Comment réellement lutter contre le racisme ?

La lutte contre le racisme est le nouvel objectif du Premier Ministre Manuel Valls. Mais les moyens mis en oeuvre sont-ils efficaces ?

Par Nafy-Nathalie.

Crédits : Carmen Lucas, licence CC-BY-SA 2.0, via Flickr.
Crédits : Carmen Lucas, licence CC-BY-SA 2.0, via Flickr.

Actuellement, la lutte contre le racisme est le nouvel objectif du Premier Ministre Manuel Valls. Il a tourné son plan autour de grands axes qui sont pour résumer :

  • La répression du racisme intégrée au droit pénal
  • La répression du racisme sur le net
  • La répression du racisme dans les établissements scolaires
  • La répression du racisme dans les milieux sportifs

Le tout accompagné évidement d’une campagne de communication d’un coût de 100 millions d’euros. Hormis la question du financement de cette campagne qui pose question vue la situation actuelle des français et de leurs finances, se pose la question de l’efficacité de ces mesures.

Comprendre la nature d’un problème est essentiel pour permettre sa résolution et le choix des mots pour le définir a une importance primordiale pour l’appréhender correctement.

Qu’est-ce exactement le racisme ?

Si le Larousse définit le racisme comme une « attitude d’hostilité systématique à l’égard d’une catégorie déterminée de personnes », de manière plus générale, la notion de racisme est perçue comme le refus de l’autre en raison de sa différence (couleur de peau, nationalité, religion, culture, orientation sexuelle, etc…).

Donc, cette hostilité serait perçue comme résultant de la différence des autres. Mais cette perception est-elle juste ? Pierre Tévarian dans « La mécanique raciste » explique que si l’inconnu était à l’origine du racisme, les islandais par exemple subiraient plus de racisme que les algériens, les bouddhistes plus que les musulmans.

Or, ce n’est pas le cas et cela ne l’est pas parce qu’au contraire, ce n’est pas l’inconnu qui fait peur au raciste mais le « bien-connu » ou plutôt la double ignorance socratique à savoir l’ignorance ignorante d’elle-même.

Le raciste d’ailleurs ne dit jamais « je ne sais pas ! » mais il dit « je sais ! » avec la certitude d’être menacé par ce qu’il sait. On peut dès lors tout à fait supposer que le racisme n’est pas causé par la différence mais c’est, au contraire, le racisme qui construit une différence.

Et cette différence ridicule à la base prend une importance démesurée dans le regard raciste qui se pose dessus, jusqu’à absorber tous les autres points de ressemblance ou convergence.

Ce qui est très intéressant.

Appliqué à un morceau de tissu simple, cela donne :

  1. un foulard,
  2. qui s’appelle voile si on le met sur les cheveux,
  3. qui devient « voile islamique » quand porté par une femme musulmane
  4. qui se transforme en attribut principal de celles qui le portent
  5. qui assimile l’ensemble de ces femmes à une vision effrayante de l’islam
  6. qui installe la peur d’une propagation
  7. qui amène le racisme

Le regard sur ces femmes change et sa qualité se dégrade au fur et à mesure qu’un langage choisi assigne une vérité unique à une réalité diverse. Cette situation est d’autant plus paradoxale que ces mêmes langues qui font ce langage unique sont également celles qui parlent de diversité et nous enjoignent de l’accepter.

Et cette transformation n’est possible que suite à un conditionnement du peuple, par force de discours répétés des autorités (politiques, morales, économiques, religieuses, …), à l’idée que le voile est important et que c’est sur lui qu’il faut concentrer son attention, ceci au lieu d’en montrer la réalité, en y affectant une sémantique systématiquement dramatique.

Pourtant, le fondement avancé par notre Premier Ministre semble être l’idée que la peur de la différence de l’autre est une réaction instinctive qu’il faut encadrer légalement et réprimer énergiquement. Bien sûr que le racisme est inadmissible moralement et qu’il faut lutter contre mais au niveau du droit, son expression orale ou écrite ne devrait pas être un délit. En faire un délit, mettre en place une police de la pensée, va limiter la liberté d’expression et imposer une morale d’État aux citoyens. Seuls les actes violents qui en découlent devraient être punis, non parce qu’ils sont racistes mais en raison de leur nature violente justement.

Tenter de réprimer à coup de loi un pseudo instinct créé et exacerbé par un discours imprimé dans l’inconscient n’a pas de sens. Ce n’est pas par maladresse ou hasard que les gens sont devenus racistes. Une culture (lois, « sachants », histoire ….) pro raciste les y a conduits.

Il se pourrait donc que notre Premier Ministre ait tort et que le racisme, construction culturelle, ne pourrait être modifié que par la mise en place d’une contre-culture. Limiter la liberté d’expression, encadrer la liberté de pensée, devrait être au mieux sans effet positif sur le racisme quand cela ne l’aggravera pas au contraire.

Au lieu de réprimer, il aurait fallu libérer la parole, aller au dialogue, expliquer, faire confiance aux citoyens et investir la culture de cette mission de déconstruire un regard qu’elle a façonné.