Budget de la Sécurité sociale : prière de regarder ailleurs !

Sécurité Sociale regarder ailleurs By: Kelvyn Skee - CC BY 2.0

On attend des Français qu’ils ne s’intéressent pas de trop près à la Sécurité sociale et qu’ils n’en voient que les bons côtés.

Par Éric Verhaeghe.

Sécurité sociale-regarder ailleurs By: Kelvyn SkeeCC BY 2.0

La Sécurité sociale est une forme de protection sociale dégradée et peu performante qui a un objectif politique : constituer un « amortisseur social » qui permet d’éviter les à-coups liés aux crises et d’empêcher ainsi les remises en cause d’un système de gouvernement dont l’inspiration démocratique est de plus en plus évanescente.

De là d’ailleurs ce sentiment quasi-universel en France d’une faillite de notre système, de son incapacité absolue à régler les problèmes qui se posent, avec la passivité complice de la population qui en fait les frais. Les prestations sociales qui sont versées aux Français, la « sécurité » qu’elles leur donnent sont la meilleure façon de les aliéner à une machine qui roule contre leurs intérêts et dégrade jour après jour leurs conditions d’existence.

Les débats récents sur le revenu universel et la protection sociale l’ont encore montré.

Les Flamands, eux, ont compris ce que sont les dépenses sociales

L’aveu est terrible : mais le bon sens qui devrait inspirer les Français vient de notre bonne vieille province de Flandre, l’un des joyaux de la Couronne lâché en son temps à Charles Quint par les Bourguignons, et passée depuis lors dans la sphère étrangère. Je lis notamment cette dépêche sur le revenu universel :

Le patron de l’Union flamande des entrepreneurs indépendants (Unizo), Karel Van Eetvelt, appelle le monde politique et les partenaires sociaux à ouvrir une discussion sur le revenu universel. (…)

Transposons cet exercice au budget de la Sécurité sociale belge : 80 milliards d’euros par an, soit 20 % du PIB. Si l’on divise ce montant entre tous les Belges, chacun se verrait attribuer à peine 800 euros par mois, soit un montant bien inférieur au seuil de pauvreté !

Ils en ont du bon sens, les patrons flamands : versons à chaque Belge une somme équivalente à sa part de dépense sociale, à charge pour lui de s’assurer contre les risques qu’il encourt. Cette version-là du revenu universel est simple, transparente, responsable, libératrice.

Le revenu universel : trop transparent

Mais cette simplicité biblique, promue avec bon sens par les libéraux belges, constitue une importante menace pour le gouvernement en France. Un système aussi limpide aurait en effet une première conséquence : responsabiliser les Français, les obliger à reprendre leur destin en main, c’est-à-dire leur rappeler qu’ils vivent aujourd’hui dans une prison dorée, confortable sans doute, mais propre à un peuple esclave et non à un peuple libre.

Il faut donc neutraliser une idée qui risquerait de réveiller le bon peuple si soumis aujourd’hui.

Ainsi, Gaspard Koenig, ancienne plume de Christine Lagarde et auto-proclamé « libéral », mène aujourd’hui un combat pour créer un revenu universel par une augmentation de la pression fiscale et sans réforme de la protection sociale. À la tête de « son » think tank truffé des anciens du cabinet Lagarde, il ne recule devant rien pour expliquer, au nom du libéralisme, qu’il faudrait ajouter à l’épaisse couche de protection sociale dont nous disposons déjà, une couche supplémentaire de protection appelée « revenu de base », financé par l’impôt.

Conscient des risques de son propos, il a d’ailleurs rebaptisé son revenu de base un « impôt négatif » dont il assure :

« En France, nos modélisations montrent qu’il serait budgétairement neutre sur les finances publiques et relativement indolore dans ses effets redistributifs. »

Mais alors, s’il est neutre dans ses effets redistributifs et sur les finances publiques, pourquoi le mettre en place ? Pourquoi une usine à gaz dont le résultat serait invisible ou très peu différent de l’existant ?

On adorerait voir ces fameuses modélisations qui prétendent qu’à partir de l’impôt sur le revenu (qui rapporte moins de 80 milliards d’euros par an), on peut tout à fait verser un revenu coûtant 500 milliards par an sans augmentation de la pression fiscale… La grosse blague de tous ces gens qui se prétendent sérieux ! et qui prennent bien garde à ne jamais publier ni la liste de leurs financeurs ni les « modélisations » sur lesquelles ils s’appuient pour donner des leçons à la planète entière.

Même les professions libérales s’y mettent

Les délires de Gaspard Koenig qui devraient lui apporter, le jour venu, un poste dans un gouvernement aussi libéral que lui, ne sont rien, en l’état, par rapport aux errances des gens « dans la place ».

Ainsi, on découvre qu’un représentant de l’Union Nationale des Professions Libérales (UNAPL) au Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) vient de produire un rapport sur l’avenir de l’assurance maladie qui constitue une sorte d’hymne à l’étatisation d’un système déjà étouffé par l’État. On y lit par exemple :

Le CESE préconise d’inciter les médecins à exercer dans les zones de faible couverture médicale en :

• diffusant le contrat d’engagement de service public (CESP) ;

• favorisant le regroupement des professionnels de santé ;

• limitant le bénéfice de certains avantages sociaux aux seuls professionnels respectant les orientations du schéma régional d’organisation des soins.

Afin de limiter le reste à charge des patients, le CESE recommande également de développer la prise en charge forfaitaire des missions d’intérêt général et de maîtriser les dépassements d’honoraires à travers l’information préalable des patients et la régulation du secteur 2.

Faire entrer la médecine de ville dans un écheveau de contrats de service public, de schémas régionaux d’organisation des soins, de régulation des tarifs : voilà un vocabulaire qui montre comment les fantômes du CESE agissent à leur manière pour renforcer sans cesse le contrôle public sur l’activité médicale. Là où l’État est encore absent, il se trouve toujours une bonne âme pour appeler à son intervention. Il est ahurissant de voir que ce sont des représentants des professions libérales qui participent à cette curée.

Il serait intéressant de savoir le montant des subventions publiques que l’UNAPL reçoit chaque année pour se livrer à ce genre de petites trahisons.

La désinformation en règle sur le « trou de la sécu »

Incidemment, on notera la montée en ligne de la technostructure étatisée ou para-étatisée sur tous ces sujets. L’objectif est bien de persuader tout le monde que la Sécurité sociale, c’est vachement sympa et même que ça marche, et qu’il ne faut donc surtout pas la remettre en cause.

Ainsi, deux sénateurs (Roche et Génisson) rendaient cette semaine un rapport sur l’aggravation du déficit du Fonds de Solidarité Vieillesse, qui oblige le contribuable à financer des dépenses « contestables ». Curieusement, cette information est passée au second plan au profit d’une autre, bien plus rassurante : le déficit de la Sécurité sociale recule ! Cocorico ! Nous n’en sommes plus qu’à 9 milliards d’euros.

Bien évidemment, personne n’a rappelé que le résultat brillant attribué à la Sécurité sociale s’explique d’abord par l’augmentation extravagante des recettes, qui ont progressé de 12% environ en trois ans, quand la croissance du PIB n’atteignait même pas 2,5% sur la même période. Autrement dit, la France distrait une part grandissante de la richesse nationale pour les revenus différés qu’elle verse, et rémunère ainsi de moins en moins les forces vives du pays.

Mais cette petite précision est si peu importante.

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