Le contrôle du langage

La tentative des gouvernants de contrôler le peuple en contrôlant le langage n’est pas nouvelle. Petit rappel historique.

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Liberté d'expression - Crédit : Christopher Dombres via Flickr (CC BY 2.0

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Le contrôle du langage

Publié le 7 juin 2015
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Par Nafy-Nathalie

Liberté d'expression - Christopher Dombres (CC BY 2.0)
Liberté d’expression – Crédit : Christopher Dombres via Flickr (CC BY 2.0)

 

La nouvelle est tombée sur BFM : dans certains collèges et lycées, le « tchip », ce petit bruit de succion qui rendrait fou des professeurs, est maintenant réglementé.

Là où le bât blesse, c’est que ce fameux tchip, « concentré de dédain », a été rendu populaire par nulle autre que Madame Taubira. Elle l’avait en effet utilisé pour qualifier ses détracteurs, le rendant populaire au point de devenir habituellement utilisé par les adolescents

Je ne m’attarde pas sur l’incongruité d’interdire à certains l’usage d’une onomatopée permise à d’autres sans donner le sentiment d’une liberté d’expression à géométrie variable. En effet, chaque langue forge d’une façon particulière la vision du monde de ceux qui l’utilisent. On voit ce que l’on dit. Je prends l’exemple de l’anglais qui différencie le sheep (dans le pré) du mutton (dans l’assiette).

Nommer est une décision humaine intelligente, la première étape de la pensée scientifique et de la pensée tout court. Nommer, c’est distinguer, classer, mettre en ordre le monde, le comprendre et le modifier. C’est, plus simplement, prendre le pouvoir. Il s’agit donc d’une arme redoutable qui peut servir à libérer, magnifier ou à l’inverse, réduire en esclavage, insulter, lancer des propagandes, exclure.

Le contrôle du langage est donc important pour nos dirigeants qui sont censés avoir conscience de l’impact des mots. D’ailleurs, mus par une éthique souvent contestable, ils usent et abusent constamment de cette arme dans les promesses qu’ils nous font, les injonctions dont ils nous menacent, les pseudo-vérités qu’ils nous assènent, les visions délirantes de la société dont ils veulent nous convaincre.

Il n’est pas innocent dans ce contexte de remplacer un mot par un autre véhiculant une vision différente. Ainsi la « secrétaire » devient « assistante », une « femme de ménage » une « technicienne de surface », un « instituteur » se transforme en « professeur des écoles ». La réforme des programmes scolaires et son lot de remplacements ridicules comme substituer  « nager » par « se déplacer de manière autonome dans un milieu aquatique profond » en est également une illustration édifiante.

La tentative des gouvernants de contrôler le peuple en contrôlant le langage n’est pas nouvelle : si les Serments de Strasbourg en 842 sont considérés comme le plus ancien document écrit en français, la France jusqu’au 17ème siècle était multilingue (langue vulgaire et latin), ce qui posait problème notamment dans l’assise du pouvoir administratif et judiciaire. Il était indispensable d’unifier la nation autour d’une langue. C’est ainsi que l’ordonnance de Villers-Cotterêts a permis d’entamer ce processus :

Article 110 : afin qu’il n’y ait cause de douter sur l’intelligence des arrêts de justice, nous voulons et ordonnons qu’ils soient faits et écrits si clairement, qu’il n’y ait, ni puisse avoir, aucune ambiguïté ou incertitude, ni lieu à demander interprétation.

Article 111 : et pour que de telles choses sont souvent advenues sur l’intelligence des mots latins contenus dans lesdits arrêts, nous voulons dorénavant que tous arrêts, ensemble toutes autres procédures, soit de nos cours souveraines et autres subalternes et inférieures, soit de registres, enquêtes, contrats, commissions, sentences, testaments, et autres quelconques actes et exploits de justice, soient prononcés, enregistrés et délivrés aux parties, en langage maternel français et non autrement.

