Marion Maréchal-Le Pen n’a rien compris à la notion d’État-nounou

Marion Maréchal-Le Pen (Crédits : Rémi Noyon, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

Marion Maréchal-Le Pen souhaite-elle vraiment moins d’État ?

Par Le Parisien Libéral.

Marion Maréchal-Le Pen (Crédits :  Rémi Noyon, <a href="https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/" target="_blank">licence CC-BY 2.0</a>), via <a href="https://www.flickr.com/photos/remijdn/7103902737" target="_blank">Flickr</a>.
Marion Maréchal-Le Pen (Crédits : Rémi Noyon, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

Quelle surprise de lire dans Le Parisien le résumé d’une intervention de Marion Maréchal-Le Pen (Front National). Ça partait bien : elle explique qu’elle veut moins d’État-nounou, plus d’État régalien. Ces idées, « moins d’État-nounou » et plus « d’État régalien », les libéraux ne les renieraient pas. En effet, un des problèmes de notre pays, c’est qu’on a un État qui s’occupe de tout – de la couleur des gommes à la largeur des allées des hypermarchés, la liste est longue… – sauf de l’essentiel : une police qui protège les citoyens sans abus d’autorité, une justice rapide et séparée du politique, une armée aux missions claires et aux moyens avérés et une diplomatie efficace.

Mais ensuite, la députée FN nous explique qu’il « faut garder une grande compagnie aérienne publique », qu’Air France est « un patrimoine » et que « l’État français est actionnaire d’Air France mais il n’a pas joué son rôle d’État stratège ». Il parait même qu’« on abandonne clairement une entreprise qui pourrait être bénéficiaire » – des propos quasi similaires de ceux d’Olivier Besancenot qui a déclaré sur BFM TV qu’Air France allait bien.

Et là, on comprend que pour Marion Maréchal-Le Pen, l’État régalien, c’est un peu à géométrie variable. Elle n’est pas la seule… Combien de fois entend-on, de la part de députés de gauche ou de droite, que tel ou tel produit (de l’agriculture au livre, en passant par la culture, l’eau, le médicament) n’est « pas un produit comme les autres » ?

Alors, faisons quelques rappels, d’abord sur Air France. Si cette compagnie a des problèmes, c’est avant tout de la faute de son personnel. Rappelez-vous, l’année dernière, la grève suicidaire de ses pilotes kamikazes !

Ensuite, c’est justement parce que l’État, cet investisseur schizophrène, est au capital d’Air France, que les problèmes sont aggravés.

À ce titre, on se demande bien de quoi se mêle Manuel Valls. C’est vrai que les images du DRH quasi lynché par les salariés peuvent porter un sacré coup à l’image de la France. Mais le Premier ministre n’a-t-il pas d’autres dossiers plus urgents à traiter (inversion de la courbe du chômage, déficits publics, dette hors de contrôle, guerres bushistes en Afrique, surpopulation carcérale…). L’urgence, tant financière du point de vue de l’État, que managériale du point de vue d’Air France, c’est que Bercy vende ses titres et privatise enfin cette compagnie aérienne.

Reprenons l’histoire d’Air France, et notamment les récentes négociations avec les syndicats. Comment voulez-vous que l’État soutienne le management tout en voulant ménager les syndicats et, cerise sur le gâteau, pousser les pions de la SNCF qui, sur certaines destinations, entre en concurrence directe avec Air France (Paris-Marseille, Paris-Strasbourg, Paris-Londres) ? En finir avec l’État-nounou, ce n’est pas tenir une perche au bord du bassin de la piscine. C’est laisser le gamin se jeter à l’eau pour qu’il nage par lui-même.

En matière de volonté d’en finir avec l’État-nounou, il y avait une politicienne qui avait clairement fixé le cap. Elle s’appelait Margaret Thatcher. Aujourd’hui, British Airways est privatisée, et cela ne l’empêche pas d’emmener un peu des valeurs britanniques dans les airs à chaque fois qu’un de ses avions décolle, quelque part dans le monde. La privatisation et l’ouverture à la concurrence n’ont pas donné un coup d’arrêt au transport aérien au Royaume Uni, au contraire. Chacun a en tête les succès de l’irlandais Ryanair ou de l’anglais Easyjet, ou encore de Virgin Atlantic.

On ne peut pas vouloir moins d’État-nounou et vouloir garder dans le giron de l’État un actif qui n’a rien à y faire. En quoi Air France KLM répond-il à la définition de service public régalien ? Comme quoi, il n’y a pas de surprise. Que l’on parle des chevènementistes comme Florian Philippot ou des conservateurs comme Marion Maréchal-Le Pen, le FN est bel et bien un parti qui défend les mêmes idées que le parti socialiste ! Ce n’est donc pas avec ce parti qu’on sortira de la grande nurserie.

Et évidemment, si Marion Maréchal-Le Pen aime tant Air France, elle est toujours libre d’acheter avec son propre argent des actions de cette compagnie !


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