Ségolène Royal et sa chère prime anti-diesel

Pot d'échappement-Matthew Stinson (Creative Common)

Est-ce écologique de mettre à la poubelle des milliers de véhicules qui sont encore en parfait état de fonctionnement ?

Par Thibault Doidy de Kerguelen

Pot d'échappement-Matthew Stinson (Creative Common)
Pot d’échappement-Matthew Stinson (Creative Common)

 

Ségolène Royal annonce l’extension de la prime de 10 000€ aux véhicules diesel de plus de dix ans… Foutaises ! Ce bonus de 10 000 euros annoncé par Ségolène Royal n’était jusqu’à présent valable que pour les véhicules diesel antérieur à 2001. Désormais, les propriétaires d’un véhicule à moteur diesel de plus de dix ans pourront en bénéficier à condition qu’ils achètent un véhicule électrique et qu’ils mettent leur ancien véhicule à la casse….

Un appât qui n’attire personne

Ce système existe déjà depuis le 1er avril dernier mais ne concerne que les véhicules antérieur à 2001. Depuis son lancement, le dispositif a fait plouf, tellement la voiture électrique reste plus chère à l’achat qu’un modèle thermique.

Une mesure profondément anti-écologique

Voici donc un ministre censé gérer l’écologie qui propose… de mettre à la poubelle des milliers de véhicules qui sont encore en parfait état de fonctionnement ! Imaginez la pollution engendrée par le traitement des composants de ces véhicules, le gâchis que cela représente ! Depuis quand un appel à la destruction de biens d’équipement en état de fonctionner est-il écologique ?

Un coût exorbitant

ségolène royal diesel rené le honzecImaginez le coût individuel. Allez, camarade, tu balances ta vieille caisse à la casse (valeur de reprise zéro) pour t’embourber dans un nouveau crédit pour acheter une voiture électrique (coût de fonctionnement supérieur à ton ancienne voiture diesel) ! Pourquoi ? Parce qu’après avoir vanté les mérites du diesel, technologie dans laquelle Peugeot excellait, le pouvoir politique fait semblant de découvrir (semblant car on le sait depuis les années 70) qu’il s’agit d’une abominable technologie polluante. Alors on vante maintenant les mérites de l’électrique.

Ah oui, c’est vrai, grâce à la « prime », ce ne sera pas une charge individuelle mais en partie collective ! On touchera 10 000€ de la collectivité pour compenser la valeur de reprise zéro de la casse… sauf que ces 10 000€, c’est avec les impôts qu’ils seront payés ! Par ceux qui auront roulé plus cher ou investi sans aucune aide dans des procédés qui leur auront permis de circuler sans polluer ou en polluant moins. Moi qui ai dépensé plusieurs fois 4000€, à chaque véhicule, sans aide et sans subvention, pour des équipements GPL qui génèrent zéro pollution, il va falloir que je paie des impôts pour payer des voitures électriques aux pollueurs. On marche sur la tête !

Le mythe de l’aide à la production

En dehors de toute considération écologique, dont on vient de voir l’inanité, certains nous tiennent le discours du « soutien à la production nationale ».

Soyons clairs, je me félicite de toute réussite nationale sur un créneau ou dans un domaine qui connaît un développement international ou mondial et l’automobile électrique s’inscrit indiscutablement dans ce cadre. Mais recommencer la même erreur sur l’électrique que sur le diesel en subventionnant artificiellement cette technologie me semble une absurdité. D’abord, on ne relancera pas l’économie ni la consommation, puisque les Français sont au taquet et ne consommeront pas plus au prétexte de la subvention. Tout au plus arbitreront-ils dans leur consommation, ce qui revient à dire que le développement de la voiture électrique se fera au détriment d’autres secteurs de la consommation. Ensuite, soyons clairs, les constructeurs français ne sont pas les mieux placés pour l’instant, même si tous sont sur le créneau. Il est donc fort probable que cette prime, comme une de ses ancêtres l’avait déjà fait, n’accélère le déficit commercial de la France et ne favorise les constructeur étrangers.

Pas de prime, pas de destruction, que faire alors ?

Ségolène Royal a annoncé que l’exécutif envisageait de supprimer l’avantage fiscal d’environ 15 centimes par litre du diesel par rapport à l’essence, mais que « cela ne peut pas se faire du jour au lendemain ».

« Je pense que sur cinq ans, ce serait la bonne solution », a-t-elle ajouté, évoquant « 1,5 centime par année de baisse sur l’essence et de hausse sur le diesel ». « (…) les gens ont le temps de voir venir. Et comme le prix du baril est bas actuellement, ce sera pratiquement indolore. »

Nous n’allons pas épiloguer sur ces énarques qui ne savent rien faire d’autre que d’appliquer les recettes qu’on leur a enseignées, en l’occurrence le principe de la grenouille, mais nous concentrer sur les mesures à prendre.

Substitution de carburant

Certes, il faut, c’est une question de pollution, supprimer le diesel de notre univers, comme hier nous avions supprimé l’essence avec plomb. Qui se souvient, à  part les collectionneurs, qu’il y a quelques années, toutes les voitures fonctionnaient avec de l’essence plombée ? Nous avons substitué un carburant sans plomb à un autre, doucement, tranquillement, sans obliger la population à mettre ses voitures à la poubelle. La solution dans le cas qui nous préoccupe est exactement la même. Il s’agit de substituer au gas oil actuel d’autres carburants techniquement compatibles avec les moteurs diesel mais non polluants. Il en existe plusieurs. La plus au point technologiquement est la production d’huiles végétales. Ce qu’on appelle aussi le « bio diesel ». Là, la France a une vraie maîtrise avec le projet « BioTfuel ». Une autre technique, plus expérimentale mais dont la mise en production de masse n’est qu’une question de moyens, tous les problèmes techniques étant résolus, est la production de biodiesel à partir des déchets urbains (voir aussi Enerkem). Une technologie qu’un ingénieur japonais, Monsieur Akinori Ito, dans le cadre d’un programme des Nations Unies, a modélisé et qui est étudié de près en France.

Apprendre l’écologie à la ministre

Faire payer des primes par les contribuables français aux propriétaires de véhicules diesel afin de les inciter à les mettre à la casse est donc une parfaite stupidité qui n’a d’autre ambition que de mener à l’égard de la voiture électrique la même campagne idéologique et anti écologique que celle qui nous a conduit à la situation actuelle à l’égard du gas oil…

Une mesure écologique serait donc de décider le remplacement, sur une période de cinq ans, du gas oil actuel par du biodiesel. Les Français ne seraient pas obligés de jeter leurs voitures à la poubelle, la pollution serait arrêtée, et les voitures électriques se développeraient en fonction de leur capacité à être en adéquation avec le marché.

Accessoirement, les Français dépenseraient leurs revenus à d’autres fins que les voitures électriques, l’État aurait fait disparaître un poste de dépense….


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