Richelieu a créé en 1635 l’Académie française afin, selon les termes de Marc Fumaroli, de « donner à l’unité du royaume forgé par la politique une langue et un style qui la symbolisent et la cimentent ». Ainsi, l’article 24 des statuts précise que « la principale fonction de l’Académie sera de travailler avec tout le soin et toute la diligence possibles à donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences ».

La révolution française a accolé l’idée de nation à la langue pour amener un sentiment d’identité nationale, confirmant le processus qui a été encore accentué par Jules Ferry (l’école obligatoire) et le concept de laïcité.

Il est par contre notable de constater que le pouvoir politique a laissé à une institution indépendante, pendant des siècles le soin d’enregistrer, d’établir et de régler l’usage du français. Depuis les années 1970 cependant, le gouvernement, toutes tendances politiques confondues, essaie régulièrement d’étendre son pouvoir en régulant la langue française.

Sous Pompidou (Pierre Messmer Premier ministre), a décidé de lutter contre l’invasion ou la prédominance anglaise. À partir de 1972, des commissions ministérielles de terminologie et de néologie sont constituées pour désigner, au besoin créer, des termes français pour éviter un mot étranger. Ces termes s’imposent alors à l’administration. Ainsi baladeur remplace walkman par exemple.

Sous Valéry Giscard d’Estaing (Chirac Premier ministre), en 1975, la loi dite « Bas-Lauriol » rend l’emploi du français obligatoire dans l’audiovisuel, le commerce et dans le monde du travail.

Toutes ces dispositions n’empêchent pas l’anglais d’être LA langue. Au cours des années 1990, la gauche décide de renforcer l’ensemble législatif.

Sous Mitterrand (Bérégovoy Premier ministre), un nouvel alinéa est ajouté, le 25 juin 1992, à l’article 2 de la Constitution : la langue de la République est le français.

La loi du 4 août 1994, dite « loi Toubon » tente d’élargir les dispositions de la loi de 1975 relative à la primauté des termes francophones face aux anglicismes. Elle reconnait le droit de s’exprimer et de recevoir, et l’obligation de rédiger toutes les informations en français. Il est intéressant de noter que le Conseil constitutionnel l’a beaucoup allégée, estimant que l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen interdisait à l’État de déterminer le vocabulaire à utiliser par les médias ou les personnes privées dans l’ensemble de leurs activités. La loi ne peut intervenir que pour les personnes morales de droit public et les personnes de droit privé dans l’exercice d’une mission de service public (article 5 de la loi).

Sous Chirac (Juppé Premier ministre), le décret du 3 juillet 1996 met en place une nouvelle commission générale de terminologie et de néologie. L’accord de l’Académie française devient indispensable pour que les termes d’enrichissement « recommandés » soient publiés avec leurs définitions au Journal Officiel. La prédominance de fait de l’Académie se trouve ainsi confirmée par le droit.

La tentative de féminisation des noms de métiers, fonctions, grades ou titres est une illustration assez marquante de cette volonté de légiférer à tout va. Il a en effet été décidé, dans les années 80, de lutter contre le sexisme dans la société grâce aux mots.

Ainsi sera créée une « commission de terminologie relative au vocabulaire concernant les activités des femmes » pour que « la féminisation des noms de professions et de titres vise à combler certaines lacunes de l’usage de la langue française dans ce domaine et à apporter une légitimation des fonctions sociales et des professions exercées par les femmes ».

L’Académie française, non consultée, fait part de ses réserves et indique, arguments à l’appui, que la féminisation risque d’aboutir à un résultat inverse et créer dans la langue une discrimination entre les hommes et les femmes. Elle en profite pour contester enfin le principe même d’une intervention gouvernementale sur l’usage, jugeant qu’une telle démarche risque « de mettre la confusion et le désordre dans un équilibre subtil né de l’usage, et qu’il paraîtrait mieux avisé de laisser à l’usage le soin de modifier ».

Une circulaire du Premier ministre Jacques Chirac recommandera, en 1986, de procéder malgré tout à la féminisation, mais cette circulaire ne sera pas appliquée.

En 1997 (Présidence Chirac- Gouvernement Jospin), certains ministres du gouvernement préconiseront pour leur compte la forme féminisée « la ministre », ce qui provoquera une nouvelle réaction des immortels.

