État d’urgence pour toujours ?

Intervention de police sur les Champs Élysée - Crédit photo : Mathieu IPS - CC BY-NC-ND 2.0

La démocratie est-elle toujours en vigueur ?

Par Le Parisien Libéral

Intervention de police sur les Champs Élysée - Crédit photo : Mathieu IPS - CC BY-NC-ND 2.0
Intervention de police sur les Champs Élysée – Crédit photo : Mathieu IPS – CC BY-NC-ND 2.0

 

OK, il y a les péripéties de la dame de la rue du Cirque, Julie Gayet. OK, il y a le conflit d’intérêt ingérable dans lequel se trouve l’État en ce qui concerne sa gestion du scandale du diesel chez Renault ou le management du nucléaire chez EDF. OK, il y a le changement d’avis de Sarkozy sur le « mariage pour tous », qui prouve à ceux qui l’ignoraient que, décidément, l’ancien président de la République ne semble pas avoir des convictions très solides. OK, il y a le festival de ridicule qui semble caractériser l’ensemble de la classe politique française, par exemple celle qui soutient l’idée d’un OS souverain.

Mais, que sont tous ces sujets en comparaison de ce qui se passe en France, depuis le 14 novembre 2015 (voire avant) ? L’affligeante dérive antilibérale et la négation d’un principe constitutionnel, celui de la séparation des pouvoirs, n’est-il pas un sujet qui nous concerne tous ?

Dans un entretien à la BBC, en marge du sommet de Davos, le Premier ministre socialiste français a exprimé son souhait de faire perdurer le régime d’exception « jusqu’à ce que nous nous débarrassions de Daech. »

 

Passons sur la pratique qui consiste à annoncer des mesures importantes depuis l’étranger. Ce n’est pas ce gouvernement qui critique l’opposition quand elle tient des propos de nature politique depuis un pays étranger ?

Notons plutôt ce que dit Valls :

« Ça pourrait être pour toujours ?
– Jusqu’à ce que nous puissions en finir avec Daech.

– Ça pourrait durer une génération !
– Oui, je le pense. »

« Jusqu’à ce que nous nous débarrassions de Daech ».

C’est HA-LLU-CI-NANT !!!

Le Premier ministre de France, celui qui nous expliquait le 19 novembre dernier que l’état d’urgence était temporaire, livre le fond de sa pensée, en un magnifique hommage involontaire à 1984 d’Orwell : type war is peace, « l’état d’urgence, c’est l’état de droit ».
Notez également qu’en droite ligne de 1984, la BBC a corrigé son article pour en adoucir la violence.

L’homme nommé par le Président de la République française pour diriger l’action du Gouvernement, être responsable de la défense nationale et assurer l’exécution des lois, annonce tranquillement qu’en fait, l’état d’urgence n’a pas été conçu pour durer seulement 3 mois. Simplement, au vu de la hiérarchie des normes en vigueur en France, Valls n’est-il pas censé subordonner son action au respect de la constitution ?

Justement, dans la constitution, il y a la DDHC. Et l’article 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 dispose que

« Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution ».

Arguties de libéraux, direz-vous. Peu importe les avis de blogueurs comme Nathalie MP ou Gaspard Koenig, que valent-ils face à la menace terroriste que l’État Islamique en Irak et au Levant (Daech) représente ? Qu’importe l’avis de la Quadrature du Net ou celui de la Ligue des Droits de l’Homme ?

Pour celles et ceux qui pensent que renoncer à nos libertés (précisément ce que veulent les terroristes) permettra de gagner de la sécurité, qu’ils reprennent la chronologie :

  • 3 décembre 1996 : réactivation de Vigipirate après un attentat dans le RER à la station Port Royal à Paris
  • 11 septembre 2001 : renforcement de Vigipirate à la suite des attentats du 11 septembre 2001 à New York
  • 20 mars 2003 : Vigipirate orange mis en œuvre dans le cadre de la guerre d’Irak
  • 12 mars 2004 : Vigipirate rouge dans les transports terrestres à la suite des attentats à Madrid du 11 mars 2004
  • 7 juillet 2005 : Vigipirate rouge à la suite des attentats du 7 juillet 2005 à Londres
  • 8 novembre 2005 : Vigipirate écarlate mis en place pour mettre fin aux émeutes de 2005 dans les banlieues françaises
  • Mai 2011 : à la suite de la mort d’Oussama ben Laden. Vingt-sept sites de l’agglomération parisienne font l’objet d’une vigilance soit systématique, soit quotidienne
  • 7 janvier 2015 : Vigipirate Alerte attentat déclenché en Île-de-France, puis étendu en Picardie à la suite de l’attaque contre Charlie Hebdo
  • 13 novembre 2015 : mise en place de l’état d’urgence sur tout le territoire à la suite des attentats de Paris du 13 novembre 2015

Question : est-ce que Vigipirate, qui existe depuis 1991, ou le FNAEG, qui concerne aussi les terroristes depuis 2001, l’autorisation pour la police de fouiller un coffre de voiture sans mandat (depuis 2001), la Loi Renseignement (dont on nous disait qu’elle ne faisait que régulariser des pratiques existantes), ou la Loi de Programmation Militaire ont empêché des Français de rejoindre Daech ou de tuer 130 Parisiens et touristes le 13 novembre dernier ?

En revanche, toutes ces mesures ont-elles permis de lutter contre des associatifs musulmans, des supporters du PSG, des militants écologistes opposants à Sivens ou à Notre Dame des Landes, ou des milieux d’ultra droite opposants radicaux à Valls et Hollande ?

Soyez-en certains : il n’y a que le pouvoir qui arrête le pouvoir. Si Valls est en roue libre, qui le stoppera ?

Et qu’on ne nous dise pas que seul l’état d’urgence, c’est à dire le droit de la police d’agir partout et tout le temps sans contrôle d’un juge, permettra de lutter contre le terrorisme.

A-t-on vraiment envie que les terroristes gagnent leur guerre contre nos libertés, grâce à des décisions de notre classe politique ? Qui dira à Manuel Valls qu’il va trop loin ?
Une loi d’exception, ce n’est PAS la démocratie !

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