Régionales 2015 : et après ?

Vote élection (présidentielle 2007 en France) (Crédits : Rama, licence Creative Commons)

Quel impact des régionales 2015 sur la gauche, la droite et le Front National ?

Par Jacques Garello.

Un article de l’Aleps.

Vote élection (présidentielle 2007 en France) (Crédits : Rama, licence Creative Commons)
Vote élection (présidentielle 2007 en France) (Crédits : Rama, licence Creative Commons)

Le compte rendu des élections régionales a inspiré à Victor Hugo ce poème, intitulé Après la bataille, dont nous retenons les deux dernières lignes « Le coup passa si près que le chapeau tomba et que le cheval fit un écart en arrière ».

Oui, le coup est passé près, quant au cheval, après avoir sur le coup fait un écart en arrière, il a vite repris son cirque.

Un vote négatif

Beaucoup d’observateurs ont fait le même commentaire : les suffrages du premier tour et la mobilisation au deuxième reflètent un sentiment dominant, le rejet de la classe politique naguère connue sous le vocable UMPS. C’est évidemment l’explication du succès du Front National. Il faudrait être naïf pour y voir une adhésion à la doctrine du Front : en a-t-il d’ailleurs une, autre que « sortez les sortants » ? Ni la majorité ni l’opposition ne trouvent grâce aux yeux des Français. Ils ont réagi soit en s’abstenant, soit en portant leurs voix au Front. On retiendra tout de même que le premier parti de France est et demeure celui des abstentionnistes.

Deux signes ne trompent pas. Le premier a été la lucidité de certains propos tenus sur les plateaux de télévision dimanche soir. Tandis que la coutume veut que chacun tire la couverture à soi, seule Marine Le Pen a clamé sa satisfaction, puisque les portes du système, sinon celles de l’Élysée, lui sont ouvertes. Les autres acteurs ont entonné l’hymne du changement et de la reconstruction autour d’un projet de nature à rassembler droite et gauche. En réalité, on est loin du compte, et les discours d’après bataille en attestent. Dans la gent politicienne, les lumières du changement ne sont pas encore aveuglantes.

La gauche : à gauche toute ?

Partant du principe que leur échec n’était pas celui de la politique gouvernementale, mais de la division des candidatures au premier tour, les socialistes en appellent à la reconstruction d’une gauche unie. Mais unie autour de quoi ? D’une inflexion sociale libérale ou sociale démocrate amorcée (du moins en parole) par le tandem Valls-Macron ? Mais c’est précisément à l’origine de la désunion de la gauche et des frondeurs. D’un virage à gauche ? C’est ce que Jean-Christophe Cambadélis s’est empressé de réclamer dès lundi. Mais ce n’est pas ce que désire le Président, pour qui les extrêmes verts et communistes sont des gêneurs, qui menacent son aura mondiale. La gauche est donc victime de ses contradictions internes… en attendant le projet fédérateur.

Dans l’immédiat, la gauche confirme son art de s’accrocher au pouvoir par tous les moyens. L’attitude de Claude Bartelone est infâme : il avait promis de démissionner du perchoir en cas de défaite, il ne l’a pas fait. Mais l’attitude du groupe socialiste est tout aussi infâme : couvrir le manquement à la parole pour ne pas perturber le subtil jeu d’équilibre à l’intérieur du PS.

Les Républicains : TSS

TSS : c’est le sigle à la mode. Tout sauf Sarkozy. Le ni-ni n’a pas eu bonne presse, il traduit un esprit partisan par comparaison avec l’abnégation du PS.

Il faut dire que la vie du parti est doublement empoisonnée. D’abord parce que le comportement et le discours du président sont illisibles, comme par le passé. Les changements de pieds sont haïssables. Ensuite parce que le spectre des primaires hante les relations au sein des instances dirigeantes.