Dans une circulaire du 6 mars 1998, le Premier ministre Lionel Jospin, constatant le peu d’effet du texte de 1986, propose malgré tout d’imposer la féminisation « dès lors qu’il s’agit de termes dont le féminin est par ailleurs d’usage courant ». Il charge alors une commission générale de terminologie et de néologie de « faire le point sur la question ». Le rapport de la commission en octobre 1998 rappelle qu’une intervention gouvernementale sur l’usage n’est pas recommandée et ne sera pas suivie d’effet.

L’incident qui a eu lieu à l’Assemblée nationale il y a peu de temps est assez symptomatique de tout cela.

Tout est dit : légiférer la langue de manière aussi directe est juste une perte de temps et d’énergie. Pour influencer les esprits, il faut le faire plus subtilement, ce dont ils ne se privent d’ailleurs pas.

Un exemple édifiant est celui d’un morceau de tissu pouvant cristalliser des positions racistes en fonction du nom qui lui est donné et de l’interprétation qui en est faite.

Nous nous dirigeons vers une sombre période. Je repense au livre de George Orwell, 1984, dans lequel était décrit le lien entre le contrôle des mots, de leur définition et signification et le contrôle de la pensée réelle du peuple. Il suffit d’observer l’évolution des définitions dans le temps, qui finissent par perdre leur substance, et donner une autre interprétation

Restons vigilants ! Nous nous attachons à défendre nos libertés, principalement la liberté d’expression, face à un État qui ne pense qu’à les grignoter, au motif de faire notre bien. Ne nous laissons pas prendre la première d’entre elle, qui est celle de penser.

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  • Attention à ne pas confondre passage d’une langue à l’autre (le français prenant le pas sur le latin, l’anglais poussant le français etc.) avec l’acte de pervertir, volontairement, un langage afin de pervertir la pensée : l’axe orwélien.

    Le premier est un fait historique. Le second est une perversion, une manipulation politique odieuse.

    Or ce que nous vivons depuis 30 ans relève de l’axe orwélien.

    On peut même aller plus loin : il ne s’agit même plus d’influencer, de manipuler le peuple, il s’agit de le rabaisser, brutalement, de littéralement meuler ses capacités cognitives, en cassant le langage.

    Allez faire un tour dans un lycée… A la fac. Lisez ce que vos enfants écrivent à 20 ans, écoutez leurs mots.

    Nous sommes bel et bien face à une entreprise de destruction.

    Qui porte ses fruits.

    Ce projet trouve une très joyeuse illustration dans le film Idiocracy. Vous passerez un bon moment en découvrant ce que sera le futur…

    • ‘(…) l’axe orwélien »

      En effet, “we have now sunk to a depth at which the restatement of the obvious is the first duty of intelligent men // nous nous sommes enfoncés à une profondeur telle que le premier devoir des gens intelligents, c’est la remise en évidence de ce qui est évident” (j’emploie à dessein 2 fois le terme ‘évident/-ce’ en traduisant), voilà qui est pour le moins prémonitoire d’un Monsieur mort en 1950.

      Cependant et indépendamment de toute argutie (pseudo-)sémantique, j’ouvre la constitution luxembourgeoise (la mienne) et je lis en page 5, Art. 24: (…) ‘La censure ne pourra jamais être établie’.

      Jamais, c’est jamais.

      Peu m’importent les concoctions savantes des contorsionnistes idéologiques de tout poil. Une opinion légale vieille comme le monde ou presque (cf Cicéron, ‘Staatslehre und Staatverwaltung / De re Publica’ III, Goldmann Taschenbuch, Band 458) et qui se retrouve dans un article d’un certain Michael Stokes Paulsen (Distinguished University Chair & Professor of Law, University of St. Thomas,Minneapolis) dit en effet: « The Constitution is supreme, not the judicial decisions misinterpreting it // la constitution est suprême, non les décisions judiciaires qui l’interprètent à tort et à travers », http://www.thepublicdiscourse.com/2015/05/15013/

