Les rendez-vous ratés de la gauche avec l’Éducation

Publié Par Éric Verhaeghe, le dans École & éducation

Par Éric Verhaeghe.

Najat vallaud-Belkacem

Najat Vallaud Belkacem By: Najat Vallaud-BelkacemCC BY 2.0

L’Éducation Nationale devrait être le thème de gauche par excellence. Pourtant, depuis l’arrivée de François Hollande au pouvoir, la situation devient de plus en plus ubuesque dans la machine Éducation Nationale. L’annonce faite par Najat Vallaud-Belkacem d’une augmentation du traitement des enseignants le prouve encore.

60.000 emplois dans l’Éducation péniblement créés

Rappelons-nous : en arrivant au pouvoir, François Hollande avait annoncé la (re)création de 60.000 postes enseignants pour « réparer » les suppressions de poste décidées sous Nicolas Sarkozy. La doctrine selon laquelle plus de moyens permettait de résoudre tous les problèmes n’a évidemment jamais été réfléchie ni débattue.

Résultat : la plus grande des opacités règne sur le nombre exact de créations d’emplois depuis 2012. Au-delà de la propagande officielle, la Cour des Comptes a estimé à près de 20% la part des emplois créés mais non pourvus faute de candidats valables. La crise de l’absentéisme dans les établissements scolaires a par ailleurs révélé que l’augmentation béate des moyens ne suffisait pas ; encore faut-il que ces moyens soient « opérationnels ».

L’échec de l’égalité des chances

Au passage, de l’aveu même de l’Éducation Nationale, les dispositifs qui visaient à attirer vers le professorat les étudiants les plus défavorisés n’ont pas vraiment fonctionné. Le système des « emplois d’avenir professeur » apparaît aujourd’hui comme un échec :

Malgré la mobilisation des académies pour pourvoir les premiers contingents affectés, les résultats des recrutements sont restés globalement en deçà des attentes. Pour l’année scolaire 2013‐2014 la consommation globale des 10 000 contrats ouverts s’est établie à 71,3 %. De plus, les consommations des contingents alloués sont très inégales entre académies ; les résultats oscillent entre une utilisation du contingent allant de 28,8 % à 99,3 %, dix‐neuf académies se situant à 70 % et plus, et dix entre 50 et 70 %. L’Éducation nationale avait prévu de recruter 18 000 emplois d’avenir professeur d’ici 2015, mais à la rentrée 2014 le contingent alloué est resté à 10 000, avec 7 837 contrats signés à mi‐décembre 2014.

L’autre échec de l’égalité des chances

Dans le même ordre d’idée, Hollande, depuis son arrivée, n’a eu de cesse de saigner à blanc les bourses au mérite, dédiées aux bacheliers les plus méritants. Suspendues en 2013, elles n’ont été rétablies en 2014, avant de voir leur montant… divisé par deux en 2015.

Ce petit geste sans importance souligne bien l’aversion du système hollandais pour les prolétaires qui réussissent, et sa préférence pour l’uniformité dans la médiocrité.

La revalorisation du salaire des instituteurs

Il y a deux mois, le gouvernement annonçait la revalorisation du salaire des instituteurs. Cette mesure, inscrite dans le plan plus global des parcours professionnels, carrières et rémunérations (PPCR), coûtera à terme environ 400 millions d’euros.

La logique de cette augmentation est évidemment électoraliste. Il s’agit d’envoyer à des enseignants mal menés par la réforme des rythmes scolaires un signal clair sur la hausse de pouvoir d’achat que le gouvernement amènera avec lui en 2017. En effet, la hausse de 2016 n’est qu’un acompte sur des mesures qui prendront totalement effet à partir de 2019.

La revalorisation des enseignants du second degré

La mesure prise en faveur des instituteurs est désormais couplée, toujours en application du PPCR, à une mesure à 600 millions prise en faveur des enseignants du second degré. Là encore, cette mesure prendra son plein effet en 2019, ce qui constitue une façon peu subtile d’inviter les enseignants à voter pour François Hollande en 2017.

Comme pour les instituteurs, la mesure n’est couplée à aucune contrepartie. Autrement dit, lorsque la ministre déclare :

« Ces nouvelles mesures vont permettre de replacer la France au-dessus de la moyenne de l’OCDE, et d’atteindre, en fin de carrière, le niveau des pays les plus favorables, se félicite la ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem. Sur ce sujet, la France était à la traîne ; nous allons rattraper ce retard. »

… elle oublie de dire que les enseignants français vont rattraper leur retard salarial, mais ne vont pas combler le retard de leurs obligations vis-à-vis des élèves. Mais ce n’est pas grave, face à notre effondrement éducatif, le gouvernement rase gratis et n’a qu’une idée en tête : ramener des voix pour les prochaines élections.

