Taubira démission ? Urvoas fera pire !

Christiane Taubira (Crédits Parti Socialiste, licence Creative Commons)

Urvoas est un fidèle de Hollande. Va-t-il gérer la justice, ou les priorités de Hollande, à un peu plus d’un an de la présidentielle de 2017 ?

Par le Parisien libéral.

Christiane Taubira (Crédits Parti Socialiste, licence Creative Commons)
Christiane Taubira (Crédits Parti Socialiste, licence Creative Commons)

Il y a des démissions plus attendues que les autres. Il suffit de voir le fait que #Taubira est en #TT et risque de le rester un moment.
Florilège.



Cependant, il n’est vraiment pas certain que Hollande, le vrai responsable, ait gagné au change. Christiane Taubira avait une certaine popularité, autant du fait de son éloquence que de ses convictions.



Maintenant, sur le fond, qu’attendre ?

Rappelons quand même que le rôle du ministre de la Justice, le garde des Sceaux, c’est d’être responsable de la gestion des juridictions, de présenter devant le Parlement les projets de réforme relatifs au domaine judiciaire, de diriger l’administration judiciaire, sans avoir une autorité directe sur les magistrats du siège, et enfin d’établir un projet de politique pénale qu’ils sont chargés de mettre en œuvre.

Rappelons aussi que la France se veut quand même être un pays démocratique et une république où les citoyens sont protégés par une Constitution, y compris en ce qui concerne le principe de séparation des pouvoirs.

Quel était le projet de politique pénale de Christiane Taubira, si ce n’est que de louvoyer entre divers écueils : 

  • sa volonté personnelle d’établir une justice réparatrice
  • la réalité de la faiblesse des moyens de la justice
  • la nécessité de tenir compte, malgré tout, de l’opinion qui réclame une justice punitive ?

À ce titre, le tout est un échec, et les critiques fréquemment entendues à droite n’étaient pas forcément pertinentes

La situation est la suivante : la prison est le parfait lieu de socialisation des petits délinquants au sein du grand banditisme, un must have et un carnet d’adresses. On l’a encore vu en janvier 2015 et en novembre dernier avec les attentats de Paris.

De plus, la France, le pays des Droits de l’Homme, se caractérise par un irrespect affligeant et dangereux de ses prisonniers. La surpopulation carcérale et les conditions d’incarcération sont une bombe à retardement pour nous tous. Où est le programme de construction de prisons ?

Enfin, faute de moyens, les juges parviennent à la fois à renforcer le sentiment d’injustice, de part ce mélange de comparution immédiate pour les petits délinquants, d‘impunité, pour retard ou pour vice de procédure, pour les politiciens ripoux présumés (Thévenoud, Andrieux, Balkany) et de remise en liberté de gens dangereux.

Quel beau bilan !

À ce titre, il n’y a absolument rien de bon à attendre de Urvoas.

D’abord, il y a la question du calendrier. Urvoas est un socialiste fidèle de Hollande. Va-t-il gérer la justice, ou les priorités de Hollande, à un peu plus d’un an de la présidentielle de 2017 ?

De plus, il y a les questions idéologiques. Taubira était opposée à la révision constitutionnelle que nous prépare Hollande. Urvoas, lui, en est un soutien actif. La séparation des pouvoirs, ce n’est pas son problème. Urvoas est d’ailleurs présenté dans les médias comme un spécialiste des questions de sécurité, et non pas comme un juriste. Comment ne pourra-t-il pas ne pas être d’accord avec Manuel Valls, qui a demandé aux députés de « ne pas faire de juridisme et de voter la prolongation de l’état d’urgence » ?!

L’homme qui a promu au parlement la loi de Programmation Militaire liberticide (rappel : le fisc peut accéder à vos emails) est maintenant ministre de la Justice. Pensez-vous qu’il va rappeler la nécessité de maintenir la séparation des pouvoirs ? Bien sûr que non. C’est lui qui était d’accord avec le fait que la Loi Renseignement ne faisait que « régulariser des pratiques existantes ».

Aujourd’hui, il soutient le projet de déchéance de nationalité pour les terroristes binationaux (une mesure critiquée par Aubry, Hidalgo, Delanoë…). Et demain, la déchéance de nationalité pour ceux que la gauche et la droite socialiste qualifient d’exilés fiscaux ?

Enfin, il y a la question des moyens. Autant nous dépensons trop en services publics divers et variés et autres aides sociales, autant la justice a vraiment besoin de moyens financiers, comme le rappellent fréquemment les libéraux. Pensez-vous qu’un collectif budgétaire va subitement émerger, là, alors que Hollande distribue déjà les milliards qu’il n’a pas, pour doter la justice de ressources ? Pourtant, si on veut un État régalien qui fonctionne, il faut commencer par recentrer l’État sur ses seules missions régaliennes, comme le rappelle l’association Contribuables Associés !

On ne retiendra pas grand chose de positif de Taubira. Même les personnes qui ont soutenu le mariage pour tous devraient lui en vouloir : où est la PMA ouverte aux couples de lesbiennes ?  Où est l’absence de soumission de la convention franco-marocaine au fait que la loi marocaine prohibe le mariage entre deux personnes de même sexe ? Où est la légalisation de la GPA en France ? Les couples gays désireux de se marier voulaient surtout accéder à des droits de parentalité. Où sont ces droits ? À ce titre, l’hypocrisie des socialistes, dans ce domaine comme dans d’autres, est hallucinante.

On a eu la LOPPSI2, les lois antiterroristes, la Loi Renseignement… aujourd’hui, l’état d’urgence permanent pour masquer l’échec de l’État en matière de sécurité.

Avec Valls à Matignon, Cazeneuve à l’intérieur et Urvoas à la justice, nous avons donc une parfaite task force liberticide en place ! Non, les racailles ne baisseront pas la tête. Non, Sylvie Andrieux n’ira pas en prison alors qu’elle a été condamnée par la justice. Oui, l’état d’urgence sera prolongé. Oui, il sera de plus en plus criminel de contester la République le Parti Socialiste et sa politique.

Celles et ceux qui se réjouissent de la démission de Taubira oublient que ce dont la France a vraiment besoin, c’est la démission de Valls et Hollande.

La manifestation de la Ligue des Droits de l’Homme, du samedi 30 janvier 2016, pour demander l’arrêt de l’état d’urgence, reste donc plus que jamais d’actualité.

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