      • « la remise en évidence de ce qui est évident »

        Ce qui est évident, c’est que d’une part on cherche à nous manipuler et que d’autre part, plus c’est grotesque (gros est insuffisant) et mieux ça marche. Sinon comment expliquer que personne ne trouve rien à redire à des messages tels que :

        « se déplacer de manière autonome dans un milieu aquatique profond »

        Si tout le monde trouve normal que l’EN se f… de la gueule des parents et de l’éducation des enfants, pourquoi voulez vous qu’on oppose le moindre esprit critique aux innombrables manipulations sémantiques du gouvernement et des média ?

        Malheureusement, cet article ne peut convaincre que l’infime proportion des français qui possèdent plus que 3 neurones.

        • « l’infime proportion des français qui possèdent plus que 3 neurones », là vous exagérez. Bien sûr les temps d’un Nietzsche sont révolus, ce Nietzsche qui, dans « Jenseits von Gut und Böse (Par-delà Bien et mal) », paragraphe 263, décrit l’âme française, surtout par opposition à l’anglaise, même s’il regrette qu’à son époque, vers 1880 donc, elle ne soit et de loin, plus ce qu’elle avait été « aux 16e et 17e siècles »; mais « … man muss diesen Satz historischer Billigkeit mit den Zähnen festhalten (…): die europäische noblesse (en français dans l’original) – des Gefühls, des Geschmacks, der Sitte, kurz: das Wort in jedem hohen Sinn genommen – ist Frankreichs Werk und Erfindung, die europäische Gemeinheit, der Plebejismus der modernen Ideen – Englands // il faut retenir avec les dents la proposition suivante, d’une évidence (litt. justice) historique: la noblesse européenne – (celle) du sentiment, du goût, des moeurs, bref: le mot pris dans tout sens élévé – est l’oeuvre et l’invention de la France, l’abrutissement, le plébéianisme des idées modernes – (celle) de l’Angleterre » [Ges. Werke, Gondrom-Verlag 2005, p. 935-6]

  • A propos du genre des mots, il est intéressant de jeter un œil au passé également :
    http://sexes.blogs.liberation.fr/2015/05/31/le-mot-autrice-vous-choque-t-il/

  • « Nommer, c’est distinguer,… »
    Et distinguer, c’est DISCRIMINER.
    Lutter contre les discriminations, c’est lutter contre la pensée.

    • « Lutter contre les discriminations, c’est lutter contre la pensée »

      – désolé de vous contredire: lutter contre les discriminations, c’est lutter contre la vie, puisque la « catégorisation (en ‘bon’ ou ‘mauvais’) de tous les phénomènes visibles (‘ami? ennemi?’ – – ‘trop grand pour que je puisse le manger?’ – – ‘mon Dieu! assez grand pour qu’il me mange, moi?’ ), audibles (‘est-ce un serpent qui se cache là?’), olfactifs (‘ça sent mauvais, faisons un détour’) » etc. n’est ni plus ni moins que la précondition à toute vie orgenique tant soit peu développée.

      Encore une chance que vos législateurs, à vous autres Français, sont courageux au point de n’avoir peur de rien, même pas du ridicule.

      • Mais vous dites la même chose que moi!
        Vous défendez la pensée, moi la vie. La pensée est un acte vital.
        Vivre comme un homme, c’est penser, et donc discriminer, tout comme celui qui voit discrimine les couleurs, contrairement au daltonien qui est malade.

    • « il faut toujours dire ce que l’on voit.
      Surtout, il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit ».

      Charles Péguy, Pensées, Préface du cardinal Verdier. (dans le livre de Laurent Fidés cité ci-dessous).

