La Belgique doit-elle remplacer ses avions F16 ?

Le gouvernement belge veut dépenser 15 milliards € pour remplacer ses avions F16. Est-ce vraiment une bonne idée ?

Par Baudoin Collard.

Un article du Parti Libertarien Belge.

Avion militaire F16
By: Peter MulliganCC BY 2.0

« La guerre est le dernier refuge de l’incompétence ».

Cette citation d’Isaac Asimov illustre bien la situation de l’actuel gouvernement belge. Alors que les multiples dysfonctionnements révélés suites aux attentats de Bruxelles ont déjà provoqué la démission de trois ministres, la tentation est grande pour le gouvernement Michel de répondre en relançant les bombardements sur la Syrie et l’Irak.

Une nouvelle intervention qui n’apportera pas de meilleurs résultats que la précédente, comme le dénonçait déjà le Parti Libertarien Belge en 2014 dans un article dont la conclusion fait aujourd’hui froid dans le dos:

« Qui est assez naïf pour croire que quelques bombes de plus changeront la situation ? Au contraire, elles contribueront à cliver les opinions et à alimenter la haine de l’Occident qui fait le lit des terroristes. Et nous aurons peut-être un jour à payer cette nouvelle intervention militaire. »

Pour le gouvernement Michel, cette intervention sera une nouvelle occasion de justifier l’achat programmé de 34 avions de chasse pour un montant annoncé de 15 milliards sur 40 ans. Le Parti Libertarien s’oppose vigoureusement à ce nouveau caprice de politicien irresponsable.

De nouveaux F16, une gabegie économique pour la Belgique

Alors que la Belgique est déjà un des pays les plus endettés au monde et que ses citoyens sont soumis à une des plus fortes pressions fiscales, augmenter encore les dépenses démontre un manque flagrant de considération du gouvernement.

L’estimation même de 15 milliards fournie par le ministère de la Défense doit être prise avec précaution alors même que le nom du consortium ayant obtenu le contrat n’est pas encore connu (officiellement du moins) et qu’il n’est pas tenu compte de la volatilité des taux de change sur toute la durée de l’investissement. Selon diverses études canadiennes, le coût total d’achat du F35 pourrait varier du simple au double, en fonction des hypothèses retenues.

Historiquement, les méga-contrats d’achat d’armes par des gouvernements ont souvent été entachés d’irrégularités : devant l’importance des enjeux économiques, la tentation est grande d’user de corruption, comme le rappelle tristement l’affaire Agusta qui éclaboussa des membres éminents du Parti Socialiste wallon et de son équivalent flamand dans les années 1990. Plus récemment, le consortium mené par Saab (et un des candidats pour le marché belge) a été mis en cause pour des affaires de corruption lors de la vente d’avions de chasse dans plusieurs pays.

Même en absence de corruption, ces contrats d’armement s’accompagnent inévitablement de leur cortège de compensations économiques, soit des accords commerciaux entre les consortiums en lice et des entreprises locales destinés à influencer les négociations en justifiant des créations d’emplois [exemple 1, 2 et 3]. En principe interdits par l’Europe, ces arrangements ne sont finalement qu’une forme de subvention déguisée. Si ces accords permettent parfois de générer de l’activité locale, le (sur)coût en est supporté par les contribuables (au détriment de projets plus utiles), alors que les bénéfices seront privatisés. Un bel exemple de capitalisme de connivence que les libéraux ne cessent de dénoncer.

Une stratégie discutable

On peut légitimement questionner la nécessité pour la Belgique de maintenir une coûteuse force aérienne dans sa forme envisagée. Avec ses 280 km d’envergure, il faut moins de 15 minutes à un avion de chasse pour traverser le pays de part en part : difficile dès lors de justifier la présence de 34 chasseurs sur notre territoire ! Le Luxembourg, État voisin, a quant à lui complètement renoncé à sa force aérienne.

On peut également se demander si les avions de chasse en lice sont encore adaptés aux réalités de nos guerres modernes : la plupart des programmes de développement ont débuté dans les années 1980-90. Le F35, en développement depuis les années 1990 est un gouffre financier qui n’a toujours pas atteint sa capacité opérationnelle initiale et qui reste embourbé dans des problèmes techniques.

Une faute morale ?

À côté de ces considérations économiques et stratégiques, le Parti Libertarien Belge s’oppose également à l’achat d’avion de chasse pour des raisons morales. Fidèle au principe de non-agression, le Parti Libertarien s’oppose à l’ingérence de la Belgique dans des opérations à l’étranger, a fortiori en l’absence d’un mandat clair de l’ONU. On ne répand pas la démocratie avec des bombes, comme l’ont démontré les expériences en Afghanistan, en Irak et en Syrie, et bien avant au Viêt-Nam.

Malgré ce que tentent de nous faire croire les politiciens avec la complaisance de certains médias, le concept de ‘frappes chirurgicales’ n’existe pas : un bombardement causera toujours des pertes civiles car les bombes ne font pas de discrimination. Ainsi, l’affaire des ‘Drones Papers’ a récemment dévoilé, dans une relative indifférence de la presse francophone, l’étendue des dommages collatéraux de ce genre d’opérations, soi-disant plus ‘précises’ que les bombardements ‘traditionnels’.

Pour ajouter l’insulte à l’injure, la volonté de la Belgique de doter les futurs avions de chasse d’une capacité nucléaire ne sera pas de nature à pacifier le monde, mais risque une fois de plus d’intensifier les antagonismes existants.

Enfin, le Parti Libertarien regrette l’absence de toute consultation populaire préalable. A contrario, la Suisse a organisé en 2014 un référendum pour l’achat de nouveaux avions de chasse Gripen. Sans surprise, la proposition a été rejetée à plus de 53%.

En guise de conclusion

Tant d’un point de vue économique que stratégique et moral, la décision du gouvernement belge de se doter d’une nouvelle flotte d’avion de chasse est incompréhensible. Ce choix que nous estimons irrationnel ne peut s’expliquer que par une volonté de nos dirigeants de renforcer leur pouvoir et de s’afficher sur la scène internationale qui confine à la mégalomanie, le tout sur fond d’ingérence de l’OTAN. L’absence de consultation populaire sur un sujet qui engagera les citoyens belges pour les 40 prochaines années est une décision déplorable qui fait le lit des partis d’extrême gauche, qui ont beau jeu de dénoncer ce non-sens.