Rien sur l’autonomie des établissements

Au passage, le gouvernement s’obstine à n’ouvrir aucun des chantiers sur lequel il existe un consensus pour améliorer les performances éducatives. En particulier, sur le second degré, plus personne ne doute de la nécessité d’assurer une véritable autonomie des établissements pour libérer les énergies et favoriser la réussite des élèves. Curieusement, ce sujet ingrat, qui rend les syndicats d’enseignants furieux, est soigneusement contourné par la ministre.

Management des enseignants : le retour en arrière

Pire, bien entendu : la ministre de l’Éducation a annoncé une suppression des évaluations des enseignants par les inspecteurs, et leur remplacement par un fumeux rendez-vous de carrière dont les contours sont encore flous. On en reste scotché : la ministre devrait prochainement rencontrer les partenaires sociaux de son ministère pour leur donner un contenu.

Lâcher toutes ses concessions salariales et ensuite demander des contreparties : voilà une bien curieuse méthode de négociation qui prouve, une fois de plus, que le gouvernement veut acheter les voix des enseignants sans se préoccuper le moins du monde de la réussite des élèves.

Sur le web

  1. Si on veut la réussite des élèves, c’est plus du coté des familles que des profs qu’il y aurait à regarder.
    Quant à leur rémunération, évidemment c’est électoraliste du fait que les salaires des fonctionnaires n’ont pas été revalorisés de l’inflation depuis 5 ans, et qu’il attend l’élection pour le faire. C’est une Banalité en politique.
    Mais la vrai question est : est-ce que les profs sont surpayés en France ? Non, car même si on met de côté les comparaisons européennes, le fait est qu’ils peinent à en recruter.

    1. Il faut aussi comparer leur temps de travail avec les enseignants des autres pays européens.
      Le gouvernement achète des voix et savonne la planche pour la droite qui veut revaloriser les traitements mais aussi demander plus d’investisselent aux enseignants.
      La réussite des élèves et l’avenir du pays, ils s’en f…

    2. Les familles comme les enseignants confondent qualité et quantité. Les mauvais profs sont plus surpayés en France qu’ailleurs, et les bons sont plus souspayés.

  2. Les « emplois d’avenir professeur » ? C’est quoi cette abomination syntaxique?

  3. Bonjour
    Je rejoins d’un certain coté tigrou. Il me manque quelque chose dans votre analyse, un élément qui me parait pourtant fondamental. Je suis d’accord que ce n’est pas avec plus de moyens que les enseignants pourront faire avancer les élèves; ce n’est pas non plus en étant mieux payé; je ne suis pas d’accord sur le fait que les postes ne sont pas pourvus faute de candidats valables.

    En effet, vous pouvez mettre tous les moyens que vous voulez mais si l’enseignant ne peut pas faire cours, c’est à dire qu’il n’a pas une classe apaisée, une classe à l’écoute, c’est impossible. A cela je vois deux raisons principales. Un professeur n’est pas soutenu par sa hiérarchie, ni par les parents. Il ne peut pas virer purement et simplement les perturbateurs. Il est obligé de les garder en classe ce qui nuit énormément à son autorité et à sa façon d’enseigner. Par ailleurs, il n’enseigne plus mais il doit faire le travail des parents, éduquer. Or, les mêmes parents qui se plaignent de la non réussite de leurs rejetons les éduquent comme des enfants roi, la prunelle de leurs yeux à qui personne, et surtout pas un professeur, ne doit faire de remarques désagréables alors l’exclure du cours, vous n’y pensez pas. Après tout, comme une prof m’a dit un jour en parlant d’un perturbateur, ce n »est que du brouhaha et il ne met pas en danger ses camarades. C’est pourquoi il est vital si nos politiques veulent que le niveau remonte, et pas que théoriquement en affaiblissant le programme, de remettre l’ordre et le respect de la hiérarchie au premier plan.

    Vient ensuite le problème des candidats. Déjà, pour faire espérer faire cours en sixième et cinquième, il faut avoir a minima une licence dans la matière et être en première année d’un master. Le niveau du CAPES est à ce point. Si par bonheur vous arrivez à passer l’écrit, vous vous retrouvez à l’oral ou on vous demande de faire un cours. Pour certains candidats, c’est la douche froide même s’ils sont préparés. Il n’existe pas, hormis dans les Écoles Supérieures de l’Enseignement et du Professorat, des formations pour apprendre à faire un cours. Or des gens souhaitant se reconvertir et motivés, qui ont toutes les compétences théoriques (vu qu’ils ont passé l’écrit) seront éliminés car ils n’ont pas ce bagage. Ceux qui réussiront donc le concours seront donc pour la quasi totalité des petits jeunes de 22-24 ans, qui ne connaissent pas grand chose, qui ne savent pas pour la majorité s’affirmer, et qu’on enverra à la boucherie dans des lycées et collèges mal réputés, ou enseigner est impossible car il s’agit avant tout d’une garderie géante pour adolescents.