      • L' »affaire Sokal/Bricmont » a donné, à cet égard, le fleuron suivant: « Clear thinking, combined with a respect for evidence, especially inconvenient and unwanted evidence, are of the utmost importance to the survival of the human race in the twenty-first century // Penser clairement, en combination avec du respect pour l’évidence, spécialement l’évidence dérangeante et indésirable, voilà qui est d’une importance capitale pour la survie de l’espèce humaine au vingt-et-unième siècle » — , eh oui, « la survie de l’espèce humaine », ni plus ni moins
        http://www.physics.nyu.edu/sokal/, où l’on trouve également pas mal d’articles en français, le meilleur étant (pour moi), « Les sots calent » [et les briques montent?!], par Jacques Bouveresse (Le Monde de l’Éducation, janvier 1998)

  • Sur le travestissement du langage dans le but de faire passer une idéologie, je me permets de recommander le livre Laurent Fidès (tout juste sorti des presses) : « Face au discours intimidant, essai sur le formatage des esprits ».
    Il me reste quelques pages à lire, et les lecteurs de Contrepoints seront surement captivés par le raisonnement présenté aux pages 117-122.

  • Et si on commençait par contrôler le mot « démocratie » ?

    Mais quand cessera-t-on d’aduler ce qu’on appelle abusivement la « démocratie », c’est-à-dire de considérer – aussi irrationnellement que grégairement – que le résultat d’un vote ayant recueilli plus de 50 % des suffrages dits exprimés, même s’il y a eu plus de 50 % d’abstentions, est forcément bon pour l’intérêt général et doit s’imposer à tous.

    Nous vivons quasi depuis l’école primaire (où il arrive qu’on fasse voter) dans le culte de ce qu’on appelle abusivement la « démocratie » , c’est à dire que les conséquences d’un vote, en fait d’homme, d’obligation ou d’action seront forcément bénéfiques pour l’intérêt général du moment que le dit vote a recueilli plus de 50 % même pas de tous les votants potentiels, mais des seuls votants oui ou non, voire non et non (trois choix) ce qui est encore plus incohérent et absurde. Alors que si nous le voulons, nous pouvons constater matin, midi, soir et nuit, les tristes, voire mortifères, résultats de ce culte.

    Et on appelle abusivement çà, la démocratie, un concept creux, comme tant d’autres, qui n’a jamais été appliqué, même pas par Athènes censée l’avoir inventée.

    C’est pourquoi même si on n’apprécie pas l’humour et la subtilité d’un « Ce n’est pas parce qu’ils sont nombreux à avoir tort qu’ils ont forcément raison » du grand philosophe Michel Collucci, il ne serait pas inintéressant de prendre en considération ce propos de feu Alain Etchegoyen, ex-patron du Commissariat général au Plan dans « La démocratie malade du mensonge », petit ouvrage toujours disponible : « Dès que nous disons le mot « démocratie » pour nommer notre mode de gouvernement qu’il soit américain, allemand ou français, nous mentons. La démocratie ne peut jamais être qu’une idée régulatrice, une belle idée dont nous baptisons promptement des pratiques très diverses. Nous en sommes loin, mais encore faut-il le savoir et le dire »

    On peut aussi s’inspirer d’un Serge-Christophe Kolm et « Nous sommes victimes d’un abus de mots. Notre système (les « démocraties » occidentales) ne peut s’appeler « démocratique » et le qualifier ainsi est grave, car ceci empêche la réalisation de la vraie démocratie tout en lui volant son nom. » ou encore de Jean-Pierre Martin, « La démocratie c’est le nom volé d’une idée violée ».

    On peut encore, voire surtout évoquer Alexis de Tocqueville et son « Ceux qui regardent le vote universel comme une garantie de la bonté des choix se font une illusion complète. »

    • « Et si on commençait par contrôler le mot ‘démocratie’? »

      …pardon, le terme correct du régime dans lequel nous vivons est « ochlocratie ». Comme le dit si justement breizh 06: « Surtout, il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit »:

      « Ce gouvernement par la foule a pour connotation péjorative le règne de la vulgarité, de la médiocrité. En 1584, l’écrivain anglais John Stockwood décrit l’ochlocratie comme un État dans lequel les personnes grossières décident de toute chose d’après leur propre intérêt. Pour les Grecs, l’okhlos, c’est ce qui est inférieur au demos. L’ochlocratie se caractérise par une décomposition de la loi et des mœurs. C’est lorsque la démocratie dégénère en chaos politique, lutte quotidienne entre les individus et règne de la force (…) »

      http://fr.wikipedia.org/wiki/Ochlocratie

      • Merci beaucoup.

