Pour la gratuité des soins et de l’éducation ?

Croix de pierre-Mire de rien (CC BY 2.0)

Rendre les choses gratuites leur enlève rapidement de la valeur. Ce qui permet l’émergence de solutions libérales.

Par Chris Campbell, depuis les États-Unis

Croix de pierre-Mire de rien (CC BY 2.0)
Croix de pierre-Mire de rien (CC BY 2.0)

Paradoxalement, l’abondance a usé l’appétit des consommateurs pour les babioles produites en masse. Au lieu de cela, leur goût est en train de s’orienter vers des produits qui, en plus d’être utiles, sont aussi beaux, et donnent plus de sens à leur vie. Comme l’écrit Rajeev Peshawaria dans Forbes, « à notre « ère conceptuelle », l’intelligence de l’hémisphère droit de notre cerveau sera tout aussi, sinon plus, importante que celle de l’hémisphère gauche. »

Mais un de nos lecteurs s’insurge.

« L’évolution que Rajeev prévoit serait possible dans des marchés beaucoup, beaucoup plus libres. L’Occident prend le chemin d’un socialisme de plus en plus intense, et, ce faisant, consomme son capital et s’appauvrit. Le monde à l’image de la Grèce ! »

Avec tout le respect qui est dû à ce lecteur, si nous sommes d’accord pour dire que les programmes politiques sociaux-démocrates financés par le déficit sont populaires, nous n’affirmerons pas comme lui qu’ils seront en mesure de détruire la force de ce qui reste du marché libre. En réalité, les solutions aux problèmes créés par l’État existent déjà. Tout ce dont l’Amérique a besoin, c’est d’un petit coup de pouce dans la bonne direction.

C’est la raison pour laquelle nous sommes en faveur d’un système de santé et d’éducation gratuit. Vous n’y comprenez plus rien ? Permettez-nous de vous donner quelques explications…

Très récemment, Obama a évoqué à nouveau son intention de rendre les universités communautaires locales « gratuites » pour tous ceux qui souhaitent y entrer (super !). Et vous savez quoi ? Ce n’est qu’avec un soupçon d’ironie que nous soutenons aujourd’hui sa proposition. En réalité, nous sommes en faveur d’Obamacare et d’une éducation gratuite.

Comment pouvons-nous, défenseurs sans faille des principes du marché libre, soutenir de tels programmes ?

Pourquoi, alors que nous savons que les subventions ne font que diminuer la valeur, augmenter les prix et abaisser la qualité, pourquoi les soutenir dans ce domaine ? Quelques citations de l’écrivain libertarien Billy Pearse illustrent bien notre mode de pensée :

« L’idée initiale de santé « gratuite », de repas « gratuits », de logements « gratuits » fait grincer des dents tous les libertariens et toutes les personnes qui disposent du minimum syndical de connaissances économiques de base : la pensée d’un nouveau programme « gratuit » que nos sages suzerains de Washington nous feront avaler de force donne la nausée. Mais cette idée d’universités publiques « gratuites » pourrait avoir ses mérites.

Beaucoup de libertariens sont en faveur d’un marché libre dans l’éducation, et sont des défenseurs acharnés des écoles privées, de l’instruction à domicile et du refus de scolarisation : selon moi, ce plan catastrophique proposé par Obama pourrait aider à accélérer et à populariser ces alternatives du marché libre dans le domaine de l’éducation.

Si les universités publiques deviennent « gratuites », les diplômes que l’on y obtient seront dévalués en raison des lois basiques de l’offre et de la demande ; lorsque plus de personnes disposent de quelque chose, la valeur de la chose en question diminue… ce qui ternira la crédibilité restante (s’il en reste encore) des diplômes d’universités communautaires locales.

Une fois que ces diplômes auront perdu toute leur valeur, les politiciens affirmeront peut-être qu’il est nécessaire de subventionner des diplômes universitaires sur quatre ans. Le cycle se répétera sans cesse, et ces diplômes sur quatre ans seront eux aussi dévalués. À un moment ou à un autre, le marché répondra et trouvera de nouvelles manières, plus efficaces et plus précises, de déterminer le degré d’éducation d’une personne, par ordre spontané. »

En d’autres termes, nous sommes pour que le gouvernement n’hésite pas plus longtemps et permette au service public de s’auto-détruire, légitimant par là-même les vraies solutions du marché libre.

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Vous voyez où je veux en venir.

« Le marché ne se contentera pas d’apporter une solution aux problèmes créés par l’État » poursuit Pearse, « ce sont les employeurs qui l’exigeront. » Lorsque des candidats postuleront pour un emploi sans être capables d’effectuer les tâches demandées par l’employeur, les entreprises chercheront des moyens alternatifs de trouver des employés qualifiés. Des entrepreneurs trouveront des moyens innovants pour offrir des services de formation alternatifs.

Vous n’y croyez pas ? Le changement est pourtant déjà en marche…

Le coût de l’éducation alternative a déjà énormément diminué, malgré l’ingérence constante de l’État. Le fait est que beaucoup de ces alternatives sont bien plus modernes et pertinentes que les cours offerts par les institutions « supérieures ». Et, selon nous, la même chose se passera dans le secteur de la santé. Pour aujourd’hui, nous allons nous en tenir à l’éducation. La dette étudiante est aujourd’hui de 1 200 milliards de dollars aux États-Unis. Pensez qu’en 2003, son montant n’était que de 250 milliards de dollars et en 2005 de 360 milliards de dollars.

