La Neutralité du Net tue l’internet libre

Mark Zuckerberg - Crédit photo : JD Lasica (CC BY-NC 2.0)

L’accès à internet est-il un droit de l’homme fondamental ?

Par Gary McGath

Mark Zuckerberg - Crédit photo : JD Lasica (CC BY-NC 2.0)
Mark Zuckerberg – Crédit photo : JD Lasica (CC BY-NC 2.0)

Donner des biens ou services à des gens qui ne peuvent pas se les offrir en temps normal permet généralement de recevoir des éloges. Dans le cadre de la Neutralité du Net, c’est un affront de mettre une limite à ce que vous donnez. Facebook en a fait l’expérience.

Facebook a présenté un plan appelé Free Basics ou Internet.org « pour rendre disponible et abordable à l’humanité entière l’accès aux services internet de base », a déclaré le Président de Facebook Mark Zuckerberg. Free Basics est conçu pour opérer selon un modèle de « bande passante sponsorisé » : les utilisateurs ont accès à n’importe quel site web depuis leurs téléphones, mais ils ne sont pas facturés des coûts de réseaux tant qu’ils naviguent parmi les services du plan « Free Basics ». Facebook se rémunère à travers des partenariats et, dans le même temps, des gens obtiennent un accès à Internet, ce qu’ils n’auraient pas sans cela. C’est bien une opération gagnante pour tout le monde, n’est-ce-pas ?

Le problème, selon les opposants, est que cet accès est soumis à des restrictions. En effet, les sites internet mobiles doivent fonctionner en l’absence de JavaScript, vidéo, images de grande taille, Flash et plugins Java (Java et JavaScript sont deux langages de programmation différents en dépit de leurs noms similaires). Certaines de ces restrictions ont pour but d’éviter les pages gonflées qui consomment des grandes quantités de bande passante – le coût de l’accès à Internet étant plutôt élevé dans certaines zones. D’autres restrictions dissuadent d’utiliser des technologies qui ne sont pas supportées universellement sur les équipements mobiles.

Ces restrictions, disent les critiques, violent le principe de Neutralité du Net, qui implique que tous les fournisseurs proposant un accès à Internet doivent traiter toutes les données transitant par leurs réseaux de manière égale. Certains défenseurs de la Neutralité du Net considèrent donc le plan Free Basics comme scandaleux. Et de fait, quelques pays ont empêché son déploiement.

En décembre 2015, le gouvernement indien a ordonné à Reliance Communications, la seule société proposant Free Basics, d’arrêter de le proposer jusqu’à ce que l’Autorité de Régulation des Télécommunications puisse décider si elle satisfait les conditions de la Neutralité du Net. L’interdiction a été rendue permanente en février 2016. Par ailleurs, l’Égypte a également interdit Free Basics.

La problématique de la Neutralité du Net a tout d’abord été la source d’un intérêt généralisé car les fournisseurs d’accès peuvent secrètement fournir plus de bande passante pour leur propres contenus, ou pour des sites avec qui ils ont des accords, aux dépens d’autres sites. Il est vrai que si des fournisseurs agissaient d’une telle façon, cela pourrait constituer un marketing trompeur. Néanmoins, en ce qui concerne Free Basics, la neutralité est plutôt un impératif catégorique.

Zuckerberg a ébranlé la position de Facebook en déclarant que la « connectivité fait partie des droits de l’homme ». Si les gens ont un droit intrinsèque à une connexion internet – un « droit » qu’une puissance mystérieuse a refusé à l’ensemble de l’humanité pendant la majeure partie de son histoire -, alors toute restriction quant à son accès viole les droits de l’homme. Les opposants de Zuckerberg ont été prompts à l’attaquer sur ce point. Un article de CNBC indique ainsi qu’une critique en Inde « compare Free Basics à un apartheid numérique, car cette offre sert principalement les intérêts de Facebook plutôt que le maintien de l’idée selon laquelle la connectivité est un droit de l’homme ».

Même si la liste des droits inaliénables devait inclure la vie, la liberté et la connectivité internet, protéger cette dernière en interdisant les services limités est une idée bizarre. Cela revient à dire que les gens ont un droit d’accès à la nourriture, puis à interdire la distribution gratuite de soupes à la tomate à moins qu’un filet mignon soit aussi distribué gratuitement.

Free Basics peut avoir des défauts, mais seuls ses utilisateurs peuvent les juger. Les gouvernements n’ont aucune raison légitime d’interdire le service d’accès à Internet de Facebook.

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