        Mais qu’appelle- t-on « personnes grossières » ?

        Apparemment mamammajada respecte le choix d’un majorité en partie toujours constituée d’incultes en politique et/ou en économie, voire incapable de bien lire le français entre les lignes.

        Exemple: quand Hollande a dit à Tulle en mai 2012 : « Les Français m’ont désigné … » c’était incontestablement inexact

    • Je suis, personnellement, tenante du respect de la démocratie, c’est à dire du choix de la majorité. Je suis également tenante de la remise en question du choix de la majorité quand il va à l’inverse du bien de la majorité. Je suis absolument contre ce que l’on constate actuellement : se faire élire « démocratiquement » par ceux qui, faisant passer l’encartage idéologique avant la réflexion du bien de la majorité, votent pour leurs propres profiteurs pour que les profiteurs des encartés d’un autre bord ne soient pas élus. Et je suis également contre le fait que ceux qui sont élus, quels qu’ils soient, « oublient » de lister, dans leurs projets de campagne (si tant est qu’ils en aient vraiment et non pas des idées fumeuses et des promesses qu’ils ne tiendront jamais), toutes les exactions contre le pays et la majorité de ses citoyens qu’ils se proposent de commettre au fil du temps, comme celle-ci en est hélas un xième exemple !

    • Le résultat d’ un culte ? en fait celui d’ une intox !
      Pour la France j’ emploie le mot « démocrotte » étant nettement moins érudit que René Fries
      si vous etes citoyen français non élu votre dernier vote c’ était quand ? vous avez voté la pseudo loi mariage ? celle  » Maryvonne  » 2007? la future Renseignement ? ne vous inquiétez pas ON votera pour vous
      les français : politiquement vous etes sous curatelle ! comme on gère les biens des enfants ou des malades mentaux vous etes dans cette situation : démocrotte rien à voir avec l’ autre

      • « René Fries si vous etes citoyen français non élu votre dernier vote c’ était quand ? »

        je suis Luxembourgeois

        quant à ce que vous appelez « érudition », il ne s’agit que de quelques très petits îlots sur un océan d’ignorance dont l’immensité même ne m’est toujours pas connue; disons que les contours de cet océan commencent à sortir — très vaguement encore — des brumes

  • Et si on remplaçait :

    – « impot » par « taxe » (un terme suffit, comme en anglais)
    – « recettes de l’Etat » par « Ponctions des citoyens »
    – « dépenses de l’Etat » par « dépenses payées par les citoyens »
    – « c’est l’Etat qui paye »(tm) par « c’est vos concitoyens qui payent »
    – « gratuit » par « payé par vos concitoyens »
    – « soins gratuits » par « soins à la charge de vos concitoyens »
    – « subvention » par « subvention de vos concitoyens »
    – « allocation » par « don des citoyens »
    – « cotisations sociales » par « ponzi social »
    – « prestations sociales » par « aides de vos concitoyens » (?)
    – « assurance chômage » par « aide temporaire des citoyens en faveur des victimes du chômage »
    – « charges salariales et charges patronales » par « ponction sociale » (en 1 seule ligne sans détail)
    – « trésor public » par « Administration Fiscale » (il n’a rien d’un trésor ni de public)
    – « budget de l’Etat » par « dépenses de l’administration »
    – « education nationale » par « corps des enseignants »
    – « préférence nationale » par « nationalisme »
    – « déficit budgétaire » par « impayés » (il y a toujours quelqu’un qui n’est pas payé au final)
    – « dette publique » par « déviance budgétaire »
    – « emprunt d’Etat » par « emprunt de l’administration » (il faut que l’Etat se désolidarise de l’administration pour évoluer)
    – enfin l’Etat ne serait jamais l’employeur des fonctionnaires, ce seraient « vos concitoyens »… Ca ferait bien sur une fiche de paye ou un contrat de travail…

    Peut être qu’alors on arriverait à quelque chose… Vivre aux dépens des autres ne doit pas être « caché », mais mis en évidence.