Xavier Bertrand s’est acquis une belle réputation en attaquant directement le jacobinisme, il a opposé à juste titre Paris et la province, les états majors et les responsables locaux. À quoi joue-t-on au sommet de Les Républicains ? Alain Juppé, Bruno Lemaire et François Fillon comptent leurs supporters. Que peut être un projet commun qui ferait la synthèse entre étatisme, centrisme, empirisme, réformisme. Seul Hervé Mariton a confirmé son intention de se présenter en candidat relativement libéral. Aujourd’hui la liste des candidats s’allonge avec NKM, dont nous nous sommes toujours demandé pourquoi elle était dans ce parti, alors que sa place serait plutôt aux côtés de Mamère et Bové. Le parti lui doit la défaite devant Anne Hidalgo et la France lui doit de se priver du pétrole de schiste ! Les choses sont maintenant dans l’ordre : NKM est débarquée et la 1ère vice-présidence des Républicains passe à Laurent Wauquiez, fidèle au chef.

Nicolas Sarkozy va ouvrir un grand débat doctrinal à partir de février (que ne l’a-t-il jamais fait depuis 2007 ?). Gageons que la rupture libérale sera au cœur de la réflexion ! En conclusion, empêtré dans les primaires, ce parti a trop de têtes, mais pas d’idées. Il serait temps qu’il s’en dote.

Le patriotisme, programme du Front ?

Apparemment Marine Le Pen a toutes les raisons de se réjouir, même si les régions qui l’avaient placée en tête lui ont échappé. Le nombre de ses électeurs a augmenté entre les deux tours. On pourrait en conclure que le Front est désormais décent et ne fait plus peur. En tout cas, il dispose désormais de quelque quatre cents élus régionaux, s’ajoutant aux maires de plusieurs villes moyennes. Sur le terrain, les progrès sont spectaculaires, c’est le propre d’un message populiste et militant.

Pour autant, le FN a-t-il un projet et une ligne de nature à augmenter encore sa clientèle électorale d’ici 2017 ? Ce qui a attiré les électeurs c’est qu’il n’y avait pas dans les discours et dans les esprits, d’autre thème visible que le rejet des émigrés, le rejet de l’Europe, le rejet de la mondialisation, le rejet de la finance, le rejet de l’ultralibéralisme, expression chère à Marine. Contre tout ce qui est pour, et pour tout ce qui est contre : ce raccourci ne va pas tenir très longtemps, et il faudra tôt ou tard faire savoir aux Français s’il y a un projet cohérent.

Pour l’instant, l’électorat du Front est trop disparate pour consolider la victoire d’un instant. On trouve des anciens de l’Algérie Française comme des leaders qui se réclament du gaullisme. On trouve des poujadistes haïssant les impôts et les percepteurs, comme des fils spirituels de Philippe Seguin attachés à la redistribution. On trouve des partisans de « La famille pour tous » (Marion) comme des libertaires au grand cœur (Marine). À propos de l’avortement, la tante a désavoué la nièce. Enfin et non le moindre, que dire des mesures économiques de Marine Le Pen et Florian Philippot ? Sortir de l’euro, produire et acheter français, nationaliser si nécessaire, augmenter le SMIC, la retraite à 60 ans. Ces mesures relèvent à la fois de la démagogie et du national-socialisme. Ce n’est pas par hasard que le Front a conquis les anciens fiefs du PCF et de la gauche de la gauche.

Mais qu’importe ? Tout le monde est invité à se rassembler autour du patriotisme, et fort adroitement Marine Le Pen a annoncé la bataille des mois à venir : les patriotes contre les mondialistes. Ceux qui ne sont pas souverainistes n’aiment pas la France. Le patriotisme, c’est la « France seule ».

Tôt ou tard ces incohérences, mais aussi ces contradictions internes, ne pourront plus être masquées. Il faut donc, de toute urgence, que les Français sachent où le Front veut les mener. Ce peut-être difficile à expliquer.

Conclusion : un seul projet

Nous n’avons aucun mal à rappeler que le seul projet de nature à attirer des électeurs, et sur lequel la classe politique devra s’aligner tôt ou tard, est le projet libéral. Il a le mérite de n’être ni de droite ni de gauche. Il est en accord avec les choix qui sont faits aujourd’hui par nos voisins, si l’on excepte les communistes grecs. Il est de nature à résorber en quelques mois le chômage, les déficits, l’hypertrophie du secteur public. Seule la perspective des présidentielles lui donnera l’éclat nécessaire. Mais la rupture libérale exige du courage de la part d’une classe politique qui en a toujours manqué, et qui s’est réfugiée depuis longtemps dans une logique purement électoraliste.

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