Cours du baril : un problème d’offre ou de demande ?

Pumpjack Pétrole en Californie (Crédits Justin Vidamo, licence Creative Commons)

L’accord avec l’Iran va-t-il faire varier le prix du baril ?

Par Aymeric de Villaret.

Pumpjack Pétrole en Californie (Crédits Justin Vidamo, licence Creative Commons)
Pumpjack Pétrole en Californie (Crédits Justin Vidamo, licence Creative Commons)

Alors que depuis février 2015, la demande était revue régulièrement à la hausse et que les prix remontaient, l’Agence Internationale pour l’Énergie a maintenu en juillet ses estimations de croissance pour 2015 mais anticipe pour 2016, un peu moins de croissance. En revanche, par rapport aux estimations de février 2015, la demande mondiale 2016 est augmentée de 0,7 Mb/j ; soit quasiment toute la production supplémentaire iranienne supplémentaire attendue en année pleine, une fois toutes les sanctions, liées à l’embargo, levées. Que d’évènements en cette première quinzaine de juillet susceptibles d’influencer les cours du baril de pétrole et que d’éléments contradictoires :

Accord iranien le 14 juillet

Pas de surprise (du moins pour les marchés pétroliers) avec l’accord sur le nucléaire iranien obtenu le 14 juillet, même si la date initiale était prévue fin juin. Cet accord doit être encore ratifié par le congrès américain. Il n’empêche qu’il ouvre des perspectives de levée de l’embargo sur les investissements étrangers en Iran – voir notre Lettre de juillet-août 2015 sur le sujet permettant d’espérer une certaine reprise de croissance pour un secteur pétrolier en difficulté. Cela prendra du temps (dans un premier stade, la levée des sanctions ne devrait pas avoir lieu avant décembre 2015) et comme nous le disions dans notre lettre, l’impact physique sur la production de pétrole (de l’ordre de 1 Mb/j à l horizon fin 2016 – mi 2017) sera limité et prendra du temps.

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Quant au gaz, le marché du GNL (Gaz Naturel Liquéfié) est déjà déprimé et le fait que les cours du Brent se soient effondrés, rend le gaz en Asie moins intéressant.

Révision de la demande de pétrole mondiale en 2016 de 0,7 Mb/j par rapport aux estimations de février 2015

Pas de révisions de la hausse de la demande en 2015 dans le rapport de l’AIE daté du 13 juillet 2015.
Comme nous l’avons déjà souligné à plusieurs reprises, la corrélation à la baisse entre les révisions de la demande et l’évolution du prix du baril est très forte. À la hausse, il semble y avoir un peu de retard, et la légère baisse en moyenne sur le mois en juin, creuse quelque peu ce retard.

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Par rapport au dernier « Medium-Term Market Outlook Report », forte révision à la hausse de la demande mondiale de pétrole 2016

L’AIE (Agence Internationale pour l’Énergie) a profité de son rapport mensuel de juin (publication le 13 juillet) pour actualiser ses prévisions de hausse de la demande de pétrole au niveau mondial pour 2016. Ses dernières prévisions dataient de février lors de la publication de son « Medium-Term Market Outlook Report ». À cette date, la demande mondiale de pétrole qui était de 92,4 Mb/j en 2014 était estimée à 93,3 Mb/j pour 2015 et 94,5 Mb/j pour 2016. En juillet 2015, pour une demande de 92,6 Mb/j en 2014, 2015 est estimé à 94,0 Mb/j et 2016 à 95,2 Mb/j. Ainsi, la croissance de la demande 2016 par rapport à 2015, est prévue toujours à 1,2 Mb/j, mais en partant d ‘un niveau plus élevé ! De facto, par rapport à février 2015, c’est de 0,7 Mb/j qu’est relevée la demande de pétrole mondiale 2016.

Production OPEP –notamment Arabie Saoudite – de plus en plus élevée

Depuis la guerre des prix initiée par l’Arabie Saoudite à l’automne dernier, l’OPEP ne réduit pas sa production et les chiffres de juin confirment cette tendance :

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Ainsi l’Arabie Saoudite en juin 2015 a produit 10,35 Mb/j, un niveau que le royaume n’avait pas atteint depuis plus de 7 ans :

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L’arrêt de la baisse des forages aux États-Unis ?

Et le changement de tendance dans l’évolution des rigs de forage de pétrole américains est à souligner, avec une baisse arrêtée mi-juin et une stabilité depuis (+6 rigs du 19 juin au 10 juillet) :

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Cet arrêt peut bien sûr donner un signal baissier aux cours du baril dans la mesure où il indique que les producteurs de pétrole américains « relancent la machine… » suite à la combinaison d’un rebond du pétrole et de coûts de production plus bas. Mais après une telle chute du nombre de rigs, il faut, nous pensons, raison garder car il s’agit en l’état actuel des choses, seulement d’une stabilité.

La production américaine résiste…

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Quant à la production américaine de pétrole, force est de constater qu’elle continue de croître, même si la croissance par rapport à 2014 est retombée à 1 Mb/j. Ainsi la résistance à la chute du baril est certaine avec certes une baisse dans la croissance moyenne annuelle mais une croissance restant non négligeable.

… mais celle de l’huile de schiste faiblit

Il n’en demeure pas moins vrai qu’en ce qui concerne purement l’huile de schiste, cœur de la bataille engagée par l’Arabie Saoudite, celle-ci est touchée avec une production en déclin :

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Conclusion

Comme on vient de le voir avec les éléments développés dans cette étude, de nombreuses tendances pour l’évolution des cours du baril s’affrontent actuellement, tant du côté de l’offre que du côté de la demande. C’est d’ailleurs selon nous, l’explication majeure d’une relative stabilité dans la zone des 60$/baril du Brent :

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Du côté de l’offre avec :
1) Une forte hausse de la production OPEP
2) Une stabilité du nombre de rigs de forage américains avec une production qui globalement a repris sa croissance mais dont celle d’huile de schiste ralentit
3) Une levée à venir de l’embargo iranien et une production supplémentaire à venir de l’ordre de 1 Mb/j au plus tôt fin 2016…
Du côté de la demande avec :
1) Une croissance de 1,2 Mb/j confirmée pour 2015 au niveau mondial
2) Une forte révision sur 2016
Ainsi, on voit bien que si la guerre des prix de l’automne dernier a commencé à porter ses fruits au printemps 2015 avec le rebond du baril, il faudra attendre maintenant confirmation de la reprise de la demande mondiale au second semestre, pour permettre une nouvelle hausse : les marchés étant un peu dans l’expectative face au potentiel iranien, même si nous pensons qu’il sera absorbé par les marches.