    On devrait aussi virer URSS de URSSAF, ce pays n’existe plus 😉

    • L’importance d’un vocabulaire correct (je laisse l’allemand pour ceux qui le comprennent):

      « Dsi Lu sagte: der Fürst von We beabsichtigt, den Meister mit der Leitung der öffentlichen Angelegenheiten zu betrauen. Was würde der Meister zuerst in Angriff nehmen? // Dsi Lou disait: Le prince de Wé a l’intention de charger le maître de la direction des affaires publiques. A quoi le maître s’attaquerait-il d’abord?
      – Der Meister sprach: Was vor allem wichtig ist, das ist die Richtigstellung der Begriffe. // Le maître répondit: Ce qui importe avant tout, c’est la correction (litt. ‘Richtigstellung’ = correction visant à une remise à l’état originel) des concepts.
      – Dsi Lu sagte: Was soll das hier? Meister, du bist zu unpraktisch. Was nützt denn solche Richtigstellung? // Dsi Lou disait: Qu’est-ce que vous chantez là? Maître, tu es trop peu pratique. A quoi sert une pareille correction (remise à l’état originel)?
      – Der Meister sprach: Du hast wirklich keine Lebensart, Lu! Ein gebildeter Mensch, der etwas hört, was er nicht versteht, versucht bescheiden Aufklärung zu erhalten. Wenn die Dinge nicht richtig bezeichnet sind, so stimmen die Worte nicht mit den Tatsachen überein. Stimmen aber die Worte nicht mit den Tatsachen überein, so ist es unmöglich, etwas richtig zu Ende zu bringen. Ist es aber unmöglich, etwas richtig zu Ende zu bringen, so können gute Sitte und Musik nicht gedeihen. Gedeihen aber gute Sitte und Musik nicht, so können Gesetz und Recht ihren Zweck nicht erreichen. Und wenn Gesetz und Recht ihren Zweck nicht erreichen, so weiss das Volk nicht, was es tun und was es lassen soll. // Le maître répondit: Tu n’as vraiment aucune culture [litt.: (bonne) façon de vivre], Lou! Un homme cultivé qui entend quelque chose qu’il ne comprend pas, essaie modestement de se faire éclairer. Si les choses ne sont pas désignées correctement, les mots et les faits ne concordent pas. Mais du moment que mots et faits ne concordent pas, il devient impossible de mener quoi que ce soit à bon terme. Mais du moment qu’il est impossible de mener quelque chose à bon terme, ni les bonnes moeurs ni la bonne musique ne peuvent prospérer. Mais du moment que ni les bonnes moeurs ni la bonne musique ne prospèrent, les lois et le droit ne peuvent atteindre à leurs effets. Et du moment que les lois et le droit ne peuvent atteindre à leurs effets, le peuple ne sait plus ce qu’il doit faire et ne pas faire ».

      Denn // Car: « Man kann das Volk dazu bringen, das Rechte zu tun. Man kann es aber nicht dazu bringen, das Rechte zu begreifen. // Car on peut amener le peuple à faire le bien. Mais on ne peut pas l’amener à comprendre le bien. »

      Denn // Car: « Es gibt Menschen von Bedeutung, die ohne moralischen Wert sind. Nie aber kommt es vor, dass beschränkte Menschen moralischen Wert haben. // Il existe des gens d’importance qui sont sans aucune valeur morale. Cependant il n’arrive jamais que des gens bornés aient de la valeur morale. »

      Denn // Car: « Der höhere Mensch sieht stets darauf, was recht ist, der gewöhnliche sieht nur, was ihm Vorteil bringt. // L’homme supérieur a son regard toujours fixé sur ce qui est (de) droit, l’homme du commun ne voit ce qui lui apporte un avantage »

      (Worte des Konfuzius // Paroles de Confucius, Goldmann Taschenbuch, Band 914, pp 78 sq).

