L’accablant déclin français

Facepalm By: andronicusmax - CC BY 2.0

Blocages, grèves à répétition, clientélisme d’État, justice à la dérive… Il est parfois dur de ne pas voir la France décliner…

Par Philippe Bilger.

Facepalm
Facepalm By: andronicusmaxCC BY 2.0

Il y a des jours où la certitude du déclin français est accablante.

Même si on cherche à se défendre contre le déclinisme qui, systématique, fait du pessimisme un réflexe.

Tout se mêle pour le pire et n’est pas loin de susciter cette nausée très particulière qui naît du constat sans espoir de l’impuissance.

La RATP. La régie autonome des tracas parisiens

La règle est qu’entre les retards, les incidents techniques, l’écoulement du trafic, le caractère chroniquement perturbé de certaines lignes, le service public soit de moins en moins un service et le public de moins en moins satisfait. La normalité efficace, dorénavant, est une exception et la multitude des messages qui sont adressés aux usagers pour qu’ils patientent ne change rien à l’affaire. La dégradation suit son cours.

Le clientélisme d’État

Comme il faut à toute force compenser l’expression d’une fermeté ciblée et ponctuelle, la faiblesse et la démagogie s’en donnent à cœur joie partout ailleurs.

Les crédits de la recherche, coupés, sont rétablis par le président de la République (Le Monde). Ce qui a changé entre ces deux démarches contradictoires est seulement la victoire d’une protestation. Qui pourrait dans ces conditions résister à la tentation d’une fronde, aussi absurde qu’elle puisse être ?

Les enseignants, qui ont définitivement perdu toute illusion sur le socialisme à la François Hollande qu’ils ont en masse fait advenir en 2012, vont bénéficier, en cette période où l’intérêt national est passé à la trappe, d’un plan de revalorisation de leurs carrières d’un milliard d’euros, dont 500 millions dès 2017 (Le Monde). Si une minorité de professeurs, par reconnaissance, se ravise et revient au bercail, ce sera déjà cela.

Le ministre des Transports, Alain Vidalies, est intervenu et se bat pour que le statut des cheminots ne soit pas réformé, pour complaire à ceux-ci et contre le président de la compagnie. Il ferait beau voir qu’à un an de l’élection présidentielle, on s’accrochât à une audace pourtant nécessaire ! Ce gouvernement n’est pas kamikaze. Il est patent que tomber, mais au champ d’honneur, n’est pas sa préoccupation principale.

Le Premier ministre, qui devrait avoir pourtant d’autres priorités, va financer à nouveau le régime des intermittents du spectacle. Impossible de laisser en déshérence cette catégorie dont l’unique constance est d’abuser du terme de « résistance » à l’encontre d’ennemis fantasmés et d’exiger de la gauche qu’elle stipendie des convictions et des soutiens qui ne lui ont jamais fait défaut !

Le fiasco pénitentiaire, le désastre de l’exécution des peines

Un rapport transmis à la Chancellerie par la Cour des comptes confirme l’intuition de beaucoup ou le savoir de certains sur l’état de déréliction du dispositif de prise en charge et de suivi des détenus (Le Figaro).

Que ce soit en milieu carcéral – « la surpopulation des maisons d’arrêt, la diversité des durées de détention et les rigidités de l’organisation en détention sont des freins puissants au développement des activités » – ou en milieu ouvert « avec une prise en charge lacunaire », « l’absence générale d’évaluation initiale, complète et objective du condamné », le caractère inadapté des aménagements de peine et du régime de semi-liberté et l’incertitude sur leur coût réel.

Ce tableau est déprimant mais il montre à l’évidence que pour la droite et la gauche, discuter des philosophies et des concepts est totalement inutile parce que l’essentiel ne se trouve pas là, mais dans l’apport de moyens et la conscience professionnelle des agents, des surveillants, des conseillers d’insertion et de probation et des juges de l’application des peines.

Un exemple scandaleux de ces incuries a été fourni lors du procès de Sofiane Rasmouk où un commandant de police, ayant relevé que l’accusé n’était pas inscrit au fichier des personnes recherchées et que depuis plusieurs jours il ne rentrait plus le soir à la maison d’arrêt malgré sa semi-liberté, s’entendait répondre par un responsable de la prison : « On ne va quand même pas signaler tous ceux qui ne rentrent pas ».

Si, justement.

Ce laxisme, cette négligence généralisés capables de se trouver des motifs pour se donner bonne conscience, à supposer que la mauvaise ait pu s’insinuer en eux, représentent la cause principale des multiples dysfonctionnements qui, durant ces dernières années, ont sévi pour le gravissime comme pour le moins important et abouti trop souvent à la facilité et au confort de nouvelles lois quand il aurait fallu condamner des comportements défaillants ou exclure des incapables.

Les espérances trompeuses ou non.

Face à ces ruines effectives ou menaçantes, de quelle légitimité pourrait se targuer l’État actuel pour donner des leçons, alerter, admonester ou mettre en garde ? Où est son exemplarité ? Son éthique ? Ses succès ?

Aussi il ne devrait pas s’étonner et encore moins s’indigner de la montée d’une hostilité collective extrême qui en grande partie s’amplifie au quotidien à cause de lui.

Qu’il s’agisse de la CGT, du Rendez-vous de Béziers ou du FN, l’arrogance de la première, la focalisation sur les deuxièmes et l’avancée du dernier sont la conséquence d’un pouvoir qui libère un immense espace pour la contestation et offre de quoi nourrir celle-ci sans répit.

Pour Emmanuel Macron dont on critique la démarche parce qu’il ne serait pas ministre à plein temps mais rêverait d’une destinée présidentielle, il faut admettre que l’adhésion forte que suscite cette personnalité et les élans qu’elle inspire révèlent moins peut-être ses qualités intrinsèques, pourtant indiscutables, que le besoin d’une large fraction du pays de croire que quelque chose d’autre est possible, que quelqu’un d’autre serait une chance et qu’il y a une vie après cette présidence.

Cette dernière est responsable des maux ou des illusions qu’elle crée.

Si tout fout le camp, elle ne peut pas s’en laver les mains, l’esprit et la conscience.

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