Roland-Garros : le 16ème, à Paris, sinon rien !

serv-prep-credits-Antoine-K via Flickr ( (CC BY-SA 2.0)

Le Premier ministre a rendu hier un avis favorable au projet d’extension des courts de tennis de Roland Garros au détriment d’une partie du jardin botanique des serres d’Auteuil.

Par Victoria Melville.

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Après cinq années de discussions, de débats d’experts et de pleurnicheries de la Fédération française de tennis, le Premier ministre a hier déclaré (« fortuitement » en plein tournoi) qu’il était favorable au projet d’extension de Roland Garros comme le souhaite la FFT, c’est-à-dire en empiétant sur une partie des serres d’Auteuil, une partie non classée nous assure-t-on, comme si le classement au titre des monuments historiques était l’alpha et l’oméga de la conservation du patrimoine historique et architectural.

Cette décision pose de nombreuses questions. Tout d’abord, le projet a été sélectionné au détriment d’une proposition alternative, formulée par les opposants, qui visait à couvrir une partie de l’A13, créant une dalle de béton au nord du site actuel sans toucher à la configuration des serres d’Auteuil. Ce projet avait été jugé plus conforme avec le souci de sauvegarde du patrimoine exceptionnel que représente le site des serres de Jean-Camille Formigé, joyau de l’art-nouveau qu’il faut absolument protéger et qui constitue un réel ensemble cohérent avec le parc qui a été étendu autour au fil des années. Malgré le soutien affirmé par la Mairie de Paris au projet de la FFT dès ses débuts il y a cinq ans, le Conseil de Paris a formulé un vœu la semaine dernière, sous l’impulsion des élus verts soutenus par la droite, pour s’opposer à ce projet destructeur pour le patrimoine et l’environnement. Pour autant, le Maire de Paris, Madame Hidalgo, n’a rien voulu entendre et a maintenu son soutien. Voici une étrange notion de démocratie locale. Le projet alternatif aurait coûté 80 millions d’euros de plus à la FFT, inacceptable lorsqu’il suffit de pleurnicher auprès du Premier ministre pour obtenir gain de cause et piocher dans la poche du contribuable.

De fait, la question la plus importante semble ici la suivante : au nom de quoi le Premier ministre devrait-il avoir son mot à dire sur les lieux où les tournois de tennis se déroulent ? En effet, pourquoi l’État se mêle-t-il de la pratique sportive, et surtout, au nom de quoi estime-t-il qu’il peut flouer le citoyen d’un tel élément patrimonial et lui infliger 40 millions d’euros de dépenses (sur les près de 400 millions du projet) pour le défigurer ? Il n’existe pas de droit à pratiquer le tennis dans le 16e arrondissement de Paris. Si la FFT n’estime plus disposer d’assez de place pour accueillir le public en toute sécurité, alors c’est tout simplement que la FFT, et personne d’autre, doit acquérir un terrain suffisamment grand pour ses ambitions et y construire ses propres installations. Mais naturellement, si la FFT devait prendre ses responsabilités, elle et tous les parasites qui gravitent autour d’elle devraient sans nul doute déménager. Ô rage ! Ô désespoir ! Du tennis en banlieue…