    • …ooops –

      ne voit QUE ce qui lui apporte un avantage

    • Bien vu, Chris H ! Il serait bon de faire passer sur le net une « circulaire » proposant ces termes à utiliser à chaque fois que le sujet doit être traité par courrier, que ce soit à une administration ou entre correspondants.
      Cela correspondrait à l’adage populaire français « appeler un chat un chat », ce qui est frappé au coin du bon sens (populaire français toujours, désolé pour les amalgamistes culturels de tout poil).
      Je suggère quelques améliorations de votre texte :
      – remplacer « citoyen » par « citoyen français contribuable », ce qui recouvre les gens qui, dans le pays, ont droit à la parole parce qu’ils en sont citoyens et parce qu’ils cotisent pour le fonctionnement de la société (officiellement parce que je n’ai pas conscience – pour exemple – que les 19000 euros dépensés à nos frais pour le déplacement de valls pour aller voir la baballe en Allemagne soit une dépense pour le fonctionnement de la société française ni que le prestige du pays – s’il en reste – n’en soit le moins du monde réhaussé) ;
      – remplacer « ponzi » dans ponzi social par le terme français de votre choix, la majorité de nos concitoyens et des étrangers résidant en France n’étant pas nécessairement polyglottes.
      – compléter cette formule par « sans garantie d’en avoir le moindre retour un jour vu la mauvaise gestion des caisses »
      – remplacer « victime » du chômage par « inscrit » au chômage, certains cherchant un emploi, d’autres surtout pas, l’indemnité leur suffit largement
      – remplacer « dépense de l’administration » dans budget de l’Etat par « dépenses en tous genres dites pour le bien de tous par les apparatchiks au pouvoir sur le moment »
      – remplacer « corps enseignant » d’éducation nationale par « conditionnement des enfants sous prétexte d’instruction publique »
      – remplacer « emprunt de l’administration » dans emprunt d’état par « mise à fonds perdus dans une caisse destinée à combler les dettes accumulées pour toutes sortes de prétextes très éloignés du bien de la majorité des citoyens par les apparatchiks au pouvoir sur le moment »
      – quant à l’employeur des fonctionnaires (dont je suis), ce sont en effet les contribuables DONT ils sont : les fonctionnaires s’auto-financent pour partie, d’autant plus que les impôts augmentent alors que leurs salaires sont gelés, que leurs salaires sont constitués pour un bon tiers selon les filières par des primes sans lesquelles le brut voisine le revenu minimum, sur lesquelles sont calculés aussi les impôts mais qui ne comptent pas pour le droit à la retraite – ex : j’ai 59 ans, je suis cadre A en charge d’un service juridique, mon brut est de 2250 euros par mois sur lesquels sera calculée ma retraite, et j’arrive à 3220 euros nets avec les primes.
      Pour l’URSSAF, vu la dictature qui fleure bon le stalinisme dont ils sont apparemment nostalgiques qui se met en place, je doute
      qu’il semble pertinent pour le gouvernement actuel de supprimer la partie du sigle qui rappelle l’URSS.

    • Nafy-Nathalie Diop
      8 juin 2015 at 19 h 46 min

      oui Chris

    • La mode au Québec c’est d’appeler les taxes des « redevances »

  • Le choix du verbe, le poids des mots ; la bande son du chaos.

  • Vous auriez pu citer Platon pour qui : « La perversion dans la cité commence par la perversion du langage ».

    Quand on analyse la propagande technocratique en France aujourd’hui, on constate que cette phrase s’applique à tout le champ de la vie politique.

    • Si les humains ont généralement besoin de mots pour penser, il ne faut pas laisser les mots – tel « » penser pour nous. Or c’est hélas une habitude très répandue, y compris chez ceux qui nous représentent et/ou gouvernent, ce qui a entraîné, entraîne et entraînera encore bien des maux

      Alors que rares, sinon très rares sont les personnes qui ont le souci du juste mot pour la juste chose, le souci des mots pesés pour éviter, voire réduire, les maux pesants.

    • Nafy-Nathalie Diop
      8 juin 2015 at 19 h 45 min

      Oui c’est vrai !

  • Les commentaires sont fermés.

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