Le libéralisme original de Gaspard Koenig

Gaspard Koenig crédits revenu de base (CC BY 2.0)

Quelques propositions, polémiques pour beaucoup de libéraux, pour envisager l’avenir de manière plus libérale.

Un article de Génération Libre.

Gaspard Koenig crédits revenu de base (CC BY 2.0)
Gaspard Koenig crédits revenu de base (CC BY 2.0)

 

Le libéralisme est la meilleure voie vers la justice sociale, tel est le leitmotiv du Français Gaspard Koening, écrivain, professeur de philosophie à Science Po et créateur du think tank libéral Génération Libre. Se distinguant de la droite classique, il plaide pour un État centralisé fort et pour une allocation universelle de base.

Pour celui qui fut aussi la plume de Christine Lagarde lorsqu’elle ne dirigeait pas encore le FMI, le monde est arrivé à un moment propice :

« C’est le moment ou jamais de faire entendre une voix nouvelle face à la crise de la dette et à la crise morale qui fait que les individus sont soumis à des règles tatillonnes, compliquées et infantilisantes. »

Faut-il encore promouvoir le libéralisme, alors que, depuis les années 1980, Margaret Thatcher et Ronald Reagan ont imposé cette doctrine de facto ? Gaspard Koenig relativise cette vision :

« Reagan est le premier responsable des augmentations d’impôts et est détesté des libéraux américains. »

En revanche, la Dame de Fer est présentée comme un modèle de courage et de convictions :

« Une femme de détermination qui s’est imposée contre l’establishment de son propre parti. »

Selon le philosophe, le problème de notre époque est le manque de libéralisme.

« Si c’est pour dénoncer le capitalisme de connivence, je suis le premier à le faire. Ce capitalisme de connivence est atteint quand les grands systèmes industriels, de l’assurance, et de la banque sont liés à l’État. Ils ont développé des oligopoles qui ont étouffé la concurrence et sont de mèche avec les régulateurs. La finance alternative qui permet aux particuliers et aux entreprises de se faire des prêts entre eux a du mal a émerger à cause de la puissance des lobbies bancaires. »

« L’économie numérique et le transhumanisme né de la connexion entre le neurone et le silicium, cela fait peur »

Gaspard Koening défend l’idée que l’émergence de l’économie numérique, qui fait exploser les structures centralisées établies, doit être accompagnée de régulation. Même si la population est consciente que ce nouveau monde émergeant est angoissant :

« L’économie numérique et le transhumanisme né de la connexion entre le neurone et le silicium, cela fait peur ».

Mais le vrai risque, selon lui, serait de s’accrocher à l’ancien modèle en tentant de l’adapter, par exemple, en requalifier les indépendants en salariés :

« Il faut inventer un nouveau modèle de protection adapté. Les États providentiels tels que nous les connaissons ont été conçus après la guerre dans un monde du plein emploi. L’État devait intervenir en cas d’accident de la vie. Avec les nouveaux modèles, les gens auront plusieurs activités et seront de plus en plus indépendants. Les USA se posent déjà des questions sur la montée très forte du ‘freelancing’ qui représentera près de 30% de la masse de travail en 2025. »

Une opportunité historique

impasse socialiste rené le honzecPour Gaspard Koenig, il est indispensable de repenser nos régulations sociales autour de ce nouveau monde.

« Nous avons l’opportunité historique de nous trouver devant une page blanche. Au lieu d’un système d’allocations spécifiques basé sur l’identité des gens, nous devons  passer à un système de revenu universel. Chacun reçoit une somme d’argent pour subvenir à ses besoins de base. »

« Un filet de sécurité qui s’adapte à des revenus de plus en plus discontinus »

Bien sûr, l’idée n’est pas neuve, elle remonte à Thomas Spence, voici deux siècles, avant d’être remise au goût du jour par Milton Friedman en 1962 :

« C’est une idée qui a failli être implémentée à la fin des années 1970 et on en reparle aujourd’hui en Californie dans la Silicon Valley. Les créateurs de technologies réalisent qu’il faudra trouver un filet de sécurité qui s’adapte à des revenus de plus en plus discontinus. On ne pourra plus vraiment distinguer l’emploi du chômage. »

Il rappelle qu’au XIXème siècle, c’était les libéraux qui prônaient le salariat et les marxistes qui le condamnaient comme une forme d’aliénation de soi.

Selon le regard que l’on porte…

Aux yeux du philosophe, on peut voir le nouveau monde comme un « précariat généralisé » où chacun travaille à la demande, ou comme

« une promesse d’autonomie extraordinaire où chacun sera maître de son propre temps. »

Pour la retraite, il propose de remplacer les cotisations sociales et patronales par un compte-temps centralisé unique, que chacun remplit au cours de sa vie et que l’on dépense à sa guise, en prenant une année sabbatique ou en faisant une interruption de travail entre 50 et 60 ans.

« Il n’y a plus d’âge légal de la retraite, car chacun doit être maître de son temps et de son parcours de vie. Je trouve infantilisant que l’État se permette de dire aux individus, qui sont si différents, qu’ils doivent, malgré tout, s’arrêter au même âge. »

À la question précise : « Qui incarne le vrai libéralisme en France ? », il répond sans hésitation : Emmanuel Macron. Et cela n’a pour lui rien de contradictoire :

« Il y a une tradition de libéralisme de gauche en France. À la révolution, le libéralisme était un tout, mais il s’est divisé au XIXème siècle en deux courants, avec à gauche Proudhon et à droite les Orléanistes. C’est le libéralisme qui permet d’atteindre la justice sociale et d’intégrer les outsiders et les immigrés. »

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