Le mythe du patron surpayé et cupide

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La hausse des rémunérations des PDG est-elle inacceptable ?

Par Matt Palumbo depuis les États-Unis
Un article du Mises Daily

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La comparaison entre le patron et le salarié moyen semble être une manifestation parfaite du vieux cliché « les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres ». Au cours de la récente crise financière, il était monnaie courante de dénoncer ces dirigeants qui se payaient à eux-mêmes des millions tout en provoquant la faillite de leur entreprise. Mais aussi, nous pouvons lire constamment que les PDG gagnent des sommes faramineuses par rapport au salarié moyen et que l’écart ne cesse de croître. Et bien sûr, ces rapports sur ces tendances présumées visent à dénoncer l’avidité éhontée et les disparités de salaires.

L’une des accusations les plus courantes concernant les PDG est qu’ils gagnent 300 fois plus que le travailleur moyen. J’ai même vu affirmer que ce ratio est de 500 pour 1 mais le chiffre le plus fréquemment cité est celui de la AFL-CIO qui l’estime à 331 pour 1. Nulle part dans le rapport de l’AFL-CIO n’est précisé que les PDG en question sont ceux de l’indice S&P 500. Donc, l’échantillon comporte seulement les 500 dirigeants de certaines des plus grandes entreprises de la nation, alors qu’il y a près de 250.000 chefs d’entreprise aux États-Unis à la tête d’entreprises de taille variable.

Mais lisez n’importe quel organe de presse et vous trouverez la même histoire. Voyez ce que dit Al Jazeera : « En 2013, le PDG américain moyen a été payé 331 fois ce que le salarié moyen gagne et 774 fois plus que les salariés à temps plein payés au salaire minimum, selon une nouvelle étude publiée mardi par l’AFL-CIO, le plus grand syndicat de la nation. » Le fait que cela ne concerne que la rémunération de 500 PDG est passé sous silence, et même ils affirment que cela est représentatif de la moyenne des dirigeants d’entreprise.

Mais les « experts » ne font pas mieux. Paul Krugman cite la même statistique trompeuse dans son livre The Conscience of a Liberal sans explication. Robert Reich, au moins à demi-honnête, utilise la même statistique dans son documentaire vu par des millions de personne, Inequality for All, et ne donne la précision que cela ne représente que les « grandes entreprises » que dans son blog à l’UC Berkeley.

Donc maintenant nous savons que le gros problème de cette statistique de l’AFL-CIO est qu’elle n’est pas représentative de tous les dirigeants mais seulement des plus grandes entreprises du pays. Le rapport souligne une réalité : il y a un écart entre le dirigeant et le salarié de base. Le PDG moyen aux États-Unis a obtenu un salaire de 178.400 $ en 2013, tandis que le salarié moyen touchait 46.440 $, les deux chiffres ne prenant pas en compte les avantages sociaux. Ceci donne une image radicalement différente de l’information faussée ou trompeuse du rapport de l’AFL-CIO, qui a utilisé avec enthousiasme des données aberrantes pour en tirer des conclusions erronées.

Non contents de souligner les salaires scandaleux des PDG, beaucoup affirment que cette rémunération est en augmentation. Cela peut être qualifié de « demi-vérité » selon la façon dont cette information est traitée. Lorsqu’on regarde les salaires des PDG des grandes entreprises américaines, l’écart de rémunération entre les dirigeants et les employés a augmenté. Au début des années 1980, l’écart était seulement de 42 pour 1 contre 300 pour 1 aujourd’hui.

Pour beaucoup, cette augmentation de la rémunération des PDG par rapport au salaire de l’employé moyen est une parfaite illustration de la montée des inégalités qui préoccupe le pays. Et, nous dit-on, cela devrait nous inquiéter, cette disparité se faisant au détriment des travailleurs, le PDG accaparant de plus en plus de richesse, ne laissant que des miettes aux autres.

Heureusement, ce n’est pas ce qui se passe. Quelque chose a changé : la taille moyenne des entreprises du S&P 500. Les multinationales qui le composent sont en constante évolution, les sociétés sont de plus en plus grandes. La capitalisation boursière moyenne des sociétés augmentant, il est donc logique que le salaire moyen des PDG de ces entreprises augmente aussi. Selon les économistes Xavier Gabaix et Augustin Landier dans une étude publiée par le National Bureau of Economic Research, « la multiplication par 6 de la rémunération des PDG entre 1980 et 2003 s’explique entièrement par la multiplication par 6 de la capitalisation des grandes sociétés sur le marché au cours de cette période. »

Il y a bien sûr des exceptions à cette règle, comme les entreprises renflouées payant des salaires exorbitants à leur PDG, ou ces histoires reprises par les médias de PDG se rétribuant généreusement alors qu’ils envoyaient leur entreprise au tapis, mais ce sont justement des exceptions.

Contrairement à tous ces récits qui affirment que le « salaires des PDG dépassent toute limite », cette augmentation des salaires ne s’est pas faite au détriment des salariés de base. La rémunération des salariés (salaires et autres prestations) en pourcentage des revenus des entreprises est restée relativement stable depuis les années 1940.


Sur le web. Traduction : Gérard-Michel Thermeau.