nous tuerait si nous en buvions trop. L’air que nous respirons contient 21% d’oxygène. En son absence, nous mourrions rapidement. Respirer de l’oxygène pur nous tuerait.

Définir la dangerosité

Tout produit est donc toxique, qu’il soit naturel ou synthétique. Toutefois, c’est la dose (la quantité) qui définit sa dangerosité. Rappelons-nous Mithridate qui ingérait de petites quantités de poisons pour habituer son corps à y résister si jamais on tentait de l’empoisonner. Pour quantifier cet effet, les toxicologues utilisent divers paramètres dont le LD50 (dose létale 50, la dose nécessaire pour tuer 50% des animaux testés).

Le Glyphosate possède un LD50 de 5,6 gr par kg. En d’autres mots, il faudrait donner 5,6 gr de Glyphosate à des rats de 1 kg pour que la moitié d’entre eux décède. Un homme de 80 kg devrait donc ingérer 448 gr (presque un demi-kilo) de Glyphosate pour avoir un risque sur deux de mourir. Une quantité énorme ! Le Roundup, l’une des formulations les plus populaires du Glyphosate à un LD50 de 5,0 gr par kg. Cette légère augmentation de toxicité est due à la présence d’additifs, dont le POEA, un surfactant (un « savon »).

À titre de comparaison, le LD50 du sel de cuisine est de 3,0 gr par kg, ce qui signifie que le sel de cuisine est quasi deux fois plus toxique que le Glyphosate ! Quant à la caféine, elle est près de 30 fois plus nocive que le Glyphosate. Lorsque Greenpeace mentionne qu’il faut supprimer le Glyphosate et ses préparations parce qu’il s’agit là de composés dangereux pour la santé, ne vaudrait-il pas mieux éliminer d’abord des produits plus toxiques, tels que la caféine et le sel de cuisine ? L’absurdité de cette requête de la part de l’ONG est évidente.

Pourquoi vouloir supprimer à tout prix cet herbicide ?

L’épouvantail Monsanto

glyphosate rené le honzecProbablement parce qu’il est produit par Monsanto et que Greenpeace voue une haine féroce à cette entreprise dénoncée comme le diable de l’agrochimie en personne. De plus, la sacralisation actuelle des cultures « bios » et l’image extatique que les médias donnent des légumes et fruits produit sans herbicides et pesticides synthétiques ont conditionné le public contre ces « produits chimiques ». Des années de sape ont réussi à instiller dans la population un rejet massif de ces composés et la simple mention de « chimique » suffit à déclencher un réflexe de rejet.

Et pourtant, certains produits « bios » sont loin d’être inoffensifs. La bouillie bordelaise, un pesticide « naturel » utilisé notamment dans les vignobles possède un LD50 de 0,03 gr par kg, soit une toxicité 187 fois supérieure à celle du Glyphosate !

En agrochimie, il est crucial d’obtenir un produit qui présente non seulement une excellente activité, mais aussi une faible toxicité et un temps de résidence dans le sol très court. Il faut donc que le composé soit rapidement dégradé en produits simples et non toxiques par les bactéries du sol.

Selon le type de sol, le Glyphosate est décomposé en unités simples (CO2, phosphate, ammoniac) en une période de 1 à 27 jours. À l’inverse, certains produits « bios » ne sont jamais dégradés dans le sol. La célèbre bouillie bordelaise (sulfate de cuivre) contamine les sols durant des décennies et les vignobles français en contiennent des quantités faramineuses.

La dose létale 50 n’est qu’une des mesures utilisées pour définir la toxicité d’un produit. Les effets cumulatifs d’une consommation de longue durée d’un composé, naturel ou synthétique, sur la santé humaine sont également analysés. Ce paramètre, défini comme étant la limite à laquelle aucune toxicité n’est observable (NOAEL), indique quelle quantité de produit peut être ingérée durant toute une existence sans effet néfaste sur l’organisme. Cette valeur est de 0,002 gr par kg pour le Glyphosate.

Cette dose ayant été déterminée, la quantité d’herbicide résiduelle tolérée sur les légumes et les fruits peut être décidée. Pour le Glyphosate, elle a été arrêtée à une valeur de 2 ppm, c’est-à-dire deux molécules d’herbicide pour 1 million de molécules de fruits ou de légumes.

Pour atteindre la valeur de la limite de l’effet de toxicité non observable, un individu de 80 kg devrait manger chaque jour, durant toute son existence, 40 kg de fruits et de légumes. Et le Glyphosate n’aurait toujours aucune toxicité sur lui !

Il apparaît donc clairement que des allégations à l’encontre du Glyphosate ne reposent sur aucune étude ou mesure sérieuse. Elles consistent exclusivement en une tentative d’intimidation des décideurs de l’Union Européenne, basée sur la crainte irraisonnée et soigneusement entretenue du grand public vis-à-vis des insecticides, herbicides et pesticides de synthèse. Et pourtant, sans ces produits phytosanitaires, nous ne pourrions produire de la nourriture de qualité en quantité suffisante pour alimenter la population actuelle.

Quant à moi, j’ai fait mon stock de Glyphosate.