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Malgré cela, la seule solution que nos gouvernants réussissent à trouver lorsqu’ils agitent leurs trois neurones est d’offrir, encore une fois, un programme gratuit. Bien sûr, souligne Tyler Durden chez ZeroHedge, il suffit de se pencher sur le Venezuela pour comprendre comment finit, systématiquement, le mythe de la gratuité :

  • Le Bolivar vénézuélien est dévalué de 89% sur le marché des changes.
  • Le Venezuela dévalue officiellement le bolivar de 44% supplémentaires mais selon certains, il reste 600% plus élevé que le marché noir en raison d’une inflation à 50%.
  • Le président vénézuélien Maduro réprime un coup d’État, arrestation de trois généraux de l’armée de l’air.
  • Le Venezuela est à court de papier hygiénique.
  • Le Venezuela n’aura bientôt plus de denrées alimentaires même si la bourse bat tous les records.
  • Le Venezuela « rétablit » de nouveaux « prix plus justes » pour le poulet, le sucre, le riz et le café.
  • Le Venezuela victime de pillages.
  • Le Venezuela est plongé dans l’obscurité alors que le Président Maduro présente son programme socialiste à la télévision nationale.
  • Pas de spaghetti pour le Venezuela : les fabricants de pâtes cessent la production suite à un manque de dollars.
  • Pas d’eau potable pour le Venezuela avant que les banquiers ne soient payés.
  • Vous voulez respirez au Venezuela ? Il va falloir payer.
  • Le « socialisme du 21ème siècle » au Venezuela : les populations font la queue devant les supermarchés, les militaires s’offrent de nouvelles voitures.
  • Le taux de popularité de Maduro s’effondre, les consommateurs devront bientôt montrer leur empreinte digitale.
  • « Et maintenant, il n’y a même plus de savon, » Maduro se rend en Chine pour « sauver » l’utopie socialiste du Venezuela.
  • Le Venezuela, à court d’argent et au bord de l’abysse… le risque de défaut atteint des hauteurs stellaires.
  • Plus de frites au Venezuela.
  • La goutte d’eau qui fait déborder le vase ? Le Venezuela à court d’implants mammaires.

« Oublions les licornes socialistes, les arc-en-ciel marxistes », poursuit Tyler Durden : « quel sera le coût du plan « gratuit » d’Obama pour les contribuables ? La réponse : soixante milliards de dollars sur dix ans, selon un responsable officiel de la Maison Blanche. »

Étant donné que ce chiffre émane d’une source gouvernementale, nous pouvons supposer qu’à terme, le coût sera probablement trois fois supérieur aux attentes : 180 milliards de dollars. Un investissement qui, bien sûr, ne résoudra rien.

Mais voici ce qui est intéressant. Comme le dit Stefan Molyneux de Freedomain Radio, ce programme est « l’aveu stupéfiant d’un échec incroyable ». Voyons un peu si vous saurez détecter cet aveu dans les propos d’Eric Schulz, attaché de presse de la Maison Blanche, commentant le coût du programme :

« C’est un investissement significatif, mais le Président est convaincu qu’il en vaut la peine, parce que nous devons nous assurer que les jeunes Américains disposent des compétences dont ils ont besoin pour réussir dans l’économie du 21ème siècle. »

La question : pourquoi les jeunes Américains n’ont-ils pas déjà les compétences dont ils ont besoin pour réussir après que l’État a eu la clé pendant douze ans ? En annonçant ce programme, les dirigeants ont pour ainsi dire admis que, sur la base du niveau d’éducation standard, les jeunes sont économiquement inutiles à leur sortie du lycée.

« Si vous souhaitez vraiment aider ces jeunes », dit Molyneux, « pourquoi ne pas prendre les compétences qui sont enseignées dans les université payantes, et les enseigner, par exemple, pendant les deux dernières années de lycée ? Après tout, vous payez déjà pour ces formations. Il ne serait pas nécessaire de dépenser plus d’argent. Mais cela ne vous permettrait sans doute pas d’acheter suffisamment de voix pour la prochaine élection. »

Hélas, on n’apprend que de ses propres expériences. C’est pour ça que nous sommes du genre à laisser un enfant se brûler en touchant les plaques de la cuisinière… mettre une fourchette dans la prise électrique… et sortir sans manteau de pluie. Parce qu’une fois qu’ils sont brûlés, électrocutés et trempés, vous pouvez être sûr qu’ils ne recommenceront pas. Après avoir été brûlés par Oncle Sam, les gens auront suffisamment de bon sens pour s’enfuir la prochaine fois que l’État leur offrira quelque chose de « gratuit ».

La vérité est qu’il n’est absolument pas important de savoir qui soutient l’éducation gratuite ou d’autres super-programmes gratuits.

Comme je l’ai déjà dit, les solutions existent déjà, pour l’éducation comme pour la santé. La solution pour l’éducation est simple. N’importe qui doté d’un cerveau plus ou moins fonctionnel peut, aujourd’hui, apprendre tout ce dont il ou elle a besoin. Quand un auto-enseignement n’est pas possible, les enfants peuvent aussi opter pour une autre bonne solution : le bon vieux modèle de l’apprentissage. Pour des raisons similaires, malgré Obamacare, nous pensons que le coût des soins va diminuer dans l’avenir.


Pour plus d’analyses de ce genre, c’est ici et c’est gratuit.

Traduction Agora pour Contrepoints de Why we support free healthcare and college.