    C’est pourquoi le concours devrait être réformé, voire même les niveaux de compétences exigés suivant le type d’établissement visé (collège ou lycée), après tout il existe bien un concours spécifique pour les lycées professionnels, le CAPLP. La notation devrait aussi tenir compte des motivations des candidats et non pas que de leur aptitude à donner un cours de but en blanc. Aussi, une formation en ce sens débutant dès début juillet jusqu’à août devrait être mise en place pour que les candidats apprennent à faire un cours, à le livrer avant d’être jeté dans la fosse aux lions.

  4. J’ai entendu Najat Vallaud-Belkacem déclarer tranquillement que l’augmentation des rémunérations des enseignants n’était pas du tout une mesure clientéliste, mais l’application d’une promesse de campagne de François Hollande: première partie du quinquennat pour redresser les finances du pays et deuxième partie pour redistribuer les fruits de ces efforts.

    On atteint des sommets dans la langue de bois… Le niveau de mensonge et de cynisme atteint par ces gouvernants me donne la nausée 🙁

  5. L’autonomie des établissements est un des points du projet de Nous Citoyens pour l’éducation:
    http://www.nouscitoyens.fr/synthese-du-debat-sur-leducation/

  6. Les difficultés de l’Éducation nationale à emmener tous les enfants vers des parcours de réussite, l’échec du marché du travail à fournir des emplois à tous les candidats – particulièrement aux plus jeunes – font peser sur les classes moyennes une pression trop lourde. L’institution scolaire devrait incarner une chance de promotion sociale pour leurs enfants selon Erwan Le Noan et Dominique Reynié dans la note « Pour une complémentaire éducation : l’école des classes moyennes » pour la Fondation pour l’innovation politique http://goo.gl/oJZD4V

    1. F: « l’échec du marché du travail à fournir des emplois à tous les candidats »

      Vous voulez dire le massacre du marché du travail par la classe politique ?

  7. Achetez les voix des enseignants, alors qu’ils votent majoritairement à gauche, mauvais investissement

  8. Les enseignants mettent massivement leurs enfants dans le privé. Ils savent donc très bien de quoi ont besoin les enfants et ce qui marche. Mais ils ne demandent que des moyens supplémentaires.

  9. Dans les analyses savantes faites de l’EN, on ne voit jamais le problème du nombre débilitant d’heures de cours dispensées, et leur dispersion entre une dizaine de matières différentes. Ce double problème oblitère toute possibilité pour un enseignant de lycée d’agir sur le parcours d’un élève spécifique (en moyenne, un enseignant va suivre plus de 150 élèves…).
    Le nombre d’heures signifie que l’on veut faire quantité et qualité, ce qui est une impossibilité logique majeure.
    Dispersion des matières et horaires débilitants condamnent les élèves les moins à même de s’adapter au système scolaire à l’échec : ils ne peuvent discerner les fondamentaux, ils ne peuvent assimiler un soutien scolaire supplémentaire…
    Enfin, la démission post-moderne devant le fait d’assumer l’autorité condamne les élèves mal élevés à réussir dans leur entreprise de sabotage de leurs études, et éventuellement de celles des autres !

  10. Il n’est pas dans l’intention de la gauche et de la droite de faire monter le niveau scolaire. Sinon cela se serait vu. Si le niveau des élèves a baissé c’est parce que le niveau des enseignants a baissé. La suppression des Écoles normales qui donnaient une excellente formation aux futurs instituteurs ,au profit des IUFM a sonné le glas de la qualité. Depuis cela va de mal en pis. Revenir à l’École Normale seule façon de renouer avec un enseignement de qualité.

    1. Ces écoles normales n’existent plus, ses formateurs ont été investis par les prosélytes du pédagogisme actuel (cf. collectif de la CAPE : Freinet, Léo Lagrange, CEMEA, éclaireurs, Ligue de l’enseignement).

  11. Une paranthese qui vaut son pesant d or là ministre est en train d arroser les enseignants en creusant le déficit la bonne nouvelle a été envoyée sur support papier à tous les enseignants alors que chacun a une boîte mail bravo l économie et l écologie. Ce piètre gouvernement tente deseperement de récupérer une partie des enseignants préalablement largement acquit a la gauche et qui commence enfin à comprendre que ce sont de dangereux incompétents. Juste avant le 2eme tour des élections régionales augmentations et primes avaient été distribuées dans le plus grande discrétion. Quid des detouurnement d argent public en toute impunité qui ne ne sera pas comptabilisé dans la campagne électorale de la gauche voir pire de F Hollande.

  12. Comme dirait Charles Consigny, Najat Belkacem ministre de l’EN c’est comme Nabila directrice de la NASA.

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